03/04/2014

De falaises en tours, l' histoire des pèlerins en Île de France et à Paris.

 Je découvre à ma grande honte que ça fait une éternité que je n'ai pas fait le point sur la situation des faucons pèlerins à Paris et en Île de France ! Signe des temps : on s'est tellement habitué à la présence pourtant récente de cette superbe espèce qu'on en vient à oublier de s'extasier devant ses progrès dans et autour de Paris...

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Le premier pèlerin à s'installer à Ivry en janvier 2010 (ph. P.Derennes)

Le pèlerin a niché en Île-de-France (boucle de Moisson) jusqu'en 1947. Au milieu du 20ème siècle, en effet, la chasse et les pesticides ont fait presque disparaître cette espèce de notre pays : il ne restait pas plus de 200 couples en France dans les années 1970 ! La protection des rapaces et l'interdiction des insecticides organo-chlorés ont permis le retour des rapaces en France : dans les années 2000 on estimait la population française de Faucon pèlerin à 1200-1500 couples ! On ne rappellera en effet jamais assez que l'installation du Faucon pèlerin en ville est d'abord la conséquence du succès de mesures de protection de la Nature ! Quand on identifie bien les causes d'un problème et qu'on se donne les moyens de les supprimer, le succès arrive souvent...

Donc, le Faucon pèlerin a disparu ( comme nicheur) d'Île de France en 1947. En 2005, il a réapparu pas très loin de leur dernière aire et a niché pour la première fois en 2006. Actuellement, il y a au moins 3 couples nicheurs dans l'ouest francilien, 2 en falaise et 1 sur pylône électrique.

Pour la Petite Couronne, l'histoire commence en 2008 où A.Bougrain-Dubourg annonce en ouverture du Colloque Francophone d'Ornithologie la présence d'un couple de Pèlerins sur les tours de la Défense, quartier d'affaires situé à quelques kilomètres à l'ouest de Paris :

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Depuis la tour EdF, avec la tour Areva

- un couple s'est installé à la Défense en octobre 2008, où il profite des tours qui dépassent 100 mètres comme poste de chasse. Mais les tours n'offrent pas de lieu de nidification et il n'y a pas de trace de reproduction dans le quartier d'affaires. C'est dans une commune limitrophe qu'en 2011 une nidification a été prouvée dans un immeuble plus classique, malheureusement conclue par un échec.

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En cherchant bien, vous trouverez le couple perché sur l'enseigne d'Areva...

- un couple apparaît à Ivry sur la cheminée de la CPCU (Compagnie parisienne du chauffage urbain) en janvier 2010 ( il visite aussi les cheminées de la centrale EdF de Vitry où un nichoir a été posé en 2012).

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Cette présence a été connue grâce à l'appareil photo tout neuf de P.Derennes... Dès la première année, ils nous montrent des accouplements mais alors que tout semblait bien se passer,  cette tentative avorte, sans doute à cause d'une femelle immature qui vient perturber le couple. En revanche la reproduction réussit en 2011 et mène 3 jeunes à l'envol. Ce sont les premiers Faucons pèlerins à naître dans le Val-de-Marne (facile, la création du département ne date que de 1968...) mais aussi en Petite Couronne depuis certainement très longtemps, sinon même la nuit des temps : le milieu naturel qui existait avant n'était guère favorable à l'installation de l'espèce.

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Une idée de la vigueur des joutes entre le mâle titulaire et de la femelle immature de passage... (ph. P.Derennes)

L'envol des jeunes a été un peu délicat, l'un d'entre eux ayant eu le loisir de visiter une autre spécialité du département : l'Ecole Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort et son centre de sauvetage de la faune sauvage, le CEDAF. Mais tout s'est bien terminé. En 2012, la reproduction avait bien démarré avec l'éclosion d'une nichée qui a sans doute pâti de la météo très humide.Ce ne fut pas le cas en 2013 où 2 jeunes se sont envolés. Cette année,la couvaison a été démontrée, on croise les doigts pour son succès. C'est à suivre sur le blog collectif fondé par Yassine Attik  

- dans Paris intra-muros, enfin ! Un couple apparaît pendant l'été 2011 sur la cheminée de la CPCU du 15ème arrdt, à un jet de pierre de la tour Eiffel.

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C'est la cheminée entre les deux tours...

Cette cheminée avait été équipée d'un nichoir pour Crècerelle par Dominique Robert (du Corif) il y a 15 ans. Des accouplements sont vus dès la première année mais la reproduction n'a lieu qu'en 2013 (ponte à partir du 20/3/13, vue grâce à la Webcam installée par la LPO).

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Les premiers pèlerins nés à Paris depuis... longtemps ! ( photo CPCU-LPO Mission Rapaces)

Cette  première reproduction parisienne depuis... très longtemps (si tant est qu'il y en a déjà eu...) a permis l'envol de 3 jeunes envolés (pour 3 oeufs), là aussi avec le passage de l'un d'eux par le Cedaf de Maisons-Alfort ! Cette année, ce sont 4 oeufs qui ont été pondus, à partir du 28/2/14, soit 3 semaines plus tôt.

 

- Il y a d'autres sites qui peuvent donner des espoirs d'une reproduction passée inaperçue ou à venir : aux Olympiades (tours sur dalle dans le 13ème arrdt), des observations furtives depuis 2009 et surtout la présence d'un couple au printempsps 2013 ( dont le mâle était là depuis le mois de septembre) qui a poussé le Corif et la LPO à s'engager dans les démarches menant à la pose d'un nichoir cet hiver (cf. le billet consacré à la pose du nichoir )

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Le pèlerin probablement nordique qui a séjourné en mars 2012 aux Olympiades (ph. D.Monier)

Dans le NE parisien, des observations bizarrement régulières jusque maintenant font se poser des questions sur une zone qui pourrait aller du canal St Martin à la proche banlieue (Montreuil, Bagnolet).

 

Et je n'ai pas parlé des pèlerins qui choisissent Paris pour y passer l'hiver : le secteur des Orgues de Flandre (19ème) et les Mercuriales (tours jumelles de la porte de Bagnolet) sont, avec les Olympiades, les secteurs privilégiés par nos visiteurs...

 

 

 

 

 

02/02/2014

Les voies du Cormoran sont difficiles à suivre...

J'ai déjà raconté il y a 3 ans ( http://lesoiseauxenville.skynetblogs.be/archive/2011/01/2... )  comment les cormorans voyageaient quotidiennement au-dessus de Paris-Petite couronne pour aller de leurs dortoirs jusqu'à leurs lieux de pêche.J'ai repris mon enquête ces 2 dernières semaines pour préciser les choses...

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Tout d'abord, deux mots sur le Grand Cormoran qu'on peut voir en hiver à Paris et enbanlieue : il nous vient du nord, essentiellement Pays-bas et Danemark,  pour passer l'hiver dans toute la France. C'est un pêcheur de poisson qui vit en groupe. La sous-espèce qui nous visite se reconnait en plumage nuptial ( dès janvier...) à sa nuque marquée de blanc.

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 Il coupe son temps de pêche de périodes de repos où on le voit souvent prendre sa position caractéristique, ailes écartées. Cela a longtemps été interprété comme une manière de sécher ses ailes, mais c'est actuellement remis en cause : on parle plutôt d'une méthode pour se réchauffer le corps en faisant travailler ses muscles.

La population hivernante de la Petite Couronne est d'environ 700 individus qui se regroupent en 2 gros dortoirs ( sur la Seine en aval de Saint-Denis et sur la Marne, dans la bouche de St-Maur) ainsi que 3 dortoirs de taille plus réduite ( Île Seguin, la Courneuve et Villepinte ).

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Une partie d'un dortoir : regardez bien il y en a une quarantaine !

Il part le matin très tôt, souvent à la pointe du jour, pour rejoindre ses lieux de pêche. Le trajet se fait en longeant les cours d'eau, quand il y en a ! Les cormorans de La Courneuve et de Villepinte n'ont pas cette possibilité et survolent les cités et pavillons !
Quand ils ont trouvé un bon endroit, ils y vont tôt et en nombre : cela explique la présence de ce groupe de cormorans à la Villette au lever du jour en janvier 2011.

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La pêche se fait souvent collectivement, en rabattant les poissons vers le quai pour les désorienter... ce qui intéresse beaucoup les mouettes ! Elles se mettent toujours du bon côté pour profiter du travail des cormorans... J'ai vu le même comportement de la part des Hérons cendrés et Grandes Aigrettes en Lorraine ou sur le lac du Der.

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Donc... souvent je me suis levé de bonne heure... pour être sur le terrain avant les cormorans, que ce soit à la Villette où arrive un canal qui conduit les cormorans venant de Saint-Denis, à Sevran pour voir s'il en venait de Villepinte ( un peu) ou de plus à l'est (un peu aussi), au pont de Sèvres ou au pont d'Austerlitz. J'ai ainsi pu confirmer l'idée qu'ils suivent bien les cours d'eau, du moins à l'aller. Je pense même que c'est ce qui explique la modification progressive des lieux de pêche : les plus motivés partent tôt et savent où ils vont. Les autres attendent un peu puis longent les cours d'eau jusqu'à trouver des copains en train de pêcher ! Ils se joignent alors à la pêche qui peut donc rapidement atteindre la centaine de participants( cas de la Villette en 2011). Quand le secteur est épuisé, ou si les premiers arrivés n'ont rien trouvé, ils vont plus loin... C'est ainsi qu'un joli groupe ( au moins 70) avisité plusieurs jours de suite le secteur de la Folie à Bobigny avant d'aller plus loin jusqu'au pont de Bondy.

C'est à cette occasion qu'ils peuvent former des reposoirs comme on en voit par exemple en plein coeur de Paris.

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Pour le retour en revanche, plus besoin de longer l'eau et on peut voir des vols quitter le canal pour aller directement vers le dortoir au-dessus de la terre ferme.

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C'est pourquoi cette carte comporte quelques flèches violettes qui indiquent ces trajets "sur terre", du moins certains car ils sont évidemment plus difficiles à repérer...

08/01/2014

Accueillir un pèlerin...

Sur une idée commune CORIF - LPO, nous avions décidé de poser, lundi 6 janvier, un nichoir pour Faucon pèlerin (construit par un bénévole de la LPO, Frédéric Pezet) sur la tour Anvers du quartier des Olympiades ( Paris 13è)

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La tour est gérée par Paris-Habitat et la préparation a été menée de main de maître par Fabienne David de la Mission Rapaces LPO grâce à l'engagement complet de Paris-Habitat qui a tout de suite dit oui et s'est occupé de tout le côté technique de la pose du nichoir.

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Et ce n'est pas une mince affaire à fixer, ce genre de "petite" boîte !

En effet, il y a intérêt à ce que ce soit solidement fixé !

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Le paysage ne sera quand même pas mal....

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...il pourra même surveiller ses voisins d'Ivry (flèche continue) et d'éventuels visiteurs au Rocher de Vincennes,où il y a aussi un nichoir (flèche en tirets )

Maintenant qu'il est posé, il faut le rendre habitable...

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... en y ajoutant du gravier et du sable ! Mais des sacs de 15kg, c'est pas simple à manier...

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 Il faut parfois prendre des postures peu avantageuses...

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.... et tout ça à 100m de haut !

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La piste d'envol est prête...

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Il ne reste plus qu'à jeter un dernier coup d'oeil au paysage ( à droite le toit du nichoir) en essayant de trouver le photographe resté sur le plancher des vaches (Yves évidemment) qui nous a permis de savoir que pendant les travaux...

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... le pèlerin continue ! Il est venu se poser sur la tour Tokyo, juste à côté. C'est un de ses postes de guet favoris ( voir le billet sur l'émission E=M6 d'il y a un an ). Reste plus qu'à espérer qu'il trouve le nichoir à son goût très vite !

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Ce billet a bénéficié des photos de Danièle Monier, Fabienne David et Yves gestraud (il y en a quand même quelques unes de moi aussi ....) Merci à eux !

28/03/2013

Le Pèlerin nicheur à Paris…. et à Pont-à-Mousson !

 

Ca y est les 2 nouvelles pérégrinophiles que j’attendais le plus sont arrivées : il y a enfin un couple de Faucon pèlerin nicheur à Paris… et un autre chez moi, à Pont-à-Mousson (54) !

A Paris, nous n’aurons attendu que 2 ans : pendant l’été 2011, un couple était repéré sur la cheminée de la CPCU du 15ème arrdt, à un jet de pierre de la tour Eiffel. Heureuse coïncidence, cette cheminée avait été équipée il y a 15 ans par D.Robert, au nom du CORIF, d’un nichoir destiné à accueillir un couple de Faucon crécerelle.  

 

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Bizarrement, la 1ère année, le couple semblait plus intéressé par le coin SE de la cheminée et négligeait le nichoir. Cette année, le couple a semblé découvrir le nichoir et la LPO a négocié la pose par la CPCU d’une caméra. Bonne intuition ! Le couple n’a pas semblé gêné par cette notoriété numérique (ils sont visibles sur le site http://rapaces.lpo.fr/faucon-pelerin/suivi-par-camera ). On a pu y assister à des comportements de couple….

 

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puis, début mars, à la ponte du 1er, puis successivement de 2 autres œufs !

 

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Ca y est le Pèlerin est officiellement nicheur dans Paris intra-muros qui rejoint ainsi la longue liste des capitales européennes hébergeant un couple de Pèlerins ( Londres, Bruxelles, Barcelone, Varsovie, Zürich, Hambourg, etc.) Il ne reste plus qu’à espérer que la couvée sera fructueuse….

 

Autre capitale, autre couple : Pont-à-Mousson (54), une des premières villes lorraines à accueillir un pèlerin hivernant, il y a 11 ans ! Je me souviens encore de mon émotion quand, franchissant le pont qui traverse la Moselle, j’ai vu passer en décembre 2001 un pèlerin que j’ai ensuite retrouvé sur l’abbaye des Prémontrés. Depuis je le retrouvais chaque année (lui ou un autre…), parfois un couple, mais chaque année il désertait ma bonne ville natale à l’approche du printemps. ( voir un précédent billet http://lesoiseauxenville.skynetblogs.be/archive/2011/02/18/des-pelerins-aux-premontres.html ). Pendant cette période, l’espèce s’installait en ville à Nancy ( sur la basilique ND de Lourdes puis les Moulins de Tomblaine), à St Nicolas de Port, à Metz…. mais rien à Pont !

 

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Un montage que j'ai déjà utilisé sur ce blog, à partir d'une photo de fev 2011

   Les choses changeaient cette année avec le séjour d’un couple toute l’année 2012. Début mars, j’avais pu assister à des comportements prometteurs (apport de proie, creusement d’une cavité ) avant d’assister à un accouplement…. mais ce n’était pas encore la preuve tant attendue ! Elle est arrivée vendredi 24/3 : P.Behr, qui consacre tout son temps libre aux pèlerins lorrains, http://p.behr.free.fr/blog/index.php?2013/03/22/463-1ere-nidification , trouvait enfin la femelle en train de couver… mais pas du tout à l’endroit attendu : au lieu de se mettre à l’abri dans une tour ou dans un clocheton, la femelle couve à l’air libre, juste protégée des vents dominants du NW…

 

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photos P.Behr

Là aussi, on ne peut qu’espérer que cela se poursuive bien !....

 

15/12/2012

On a besoin de vous !....

Grâce aux nombreux commentaires ( 118 !) que continue à m’attirer un billet écrit il y a 5 ans sur le sujet http://lesoiseauxenville.skynetblogs.be/archive/2007/09/15/un-peu-d-exotisme-en-ville.html , je sais que beaucoup de personnes sont étonnées de découvrir des perruches dans leur jardin et les deux questions qui viennent le plus souvent sont : « D’où viennent-elles ? », et « Comment font-elles pour survivre en hiver ? ».

Je résume rapidement les réponses à ces deux questions :

- elles sont originaires semble-t-il d’Asie ( il y a aussi une sous-espèce africaine), arrivées en Europe en avion pour être vendues en animalerie. Mais à l’occasion des contrôles sous douane dans les aéroports, certaines de ces perruches réputées pour savoir s’évader ( « Houdini parakeet » est leur surnom anglo-saxon…) se sont échappées et ont réussi à se reproduire naturellement. Leurs descendants reviennent dormir près du lieu d’évasion de leurs ancêtres : Roissy-CdG et Orly !

 

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Photo prise par Yves Gestraud dans le 13ème arrdt parisien

- les oiseaux résistent en général assez bien à l’hiver s’ils trouvent de quoi se nourrir en suffisance. Les perruches se nourrissent aisément de fruits divers (en particulier exotiques, cf. la photo d’une perruche en train de déguster un fruit de Catalpa ) et des boules de graisse aux mangeoires. Il faut cependant noter que l’espèce semble avoir du mal à s’installer dans le centre et le nord de l’Europe (mais on en trouve beaucoup à Bruxelles, Londres, Amsterdam, Cologne)

Mais il reste des tas de questions à élucider sur cette espèce et son implantation dans les villes européennes… d’où l’appel ci-dessous ( cliquer sur l’image pour la lire correctement…)

 

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07/10/2012

Suivez les pigeons parisiens !

 

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Je me fais volontiers le relais d’une demande de Lise Dauphin qui travaille sous la direction d'Anne-Caroline Prévot-Julliard  dans le cadre du programme de recherche interdisciplinaire : "Le pigeon en ville ; Écologie de la réconciliation et gestion de la nature ".

 

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  Elle étudie la dynamique des populations de pigeons biset urbains en Ile-de-France avec la méthode de « capture-marquage-recapture ».  Cela consiste à marquer des pigeons avec des bagues reconnaissables à distance (bagues colorées) en plus de la bague aluminium habituelle qui n’est lisible que si on a capturé l’oiseau. Le terme « capture-recapture » est donc un peu trompeur car, justement, il n’y a pas besoin de recapture pour reconnaitre l’oiseau. En revanche il faut «  lire » attentivement la bague colorée : patte D ou G, ordre des couleurs (en partant du haut ou du bas ?) .

 

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(les photos m'ont été fournies par L.Dauphin)

Comme une participation du grand public et des naturalistes, au suivi des pigeons bagués - sur le modèle des sciences participatives développées au MNHN (Vigie nature...) - est espérée,  le site internet du programme de recherche a été mis à jour.  Un formulaire est disponible en ligne pour enregistrer l'observation.  Si celle-ci est validée, une fiche d'identité du pigeon sera envoyée à l’observateur.

Site internet :
http://pigeons.mnhn.fr
Suivi des pigeons bagués : http://pigeons.mnhn.fr/spip.php?rubrique20

 

 

 

 

 

 

05/05/2012

Les oiseaux ont-ils peur du bruit ?

 

Je vais me faire un peu mousser : je viens d’être interviewé par une équipe d’ARTE qui prépare un sujet sur les conséquences  du bruit urbain sur les oiseaux. En fait, c’était au Corif qu’ils avaient demandé cette interview… mais bon, j’aime encore bien quand on me place un micro-cravate, j’ai l’impression d’être important… ;-)

 

Ca m’a obligé de rassembler quelques idées sur la question, grâce à des études dont j’ai lu les comptes-rendus dans des revues scientifiques ( pour plus de détails, suivre les URL en fin du texte ). Plusieurs points à retenir :

 

- tout d’abord, ce n’est pas surprenant mais encore fallait-il le prouver : le bruit dérange les oiseaux ! Sauf pour les espèces spécialistes de la ville qui ne sont pas affectées  , la proximité d’une route diminue la densité d’oiseaux. Pas étonnant : cela doit les effrayer, même s’ils s’habituent facilement à des bruits réguliers. Un niveau sonore trop élevé perturbe leur communication (les oiseaux utilisent beaucoup le son - cris ou chants - pour communiquer). La route peut aussi intervenir par d’autres facteurs que le bruit (pollution, accidents) [1]

 

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Je vous déconseille d'essayer de dormir à quelques mètres d'un rossignol au mois de mai ! (photo O.Laporte)

- certaines espèces s’adaptent à ce problème du niveau sonore. Sans surprise, certains chantent plus fort : la Mésange charbonnière passe de 42dB à 63 dB, le Rossignol, qui chante encore plus fort, passe de 80 à 90 dB ! [2]

 

- la Mésange charbonnière ne se contente pas de chanter plus fort : elle élève la fréquence minimale de son chant. Ce chant est facile à retenir «  ti-pû ti-pû » «titi-pû titi-pû » : c’est ce « pû » plus grave qui devient un peu plus aigu en milieu urbain, sans doute car les sons aigus passent mieux le brouhaha. [3]

 

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Celui-ci vit à la campagne et a donc des horaires "normaux", pas comme son collègue urbain

- d’autres enfin ont compris qu’on pouvait aussi contourner le problème en chantant quand… il n’y a pas de bruit ! C’est ce qui explique que le Merle et le Rougegorge (entre autres) chantent dès 4h du matin ( et parfois plus tôt) en ville. Signalons qu’on a longtemps cru que c’était à cause de l’éclairage urbain qu’ils chantaient si tôt. [3]

 

Voici les réponses que les oiseaux ont pu trouver aux problèmes posés par le bruit mais je suis resté sec quand le journaliste d’Arte m’a demandé si les oiseaux pouvaient profiter du bruit…. En revenant de cet enregistrement j’ai réalisé qu’il y avait un exemple où le bruit semblait recherché par les oiseaux : les bergeronnettes grises ont l’habitude de former des dortoirs de plusieurs centaines voire milliers d’oiseaux sur leurs terrains d’hivernage. Or quelle ne fut pas ma surprise quand je réalisai que les lieux choisis étaient tout sauf tranquilles : il s’agissait souvent de places violemment éclairées et bruyantes, souvent face à la gare du lieu ! Pourquoi ? On peut supposer que c’est une manière de dissuader les prédateurs de venir les inquiéter… Pure hypothèse, mais si vous avez une autre idée, je suis preneur ! [4]

 

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Je n'ai pas retrouvé dans quelle ville a été prise cette photo de dortoir de Bergeronnetttes grises par Ph. Pulce...

 

 

[1] http://lesoiseauxenville-biblio.skynetblogs.be/archive/2007/11/06/influence-de-la-proximite-des-routes-et-des-villes-sur-l-avi.html

 

{2] http://lesoiseauxenville-biblio.skynetblogs.be/archive/2007/06/18/les-oiseaux-urbains-chantent-plus-haut-et-plus-fort.html

 

[3] http://www.certu.fr/fr/_Ville_et_environnement-n29/Bruit-n138/IMG/pdf/Bruit_urbain_et_faune_sauvage.pdf

 

  [4]http://f1.grp.yahoofs.com/v1/gKuiT9xMQW598GZzo_ckBJoA1KvwSPq_A78OpshSX3lcYv57I6T7Ge6Vu-Ki8X9DrCabe3akzVY0kFnNw_ix/%27Etudes%20urbaines/Dortoir%20bergeronnette.doc (inscription préalable nécessaire à la liste « Ornithologie urbaine », mais c’est gratuit et vous pouvez vous désabonner aussitôt après !)