09/03/2008

Le Moineau, Gavroche ou rupin ?

Le sujet semblant porteur (c’est fou ce que ça plait aux médias : 20 Minutes, FR3 IdF,…..) je vais essayer de faire le point sur la situation : le Moineau est-il vraiment populo plus que huppé ?

Les premiers à avoir levé le lièvre sont les anglais de Bristol qui ont  montré un lien très net entre la densité de moineaux et le caractère socialement défavorisé des quartiers de leur ville : plus un quartier est pauvre, plus il y a de moineaux.

Dans le même ordre d’idée, la rénovation du quartier très populaire de Kreuzberg à Berlin a entraîné une forte chute du nombre de moineaux qui y vivaient, alors qu’il n’y a pas d’évolution négative de l’espèce au niveau de la ville entière.

Moineau B-Chaumont a

Cela m’ a donné l’idée de vérifier ce qu’il en était à Paris : j’ai effectué 3 transects reliant le 16ème arrdt au 19ème arrondissement, c’est à dire le quartier le plus huppé aux quartiers populaires. Le résultat est spectaculaire ! Il n’y a quasiment aucun moineau avenue Foch (2 au kilomètre) alors qu’à Barbès, on atteint 35 moineaux au kilomètre….J’ai même pris les tarifs moyens de l’habitat ancien (d’après la Chambre des Notaires) des quartiers traversés et j’ai pu constater une excellente corrélation (négative) entre prix du mètre carré et densité des moineaux !

Un papier qui va paraître dans Journal of Ornithology (déjà paru en ligne) analyse les raisons qui permettent même de penser que la cause du déclin du moineau est à chercher dans l’évolution du statut social des quartiers  dans les villes concernées…..on verra si c’est le cas à Paris quand la LPO et le Corif rendront publics les résultats de l’enquête qu’ils viennent de mener.

Sans aller jusque là, essayons de comprendre pourquoi il y a plus de moineaux dans les quartiers populaires. Pour qu’un moineau puisse vivre, il lui faut (comme à tout oiseau), un endroit pour nicher et de quoi se nourrir.

Le moineau niche dans un trou de mur, sous un volet roulant un peu de guingois, sous une tuile un peu cassée, dans un trou d’aération d’un mur de HLM en briques comme il y en a beaucoup à Paris….mais peu dans le 16ème !

Moineau B-Chaumont b

Pour se nourrir, il a besoin de zones, sinon naturelles, du moins qui supportent une certaine biodiversité, ce qui nécessite la présence de « mauvaises herbes» ou de buissons, le contraire des pelouses coupées en brosse des alentours de l’av. Foch…. Le moineau aime bien les miettes de pain et de manière générale tous les débris que les humains laissent derrière eux….ce qu’on trouve peu dans les « beaux quartiers » ! Il lui faut aussi des insectes pour nourrir ses petits : peut-être que la consommation d’insecticides est plus importante sur les terrasses fleuries qui dominent la porte Dauphine….

Une remarque quand même pour tempérer le caractère apparemment évident de ces explications : on trouve une belle variété aviaire sur la fameuse av. Foch : Gobemouche gris, Mésange huppée, Grimpereau des jardins……Il y a donc des insectes !

Et les chats ? il y en aurait plus dans les beaux quartiers ? rien de moins évident…..

 Il reste donc de beaux jours à ceux qui recherchent la cause du déclin du Moineau dans certaines villes et les 5000 livres promises par « The Independent » à la personne qui éluciderait le mystère ne semblent pas près de tomber dans la poche d’un ornithologue !

22:13 Écrit par Frédéric dans Le Moineau domestique | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

14/11/2007

Le Moineau de Buffon et le Moineau de Quépat

Tout le monde a au moins entendu parler de Buffon ( 1707-1788), mais qui connaît Néré Quépat ? De son vrai nom René Paquet, ce magistrat messin a séjourné à Paris pendant la 2ème moitié du 19ème siècle et a observé les oiseaux de Paris. Il en a tiré une publication (Ornithologie parisienne, ou catalogue des oiseaux sédentaires et de passage qui vivent à l'état sauvage dans l'enceinte de la ville de Paris - 1874 ) qui nous donne une idée très précise de l’avifaune parisienne à cette date  et permet des comparaisons intéressantes (voir dans la colonne de gauche « Mes articles et communications » le résumé de « Histoire des oiseaux nicheurs de Paris »).

Ils ont tous les deux écrit sur le Moineau domestique, mais en des termes bien différents…… Il est facile de deviner quelle description me plait le plus !

 

BUFFON (Histoire Naturelle – tome VIII, ed. 1822):

 

« Ils suivent la société pour vivre à ses dépens : comme ils sont paresseux et gourmands, c’est sur des provisions toutes faites, c’est-à-dire sur le bien d’autrui, qu’ils prennent leur substance ; nos granges et nos greniers, nos basses-cours, nos colombiers, tous les lieux , en un mot, où nous rassemblons ou distribuons des grains, sont les lieux qu’ils fréquentent de préférence ; et comme ils sont aussi voraces que nombreux, ils ne laissent pas de faire plus de tort que leur espèce ne vaut ; car leur plume ne sert à rien, leur chair n’est pas bonne à manger, leur voix blesse l’oreille, leur familiarité est incommode, leur pétulance grossière est à charge ; ce sont de ces gens que l’on trouve partout et dont on n’a que faire, si propres à donner de l’humeur, que dans certains endroits on les a frappés de proscription en mettant à prix leur vie. »

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N-Dame Paris 17 juin 07 recadrée

 

QUEPAT ( Ornithologie parisienne – 1874)

 

« Les moineaux qui vivent à Paris sont au moins trois fois aussi nombreux que ses habitants.

Le moineau de Paris a toutes les qualités et tous les défauts des Parisiens.

….Nous connaissons de vieux moineaux qui ont lu Voltaire, puis applaudi à la réaction cléricale du règne de Charles X ; qui ont mangé sur le parapluie de Louis-Philippe sans dédaigner plus tard les miettes des banquets réformistes.

Les mêmes moineaux ont soutenu le coup d’Etat du 2 décembre(a) et ensuite ont coopéré au 4 septembre (b). Ils ont excusé le 18 mars (c) et la Commune, ce qui ne les a pas empêchés deux mois après d’applaudir M.Thiers. Survient le 24 mai(d) ; M.Thiers est renversé….Que firent nos moineaux ? Ils se réunirent en masse sur les toits de l’Académie Française et piaillèrent plusieurs jours en l’honneur du duc de Broglie(e). »

 

(a) qui a donné au futur Napoléon III tous les pouvoirs

(b) fondation de la 3ème République

(c) début de la Commune

(d) Mac Mahon devient Président à la place de Thiers

(e) probablement Albert de Broglie , ennemi de Thiers, qui  devînt président du Conseil à la chute du Versaillais….

16:32 Écrit par Frédéric dans Le Moineau domestique | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

20/09/2007

Les moineaux ou les autos ?

Dans le débat sur le déclin du moineau domestique dans de nombreuses villes européennes, la voiture est souvent un des accusés majeurs, en particulier à cause des gaz d’échappement (Summersmith 2007). J’ai profité d’une « expérience naturelle » pour voir si je pouvais vérifier cette idée.

L’avenue Jean Jaurès (19ème arrdt) est une artère majeure qui permet d’entrer dans Paris en venant de la banlieue N-NE (Pantin, Bobigny, Noisy-le-Sec, etc.). La Mairie de Paris a décidé d’en réduire la largeur accessible aux voitures en passant de 4 à 2 voies, une partie de la place libérée étant utilisée pour faire des plates-bandes et une double piste cyclable. Les travaux ont eu lieu entre 2005 et 2006.


Jaurès Lorraine2 red

L'avenue Jean Jaurès avant les travaux 

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Jaurès piste cyclable red

Après les travaux, les plates-bandes et la piste cyclable 

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Il se trouve que, depuis janvier 2003, j’effectue régulièrement des relevés le WE le long de certaines rues parisiennes, en particulier dans le 19ème arrondissement, et plus particulièrement le long de l’av. J.Jaurès…Cela me donne donc des données conséquentes pour étudier l’impact des travaux sur les oiseaux en général et sur le moineau en particulier ! Pour en résumer les résultats jusqu’au printemps 2007, une seule espèce (pour le moment ?) a montré une réaction : le moineau domestique…

Si je compare les résultats du printemps (mars-avril-mai) 2007 aux printemps 2003, 2004 et 2005, je trouve une hausse globale de l’indice de présence du Moineau domestique de 43,9% pour l’ensemble de l’avenue (contre 9,9% pour le reste du 19ème arrdt). Si je sépare l’avenue en 3 secteurs, le secteur le plus proche de la porte de Pantin est celui qui connaît la hausse la plus spectaculaire avec +100,4%, le secteur le plus proche du métro Jaurès ne montrant qu’une hausse de 13,2 % pas très différente de celle du reste du 19ème arrdt alors que le secteur central accuse une hausse intermédiaire de 40,8%.


Jaurès porte de Pantin red

A la porte de Pantin, les buissons sont très appréciés des moineaux ! 

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L’effet est donc patent, mais à quoi est-il dû ? Il semble que la baisse de la circulation automobile ne soit pas en cause : elle est sans doute la même d’un bout à l’autre de l’avenue et n’explique donc pas de telles différences d’impact entre les deux extrémités de l’avenue. Je crois que c’est plutôt la mise en place de plates-bandes riches en buissons protecteurs qui a attiré les moineaux des colonies alentour (les colonies sont en général situées dans les rues adjacentes ). Il n’y aurait donc pas – pour le moment….- d’augmentation de densité des moineaux , mais de la fréquentation de l’avenue.   On peut donc expliquer pourquoi les autres espèces ne montrent pas de hausse spectaculaire : ce sont des espèces territoriales qui ne se déplacent pas aussi facilement d’un secteur à un autre. Mais il est possible que leur densité augmente progressivement… la suite nous le dira ! Référence :J.D.Summers-Smith 2007 . Is unleaded petrol a factor in urban House Sparrow decline?  British Birds 2007 100 (9): 558-559 

20:37 Écrit par Frédéric dans Le Moineau domestique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

04/07/2007

Le moineau : déclin ou pas déclin ?

Voilà un sujet qui a bien accroché les journalistes, outre-Manche d’abord, de ce côté-ci de la Manche ensuite….

Moineau tubulure red

Avant de s’interroger sur les causes éventuelles du problème, il faut en préciser l’ampleur.

Le moineau domestique a décru en ville à peu près partout au début du siècle, en même temps que la voiture automobile remplaçait la traction hippomobile : les gaz d’échappement sont moins nourrissants que le crottin….C’est sans doute ce qui est responsable de la chute des résultats d’un comptage à Kensington Gardens (Londres) de 2603 à 885 entre 1925 et 1948 (même s’il ne faut pas oublier que pendant la guerre, il a dû y avoir moins de miettes de pain distribuées….)

La baisse des effectifs a connu une 2ème phase importante à la campagne dans les années 70 et  80, du moins au Royaume-Uni.. Puis c’est la ville qui est touchée : Londres a perdu plus de la moitié de ses moineaux pendant les années 90. Actuellement, il est extrêmement difficile d’observer un moineau dans le centre de Londres (je n’ai pu en observer qu’un groupe de 7 en 5 jours de visite de Londres en février), mais aussi à Hambourg, Amsterdam, Prague, etc.

Qu’en est-il à Paris ? A l’évidence, il y a encore pas mal de moineaux dans les rues et les squares parisiens ! Nos amis londoniens sont jaloux quand ils voient nos « charmeurs de moineaux » entourés de dizaines d’oiseaux …..Les effectifs sont-ils en baisse ? On n’en sait rien pour le moment…L’enquête organisée par le CORIF et la LPO pour la 5ème année consécutive permettra d’avoir bientôt des idées plus précises….

N-Dame Paris 17 juin 07 b red

Là où il y a baisse, quelles en sont les causes ?

A la campagne, les causes semblent être à rechercher du côté des changements des pratiques agricoles, en particulier la disparition des semis de printemps qui amenaient un appoint de nourriture aux granivores au sortir de l’hiver.

En ville, les hypothèses sont à classer en 2 grandes catégories : les causes internes à la ville et les causes externes :

-les causes internes possibles sont nombreuses : la disparition des sites de nids dans les bâtiments modernes ou rénovés, l’augmentation du nombre des chats (responsable d’un  tiers de la mortalité des moineaux !) et des prédateurs naturels (faucon crécerelle, épervier), les additifs de l’essence sans plomb qui feraient diminuer la quantité d’insectes disponibles pour nourrir les jeunes au nid, les antennes de téléphonie mobiles (cf « Publications scientifiques »), une épidémie, la concurrence avec les pigeons, etc.

-les causes externes : l’idée de base est que, de tout temps, la population urbaine de moineaux n’est pas autosuffisante, elle a besoin d’apports réguliers de moineaux « campagnards » pour se maintenir. Si ces apports diminuent (cf. plus haut), la population urbaine ne peut que diminuer.

L’hypothèse « externe » est rejetée par certains spécialistes du moineau (dont Denis Summers-Smith ) car le moineau est très sédentaire et ne semble pas se disperser à plus de 2km de son lieu de naissance. Les résultats que j’ai obtenus dans les rues parisiennes semblent montrer cependant (après d’autres venus d’autres villes) un mouvement de dispersion à la fin de la période de reproduction.

Alors, externe ou interne ? J’ai tendance à privilégier l’hypothèse « externe », mais seul l’avenir permettra de trancher. En particulier une expérience de nourrissage en période de reproduction menée à Londres est du plus haut intérêt : les premiers résultats montrent qu’avec un apport de nourriture (ver de farine) le succès de la reproduction est plus fort (normal….), mais - la première année au moins - il n’y a pas plus de couples reproducteurs à la saison suivante. Cela tendrait donc à renforcer l’hypothèse « externe »…… mais cela reste à confirmer…ou à infirmer !

A suivre……

10:03 Écrit par Frédéric dans Le Moineau domestique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |