12/06/2012

Le RQFB à Paris ( suite)

La publication du billet consacré à la nidification du Rougequeue à front blanc dans le 13è arrdt de Paris m'a valu un message fort sympathique d'O.Labbaye ( ornithologue parisien et ancien tenancier de la librairie du Muséum )qui m'apportait certaines précisions.

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Voici le mâle du couple nicheur de cette année rue de Tolbiac ( photo L.Epelboin)

Dans les années 1980, les quelques ornithologues qui observaient les oiseaux parisiens ont cherché en vain le RQFB nicheur dans Paris.... ce qui ne signifie évidemment pas qu'il n'y a jamais niché mais qu'il était au mieux très rare ou occasionnel ( indépendamment des observations de migrateurs). C'est spécialement vrai pour le Jardin des Plantes qui était déjà bien fréquenté par les ornithos....mais pas par le RQFB ! Les nicheurs du Père-Lachaise dans les années 90 étaient donc déjà des exceptions !

Pour revenir sur le nicheur actuel, Loïc Epelboin m'a envoyé des photos intéressantes du site de nidification qui prouvent bien que l'espèce est capable de s'adapter à des conditions très urbaines... 

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Un trou dans la façade lui suffit.... (photo L.Epelboin)

 

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.... dans une cour bien exiguë ! (photo L.Epelboin)

De même, l'image GoogleMaps montre qu'il se contente de bien peu de végétation dans son territoire, même s'il y a quelques jardins avec , semble-t-il, de beaux arbres.

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07/06/2012

Le Rougequeue à front blanc nicheur à Paris

 

Ce superbe oiseau a été très courant à Paris : à la fin du 19ème siècle Nérée Quépat ( de son vrai nom René Paquet, le verlan ne date pas d’aujourd’hui….) disait : «  Cet oiseau abonde dans tous les grands cimetières de Paris »  et il cite le Père-Lachaise où «  on ne peut pas faire quarante pas sans en rencontrer ». Il cite aussi le cimetière de Passy, mais seulement avec un couple… on en entendra parlerde nouveau plus tard…  L’espèce était encore commune jusqu’à la 2nde guerre mondiale et a continué à nicher après, de plus en plus rare pour disparaître sans doute dans les années 90 où un ou 2 couples nichaient assez régulièrement au Père-Lachaise….

 

Malgré des observations régulières aux passages, l’espoir était abandonné de le trouver nicheur pendant les travaux de l’Atlas de Paris ( 2005-08, toujours en vente à la FNAC, ed. Delachaux et Niestlé, voir à la fin du billet…). Une observation nous a cependant laissés rêveurs : un jeune Rougequeue à front blanc volant a été observé par E.Piéchaud au Jardin des Plantes en juillet 2007 : il était donc né pas très loin…. mais où ?  Il y a peu de chance qu’un couple ait élevé ses jeunes au Jardin des Plantes en échappant à l’attention de la plus forte de densité quotidienne d’ornithologues en France ! Alors,  dans Paris ? de l’autre côté du périf ?

 

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Le RQFB de Pantin et son poste de chant favori

Des mâles séjournent de temps en temps dans Paris au printemps en chantant avec application : l’un d’eux l’a fait pendant 15 jours en 2006 à Belleville depuis la flèche d’une grue… mais le paysage environnant laissait peu d’espoir pour une nidification ! Cependant, la même espèce s’est établie plusieurs années à partir de 2008 à la sortie du port de Pantin (93) dans un site très urbanisé et s’est reproduit au moins une fois ( en 2009). Il a encore fréquenté l’endroit en 2010 et 2011, mais pas en 2012 ( on peut supposer que c’était le même mâle et qu’ il est mort….). Tous les espoirs d’une nidification parisienne étaient donc permis !

 

C’est de l’Ouest parisien qu’est venue ma bonne nouvelle : en juillet 2010, notre ami et grand artiste Tsunehiko Kuwabara (http://www.kuwabaratsunehiko.com/fr/  et http://kuwabaratsunehiko.over-blog.com/ ) a observé un mâle nourrissant de jeunes juste volants au cimetière de Passy ! 135 ans après, le même site (qui a dû un peu changer d’aspect entre-temps…) hébergeait donc cette espèce… Le Rougequeue à front blanc réintégrait donc la liste des espèces nicheuses certaines dans Paris intra-muros…

 

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Je sais qu'elle est floue... mais c'est une preuve de nidification ! (toujours à Pantin)

Oui, mais celui du Jardin des Plantes, il venait d’où ? Une hypothèse est arrivée hier avec l’observation par Loïc Epelboin d’un couple de Rougequeue à front blanc dont la femelle ravitaillait dans un trou de mur pendant que le mâle chantait depuis une antenne de télévision… Evidemment, c’est 5 ans après  et c’est à 2 km de là (mais c’est direct par les voies de chemin de fer….). cela proouve en tout cas qu’il est possible que ce bel oiseau niche dans Paris en dehors d’un parc ou d’un cimetière…..

 

Décidément l’ornithologie urbaine réserve toujours de jolies surprises !

 

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27/05/2012

Souvent l'Effarvatte varie...

Dans tous les manuels d'ornithologie on décrit le milieu où vit l'espèce dont on parle : c'est important pour éliminer des espèces qui ne risque pas d'être présentes dans le milieu où vous vous trouvez.... C'est parfois à l'origine de drôles de surprises....

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La célèbre photo de JB Alemanni, prise au parc de Bercy !....

Exemple :la Rousserolle effarvatte est une fauvette typique des roselières, même réduites. Cette adaptabilité aux micro-milieux lui a permis de nicher en plein centre de Paris, au parc de Bercy, comme notre Atlas des Oiseaux de Paris l'a déjà raconté. Pour ceux qui ne l'ont pas lu (ils ont tort....) voici la photo de la "roselière" de Bercy...

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Ca , c'est en période nidification..... Là où ça devient drôle ( et surprenant....) c'est quand on s'intéresse aux milieux où elle peut s'arrêter en cours de migration....

Comme elle a la bonne idée de chanter en migration, elle donne parfois de drôles de surprises à l'ornitho qui a l'ouïe fine, car il entend son chant sortir des endroits les plus saugrenus, surtout en ville !

En voici quelques exemples dont j'ai gardé des souvenirs photographiques, car un mauvais dessin vaut toujours mieux qu'un long discours.... alors que dire quand il y a 6 photos !

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 Ici, on n'est étonné qu'à moitié.... les bambous ressemblent un peu aux roseaux ! La preuve, je l'ai entendue 2 années différentes à la Bambouseraie de la Villette !

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Là c'est déjà plus surprenant : il s'agit d'un pied d'immeubles (à Bobigny). Il s'agit néanmoins de buissons bas et touffus (ici des Cerisiers du Portugal)

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Cette fois-ci il s'agit de Buddleyas, sur une friche qui subsiste sur la Petite Ceinture où certains individus ont stationné si longtemps qu'on a même pensé qu'elles allaient y nicher....

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Là on abandonne les arbustes touffus et on passe aux arbres à feuilles larges : des platanes à Pantin....

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... ou des tilleuls place de la gare de Nangis (77). En revanche je ne me souviens plus quels étaient ces arbres à Bussy St George ( 77) où une Effarvatte chantait encore une fois en pleine ville !

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Soyons honnête : l'eau n'est jamais très loin.....à part la friche à Buddleyas et la place de la gare de Nangis : j'ai déjà eu l'occasion de dire que je pensais aussi que les voies de chemin de fer pouvaient aussi servir de voies de migration rampante .

14/05/2012

Le chat qui n'avait pas de chance avec les Corvidés...

Tout à l’heure, alors que je travaillais à l’ordinateur, des cris énervés de corneille ont détourné mon attention de l’écran… Il y a un nid de corneilles dans un des robiniers sous mes fenêtres, cela ne m’a donc pas trop étonné ! Mais quand même je les ai trouvées bien insistantes !

Je vais voir et je découvre  qu’une corneille s’en prend à un gros matou noir ! Ce pauvre chat n’a décidément pas de chance avec les corvidés : c’est sûrement le même qui, il y a 3 ans, a eu maille à partir avec les pies qui nichaient à peu près au même endroit ! Le billet est consultable à cette adel : http://lesoiseauxenville.skynetblogs.be/archive/2009/05/30/la-pie-ange-ou-demon.html

 

Voici en ombre chinoise quelques scènes de l’affrontement…. je vous laisse prendre les paris sur le vainqueur (ne trichez pas en allant voir tout de suite la fin !)

 

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Les deux protagonistes

 

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Recul stratégique de la corneille

 

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La manœuvre a fonctionné : la corneille repart à l’attaque…

 

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…. et pousse son avantage !

 

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L’autre vient au secours de la victoire !

 

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Le chat, honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus…..

 

PS : la scène n’avait pas échappé aux enfants de l’école maternelle ombragée par ces robiniers et ils ont suivi passionnément la rivalité. Je me permets quand même de regretter l’attitude de l’enseignant qui leur a fait crier « Allez, le chat ! » sur l’air des lampions au lieu de leur expliquer que les corneilles défendaient leurs petits...

 

08/05/2012

Un nid pour deux...

C’est le 1er mai que J-Luc Saint-Marc découvre une scène surprenante au parc des Buttes-Chaumont ( Paris 19è) : 2 Poules d’eau couvent sur le même nid ! J’assiste à la même scène samedi 5 mais le lendemain je ne peux voir qu’un relais des 2 couveuses sans les voir ensemble sur les œufs. Un habitué du parc me dit qu’il y a 10 œufs, ce qui est important pour une seule ponte, mais pas impossible. Géroudet cite des pontes de plus de 20 œufs en précisant que, dans ce cas, ce sont sans doute 2 pontes effectuées dans le même nid… Ici nous avons la preuve que cette situation arrive !

 

poule d'eau double couvaison_JLSM_BChaumont_retaillée.jpg

Les deux couveuses sur le nid (photo J-L Saint-Marc)

Remarque : il est impossible de distinguer dans la nature le mâle de la femelle dans cette espèce….

 

Quand j’ai pu apporter mon appareil photo, je n’ai pas pu voir les 2 couveuses en même temps : la (supposée) couveuse étalait bien son plumage pour recouvrir ses œufs et le (supposé) mâle apportait régulièrement des feuilles, jaunes ou vertes,

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que la femelle disposait aussitôt pour décorer son nid, comme elle l’avait déjà fait avec un bel emballage de bonbons ! 

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Le mâle est très actif : 14 voyages en 19 minutes !….

Puis la (supposée) seconde couveuse est venue prendre le relais. Mais ce n’est pas simple de se relayer sans laisser les œufs à l’air une seule seconde….

Elle se pose sur le dos de sa collègue….

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 Elle trouve une position qui semble lui aller….. ;-)

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 Le mâle arrive comme si de rien n’était….

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Puis la première couveuse s’en va se dégourdir les pattes !

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Il ne semble pas que d’autres cas de double couvée simultanée ait déjà été observée chez cette espèce, mais j’attends les démentis avec gourmandise…. ;-)

 

06/05/2012

Creuser un nid au lieu de la construire....

Aujourd'hui je commence une (courte) série de billets sur des nids originaux observés à Paris... Je donne d'avance la moralité de ces histoires : les oiseaux ont une faculté d'adaptation étonnante.... mais les lecteurs réguliers de ce blog en sont déjà bien conscients !

Je commence donc par un nid de Merle construit dans le quartier Belleville, dans une jardinière accrochée au rebord d'une fenêtre.... ce qui est déjà assez original, même si le merle parisien en est assez coutumier !

Mais ce n'est pas ça l'extrême originalité de ce nid : regardez bien la photo qui suit ( merci à Elise Lesaffre de m'avoir donné ces photos... par l'intermédiaire d'un autre Lesaffre que certains connaissent peut-être....)

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Je me suis permis de la retailler et d'augmenter les constrastes pour que vous puissiez mieux vous rendre compte : hormis les premiers centimètres d'herbes sèches qui constituent le bord du nid, le reste de la coupe est formée directement par la terre de la jardinière ! 

Dans un 2ème temps les merles ont tapissé la coupe de brins d'herbes avant de pondre, ce qui fait que maintenant, le nid a un aspect normal.... sauf qu'il est en partie enterré !

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Le père de la photographe n'avait jamais rencontré un tel cas, c'est vous dire si c'est rare....;-) 

30/04/2012

Le Héron des villes

J'ai déjà abordé plusieurs fois le sujet de l'adaptation du Héron cendré à la ville : rappelons que quand j'étais gamin (il y a plus de 40 ans....), le Héron était un oiseau rare et farouche !

Depuis plus d'une vingtaine d'années , l'espèce a pris ses habitudes en centre ville d'Amsterdam qui semble avoir été une ville pionnière en la matière ( comme en d'autres...). A Paris le phénomène a une dizaine d'années et maintenant tous les parcs pourvus d'un peu d'eau ont leur(s) héron(s) habitué(s) : Montsouris, Bercy, Tuileries, Buttes-Chaumont, Jardin des Plantes, Champ de Mars....

L'espèce s'est ensuite mise à écumer les bassins à poissons rouges des particuliers... Voici une photo prise par Christophe Gonzales à Vitry s/Seine ces derniers jours...  le photographe précise que les carpes du bassin local ont chèrement payé le prix de cette photo !

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Un précédent billet sur le sujet m'a attiré des commentaires (parfois très énervés) et des questions de la part de propriétaires de bassin qui aimeraient bien trouver un moyen pour protéger leurs poissons. J'ai reçu aussi quelques conseils et je vous livre donc celui qui me semble le plus simple, surtout s'il est efficace... Il s'agit d'acheter dans n'importe quelle jardinerie un héron en plastique grandeur nature : placé sur un bassin, il dissuadera le vrai héron de s'approcher, car l'espèce a du mal à supporter un voisin trop proche quand il s'agit de pêcher ( c'est très visible au parc des Buttes-Chaumont : quand il y a 2 hérons, ils se placent aux 2 extrémités du "lac"... ou bien ils se castagnent !). Un truc : pour ne pas que les hérons s'aperçoivent du subterfuge, il suffirait de déplacer régulièrement la silhouette....