05/05/2008

Bergeronnette....des ruisseaux, dîtes-vous ?

Si on veut une idée de l’importance de l’adaptation dont peuvent faire preuve les oiseaux pour s’installer en ville, la Bergeronnette des ruisseaux peut servir d’exemple …

« Sous les ombrages, la rivière fraîche reflète la voûte feuillue des arbres et le ciel changeant ; tantôt lisse et calme, clapotant sur les galets blancs et polis ; tantôt écumante parmi les grosses pierres des rapides ou contre une falaise  de terre qu’elle ronge de ses méandres. » Voilà comment Paul Géroudet décrit le milieu d’origine de cette espèce … Promenez-vous le long du canal St Denis ou du canal St Martin et vous verrez l’effort d’imagination qu’il faut faire pour entendre le clapotis de l’eau sur les galets blancs !….

BdR C.Ouvrard

Sur une amarre aux Tuileries photo C.Ouvrard

 

Au 20ème siècle, la Bergeronnette des ruisseaux n’était qu’un nicheur occasionnel à Paris : une nidification aux Buttes-Chaumont en 1990, 2 au Bois de Boulogne en 1995 et 96.

En 2000 et 2001 un couple profite d’une flaque d’eau qui s’est formée sur le toit en terrasse d’une école dans le 14è pour  y nicher (l’assèchement de la flaque a fait fuir les oiseaux). C’est en 2002 que semble commencer la nidification régulière de l’espèce le long des cours d’eau de la capitale : S.Malignat constate la nidification de l’espèce le long du canal St Denis près du Bd MacDonald. En 2003, on la retrouve nicheuse près de la cité des Sciences et au port de l’Arsenal, près de la Bastille. Si la couvée de la Bastille fut détruite sans doute par des rats, celle de la Cité des Sciences s’envola.

Ecluse Flandres très réduite

................Le canal St Denis près de la Cité des Sciences...lieu de nidification !

 

Les années suivantes , l’espèce fut trouvée le long de la Seine (en particulier à l’île St Louis) et en 2008 on peut considérer qu’entre 10 et 15 couples de Bergeronnettes des ruisseaux nichent dans Paris. La Seine et les canaux St Martin et St Denis sont régulièrement occupés, mais aussi parfois le parc des Buttes-Chaumont, le pied de la Tour Eiffel et une (au moins…) terrasse partiellement inondée !

Il faut remarquer que cette implantation s’est passée très rapidement : en moins de 10 ans, on peut considérer que tous les quais des canaux ou de la Seine ont été occupés et il nous reste sans doute quelques sites à découvrir loin des cours d’eau…

BdR Olivier S

La preuve qu'elle se reproduit le long de la Seine (15è)... photo O.Sigaud 

 

Cette implantation a été précédée par une forte augmentation de l’hivernage  : actuellement on peut voir en hiver cette espèce n’importe où dans Paris, près de l’eau évidemment, mais aussi sur des toits en terrasse et parfois même ailleurs comme cette observation que j’ai faite entre la gare du Nord et l’Opéra, quartier a priori peu accueillant pour un oiseau de bord de ruisseau campagnard !

Paris n’est pas un cas isolé : Bruxelles a vu aussi sa population de bergeronnettes des ruisseaux augmenter entre 1993 et 2003 (périodes de ses 2 Atlas), grâce en particulier à l’occupation des rives d’un canal traversant le territoire de « Bruxelles-capitale ». On retrouve aussi l’espèce à Liège, à Douai, à Londres et elle semble s’établir à Lille. En revanche à Hambourg et à Berlin, l’espèce n’est pas établie en centre ville et reste cantonnée à des secteurs qui ressemblent à son milieu d’origine.

On peut noter qu’une autre espèce du bord des eaux s’est adaptée depuis assez longtemps aux quais urbains : il s’agit du Cincle plongeur, qu’on trouve dans de nombreuses petites villes des vallées montagnardes, que ce soit dans les Pyrénées (Bagnères de Bigorre, St Jean Pied de Port ) ; les Alpes françaises (Bourg d’Oisans) ou suisses (Brig).

À quand le Martin-pêcheur ? Paris va sans doute répondre bientôt….. ;-)

09:14 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

26/04/2008

Encore un Autour des palombes à Paris !

Le 16/04/08 les jardiniers du 20è arrondissement ont découvert au jardin E.Vaillant le cadavre d’un jeune Autour des palombes ! C’est la 2ème fois cette année qu’un Autour est découvert à Paris !

Autour mort dessous
 L'Autour du square E.Vaillant photo N.Robin

 

Le premier était heureusement bien vivant (malgré un choc contre un carreau du 7ème arrdt) et a été relâché en bon état par le Centre de réhabilitation de l’Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort en janvier.

Autour M-Alfort red

C'est quand même plus beau vivant !  photo G.Chambert-Loir 

 

Les autours sont erratiques à cet âge là et sa présence à Paris n’est évidemment pas un signe de nidification proche ! C’est un oiseau forestier qui, cependant s’adapte à certaines villes : il est nicheur dans la périphérie de Hambourg et vient chasser en centre ville (quartier de l’Université) . De même il niche dans le Tiergarten, grand parc boisé dans le centre ville de Berlin….Comme c’est un rapace qui a bien profité de la protection des rapaces et de la fin de l’utilisation des insecticides organo-chlorés, sa densité augmente partout et pourquoi pas un jour…..

En ce moment, l’actualité parisienne est plutôt celle de l’Epervier : va-t-il nicher dans Paris intra-muros ? Déjà qu’il niche dans les cimetières de Bagneux (depuis 2007) et de Pantin (sans doute depuis quelques années), aux bois de Boulogne et de Vincennes….Depuis quelques années, on en voit de plus en plus en hiver dans les rues et les parcs parisiens (cliquez pour voir le post consacré aux observations de Jacqueline Lejeune dans le Marais ou ici pour retrouver une histoire à laquelle j'ai assisté depuis ma fenêtre). Ce qui est nouveau, ce sont les observations printanières : le parc des Buttes-Chaumont est sur les rangs pour accueillir le premier couple nicheur…des parades ont même été observées en avril ! Le mois de mai sera déterminant ! Mais on en a aussi observé en plein centre de Paris, près des Champs-Elysées, où des parcs privés (ambassades, palais présidentiel…) sont tout à fait capables d’abriter son nid…

Les paris sont ouverts !

16:48 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

05/04/2008

Les Hirondelles de rivage de la région parisienne aiment bien les sites artifiiciels !


La colonie du parc de la Bergère (Bobigny - 93)

 

La colonie (un couple nicheur en fait, mais accompagné de quelques individus surnuméraires) semble s'être installée en 2000 dans les palplanches qui soutiennent les rives du canal au niveau du parc de la Bergère (Bobigny-93). (*)

  colonie Ourcq bis

_____________Les effectifs ont évolué de manière favorable, ce qui a abouti à une année record en 2007 avec au moins 8 couples ! Pour le détail des résultats annuels, il faut préciser que je n'ai pas pu suivre les dernières années avec autant de précision que les 3 premières.

Effectif colonie Bergère

Effectif colonie Bergère (grafik)

Phénologie: les dates d'arrivée qui ont été relevées (1/4/08, 20/4/07, 7/4/06, 10/5/05, 27/4/04, 9/5/03 (mais 25/4 à Pavillons),3/5/02,18/5/01,27/4/00 ne sont pas toutes représentatives car les dates de vacances scolaires ont forcément interféré avec celles-ci. On peut noter cependant qu'elles sont en général bien tardives par rapport aux dates relevées en Île de France. Ceci peut être dû à plusieurs causes : en plus du problème des vacances, il faut remarquer que les oiseaux sont très discrets (et peu nombreux) en période de couvaison, ils ont donc pu passer inaperçus pendant plusieurs jours . Mais ce n'est sans doute pas la seule raison : on peut penser que les colonies de ce type ne sont que des pis aller pour les hirondelles de rivage et qu'elles n'y viennent que faute de mieux, après avoir essayé de trouver une place ailleurs. Les arrivées seraient donc réellement plus tardives dans ce genre de micro-colonie. Ce ne serait donc pas un hasard qui expliquerait que l'arrivée de 2008 est la plus précoce, l'année suivant celle du plus fort effectif (jusqu'à maintenant en tout cas....) de plus de 8 couples : cette année, les hirondelles seraient revenues directement....

                      pour la construction, les seuls indices sont un transport de brindilles le 21/5/2001 et un transport d’un objet non identifié le 3/5/2002

                      les dates de couvaison sont difficiles à déterminer.

                      les dates de présence des jeunes au nid peuvent souvent se déduire de l'accélération des visites des adultes et du rejet de pelotes fécales. Le 1er indice fut noté le 12/6/2000 (avec des jeunes bien emplumés visibles le 23/6). En 2001, les visites sont fréquentes le 14/6 et les premières pelotes fécales sont vues le 21/6. Pelotes fécales dès le 13/6/2002. Accélération le 30/5/2003 ?(situation pas claire). Pelotes fécales le 28/5/2004. Pas de dates caractéristiques pour les années suivantes

                      l'envol est délicat à noter avec précision. Cependant l'observation d'un groupe de 4à 6 individus voletant de manière bien "énervée" autour d'un trou où a niché un couple signe en général le départ récent d'une couvée. Voici les dates que nous avons pu relever :le 27/6/00 , 5 jeunes volent autour du nid (alors que le 23/6, ils étaient encore au nid) ; le 2/7/01, 3 jeunes bien emplumés se montraient à l'entrée du trou; le 28/6/02 4 jeunes volent autour du trou et 3 autour d'un autre trou le 11/7/02; le 16/6/04 s’envolent les jeunes du 3ème couple ; 5 ind le 10/6/05 ; 2 couvées (10 ind) envolées le 8/6 et la 3ème le 13/6/06

                       2èmes couvées : rarement notées à cause des vacances. En 2002, il y a eu 2 secondes couvées (le 18/8, 4 jeunes juste envolées et nourrissage d'une autre couvée); en 2003 au moins 1 seconde couvée sur 2 couples

 

A noter une tendance à une phénologie plus précoce au fur et à mesure du développement de la colonie. Les dates après « stabilisation » semblent être environ :

- une ponte fin avril

- une éclosion mi mai

- un envol vers le 10-15 juin

- une seconde couvée de fin juin à début août

 

(*) Pour plus de détails sur la première année, voir la page :

http://oiseaux-du-canal-de-lourcq.skynetblogs.be/post/5725126/la-fondation-de-la-colonie-dhirondelle-de-riv

Pour le résumé de mon article sur les H. de rivage en milieu artificiels, allez à cette adresse :

http://lesoiseauxdesvilles-publiperso.skynetblogs.be/post/4662246/lhirondelle-de-rivage-niche-en-site-tres-arti

  

Les autres sites des alentours de Paris

 

colonie Ivry rogné

Site de la colonie d'Ivry s/Seine, face à Chinagora 

Je ne prétends pas avoir la liste exhaustive des colonies d’Hirondelles de rivage de ma proche région parisienne, mais je suis frappé par le fait que toutes celles que je connais utilisent exactement le même type de support : des trous d’évacuation d’eau dans des palplanches métalliques qui soutiennent les rives d’un canal (canal de l’Ourcq à Pavillons s/bois- colonie existant en 2000-2001 et peut-être avant mais disparue ensuite) d’une darse dans un port (Gennevilliers, 92 – Bonneuil, 94) ou d’une rivière (Seine à Ivry, Marne au pont de Créteil et au pont de Joinville)

17:03 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/03/2008

Les colombins en folie....


Colombins vol nup 15 red

**************C'est le printemps......!

Ce matin, après avoir inauguré sur le terrain la dernière saison de l'Atlas des oiseaux nicheurs de Paris en zigzaguant dans le 8ème arrdt, j'ai décidé de passer la Seine pour voir s'il y avait des pigeons colombins de l'autre côté aussi : cette espèce de pigeon est en effet mal connue en ville, y compris par certains ornithologues. J'ai été récompensé de mes efforts pédestres : je vous laisse deviner en quel endroit j'ai pu assister à un vol nuptial très prolongé d'un couple qui visiblement avait décidé que la saison de reproduction allait bientôt commencer !

Voici donc une sorte de reportage un peu voyeur.....

Colombins vol nup 6red

 Colombins vol nup 7red

 

Colombins vol nup 8red

Colombins vol nup 12red

Colombins vol nup 9red

 

Colombins vol nup 14red

********Vous avez du mal à observer des Colombins en ville ? ....appliquez le célèbre "Théorème des antennes" !

"Sur les antennes et au-dessus du 30ème étage, on ne voit pas de Pigeon biset ! Ce sont (le plus souvent) des Ramiers et (plus souvent que vous le croyez....) des Colombins !"

 

 

Colombins vol nup double red

16:44 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

18/02/2008

Le match Vigipirate-Corneille continue….

Je racontais dans le mail précédent que le Jardin des Plantes semblait avoir trouvé une solution…..la Mairie de Paris semble prête à la reprendre (je ne suis pas certain que l’appel en ce sens que je lançais dans mon msg y soit pour quelque chose…..je n’ai pas cette prétention…..).

Corneille poubelle B-Chaumont bis

Le Figaro de samedi dernier (16/2) publie un article alarmiste sur la multiplication des corneilles dans les jardins parisiens. Même si la situation décrite est réelle (il y a des troupes de plusieurs dizaines de corneilles dans certains parcs, j’en ai déjà compté plus de 80 au Jardin des Plantes ), il est un peu idiot de reprendre la crainte supposée de certains parents que les corneilles viendraient piquer le goûter de leurs bambins….. Le problème est toujours le même : depuis 1996 (j’apprends la date grâce à l’article) , les poubelles doivent être en plastique transparent. Les corneilles se sont donc aperçues qu’il y avait à manger dedans et qu’elles pouvaient déchirer le plastique…..

Corneille et poubelle B-Chaumont

->La Mairie de Paris a donc décidé d’appliquer la même méthode qu’au Jardin des Plantes au parc G.Brassens, malgré le jugement « esthétique » de Mme de Clermont-Tonnerre – conseillère du 15è - qui a trouvé « très laid » le tube en plastique utilisé (comme si les sacs plastiques étaient très jolis….sauf ceux du parc de la Villette qui sont ….rose vif ! Et, au fait…., je ne crois pas les avoir jamais vus déchirés ceux-là…..).

La suite au prochain numéro…. ;-)

05/02/2008

Vigipirate 1 - Corneilles 0

Le 20 juin je vous parlais de la manière dont les corneilles ont profité du plan Vigipirate : les poubelles rigides ont été remplacées par des sacs plastiques, ce qui permet aux corneilles de les déchirer pour se nourrir du contenu.

Détails à lire en cliquant ici…..

 

 Je suggérais de vider les poubelles avant le lever du jour pour passer avant les corneilles….mais le Muséum National d’Histoire Naturelle a eu une autre idée : entourer les poubelles d’un tube rigide transparent ! Simple, mais il fallait y penser….

Corneille poubelle MNHN JL Fromont

Merci à JL Fromont qui m’a signalé l’histoire et fourni la photo qui illustre le truc !

Je pense que le MNHN ne sera pas vexé si d’autres reprennent son idée….

02/02/2008

Des Merles qui n'ont pas froid aux yeux....ni ailleurs !

Evènement en Irlande : au Collège Universitaire de Cork,3 jeunes merles sont nés le 25 janvier dernier , ce qui correspond à une ponte vers le 5/1. L'évènement a été mis aussitôt- et pas seulement par des journalistes....- sur le dos du rechauffement climatique.....voire !

Merle précoce, Une irlandaise

Non, que je remette en cause l'existence du changement climatique, ni son origine humaine et encore moins son influence sur le calendrier de la Nature : des études bien documentées ont montré une avancée des dates de nidification de certaines espèces sédentaires depuis une quinzaine d'années.
Mais ici , il me semble que cela a plus de rapport avec le milieu urbain que le climat en général. On a de nombreux exemples de nidifications précoces de merle en ville : pour se limiter à quelques exemples, à Fribourg (Suisse), on a découvert la même année 2000 une couvée  de 17 jours le 29 décembre et 4 oeufs couvés le 22 décembre ! Une autre couvée aussi précoce à Metz dans les années 90 : des jeunes observés au nid début janvier avaient dû éclore vers le 25 décembre.....

Merle_vers P.Dubois red

Pas facile de ramener une becquée de vers en janvier ! (photo P.Dubois)

Evidemment, le réchauffement existait déjà en 2000, ce n'est pas la question, mais il faut remarquer que toutes les données de décembre-janvier sont urbaines. L'écart avec les dates moyennes dans la nature est trop important pour être mis sur le compte des modifications récentes : on est ici 2-3 mois avant les dates classiques, alors que les modifications de calendrier mises en évidence jusqu'à présent sont de l'ordre de 15 jours, que ce soit pour les dates de migrations ou les dates de nidification.
Il s'agit ici de tout autre chose : les conditions microclimatiques en ville sont très différentes de celles de la campagne. On note en moyenne 2 à 3 degrés de différence entre la ville et la campagne environnante, surtout en hiver (détail important dans le contexte de notre affaire...). Du coup la végétation démarre plus tôt, les insectes suivent la végétation et les oiseaux suivent les insectes !
Ce qui règle le développement des organes génitaux des oiseaux est la longueur du jour: l'éclairage urbain doit pouvoir modifier le calendrier des ovaires de merle comme il le fait de la chute des feuilles des arbres : regardez près des lampadaires, vous verrez que les branches les plus proches gardent leurs feuilles très tard....

Merle_nid P.Dubois red


En ville on trouve parfois de curieux matériaux pour construire le nid ! (photo P.Dubois)

La tactique de ponte hivernale est certes risquée (je ne sais pas ce que sont devenus les jeunes qui étaient nourris par leurs parents en février 2005 à Paris ....sous la neige !), mais quand ça marche, ça fait une génération de plus de merles , ce qui permet d'atteindre les 4 couvées annuelles et de compenser la forte mortalité des jeunes en milieu urbain (chats et chiens n'en sont pas innocents.....). Pour revenir au réchauffement climatique, il y a fort à parier que cette tactique paie de plus en plus souvent ! 

15:32 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |