15.03.2011

Noctambules ailés en ville

A part pour signaler telle ou telle observation, je n’ai pas consacré de billet aux rapaces nocturnes en ville…. Et pourtant il y en a !

La découverte récente d’une jeune Chouette hulotte nous a rassurés sur la reproduction de l’espèce au parc des Buttes-Chaumont : en effet, nous manquons cruellement de telles preuves pour Paris ! Depuis le début des prospections pour l’atlas, en 2005, ce n’est que le 3ème jeune trouvé à Paris ( les autres au Père-Lachaise et au Jardin des Plantes)…

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Le petit était sous la menace de corneilles - photo JL Saint-Marc

Vers 1975, la population parisienne était estimée, un peu à la louche, à une trentaine de couples et effectivement nous avons de nombreux témoignages de lieux qui ont été abandonnés depuis cette époque.

Pourquoi ? C’est un des mystères de l’ornithologie parisienne car l’espèce habite préférentiellement  des milieux qui ont échappé largement aux modifications importantes depuis longtemps : grands parcs publics, espaces verts privés des ministères, ambassades, etc. On a suggéré que la cause soit à rechercher en dehors de Paris : si la population parisienne n’est pas auto-subsistante et a besoin d’immigration régulière d’individus périurbains, le tarissement de cet apport peut provoquer cette baisse….mais c’est purement hypothétique !

La Chouette effraie est aussi une espèce qui ne craint pas la proximité de l’homme : elle niche souvent dans un clocher d’église ou le grenier d’une maison quelconque…si elle peut y entrer ! Mais comme elle chasse principalement en espace ouvert (champs, prairies) elle a du mal à habiter dans les « vraies villes » et préfèrera les villages ou limites d’agglomération. Il y a eu cependant des observations dans Paris que nous avons bien du mal à interpréter…on a quand même du mal à imaginer l’Effraie nichant dans quartier Saint-Sulpice ! Mais les oiseaux parisiens nous ont déjà offert des surprises aussi ébouriffantes…

Le Hibou moyen-duc est un oiseau typiquement forestier, mais….il n’a pas peur des grands parcs urbains, que ce soit pour nicher ou pour y établir des dortoirs hivernaux. On  trouve ainsi un dortoir au parc G.Valbon à La Courneuve (93) et un autre au parc de Parilly, en pleine agglomération lyonnaise. Il lui arrive même de passer en ville puisqu’il a été observé au moins 3 fois dans Paris depuis l’an 2000 : un est venu dans la cour du 55 rue Buffon au Muséum National d’Histoire Naturelle en 2006, un s’est posé sur un balcon dans le 9ème arrdt, quartier minéral s’il en est, en 2008 et un autre est resté quelques temps planté sur un piquet du Jardin des Tuileries en octobre 2010 !

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Le Hibou du Museum - photo F.Jiguet

 

La Chouette chevêche, symbole d’Athéna dont le temple était au centre d’Athènes, s’adapte facilement aux villes méridionales : elle est considérée comme commune en Italie dans des villes comme Rome, Florence ou Cremone. Dans les villes centre ou ouest-européennes, elle est beaucoup plus rare, se contentant le plus souvent des milieux périurbains ou des parcs spécialement grands. Il est probable que cette différence tienne au « centre de gravité » de ses populations : c’est une espèce qui semble se porter nettement mieux vers la Méditerranée…

Autre espèce méditerranéenne qui habite facilement les villes méditerranéennes : le Hibou petit-duc. Dès qu’il y a un parc avec de vieux arbres riches en cavités, on peut entendre le sifflet doux et mélancolique du Petit-duc. J’ai souvenir de parties de boules dans les rues d’un village gardois sous un lampadaire sous lequel venait se percher le petit rapace…

J’ai gardé pour la fin, l’espèce la plus surprenante : le Grand-duc qu’on imagine souvent cantonné aux falaises des montagnes sauvages… Il a niché pourtant dans un cimetière de l’agglomération hambourgeoise et dans la falaise qui sépare la ville de Luxembourg en 2 parties bien  tranchées… surtout pour les cyclistes ! Un jeune s’est retrouvé sur le comptoir d’un bar dont les habitués ont replacé l’oiseau dans le jardin à côté !...   

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La falaise de Luxembourg et le site de nidification - photo P.Lorgé

Une forme originale de faire la tournée des grands-ducs, surtout au Luxembourg… ;-)

  

La femelle sur le nid - photo P.Lorgé

 

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26.02.2011

Un héron cinéphile...

L'avantage de tenir un blog depuis un certain temps, c'est qu'on reçoit des infos ou des photos d'un peu partout et que ça permet de ne pas trop se creuser la cervelle pour écrire un billet...
Aujourd'hui, ce sont des photos qui viennent d'un endroit dont je vous ai parlé récemment, le bassin de la Villette qui joint le canal St Martin au carrefour des canaux de l'Ourcq et St Denis. Elles m'ont été envoyées par Richard Tassard qui habite le secteur.

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Elles ont été prises très précisément quai de la Seine, à 50 mètres des cinéma MK2, vers 19 heures le 31/12/2010, c'est à dire qu'il faisait nuit noire ! En fait c'est quelque chose qui ne gêne pas le héron pour se déplacer : on entend parfois son cri rauque ( qu'on peut transcrire par "frank !" ) en pleine nuit au-dessus de Paris ou ailleurs . En revanche, je ne sais pas comment il pêche...attend-il qu'un poisson vienne à la surface et le repère-t-il au bruit ?
En revanche le fait de se laisser approcher à 2 mètres et photographier au flash ( 4 fois, en plus....) est une belle illustration de la perte de méfiance de cet oiseau vis à vis de l'Homme ! Quand je pense à la difficulté pour voir cette espèce quand j'étais gamin....

Héron cendré_Villette_bis.jpg


C'est une évolution qui a pris une bonne trentaine d'années et qui a commencé sans doute aux Pays-Bas : j'ai souvenir de hérons déambulant entre les voitures garées sur les quais des canaux ou postés entre 2 pêcheurs sur le bord du lac d'un grand jardin public à Amsterdam dans les années 80...
A Paris, c'est semble-t-il dans la fin des années 90 que cette habitude a démarré au parc de Bercy pour se répandre dans tous les parcs parisiens ou de banlieue ( l'espèce niche au parc de la Courneuve -93- à quelques mètres du passage de centaines de personnes chaque WE....)
Merci encore à Richard pour m'avoir fait parvenir ces photos et m'avoir autorisé à les utiliser !

18.12.2010

Les dortoirs urbains d’oiseaux

 

 

 

Si vous avez eu le malheur de laisser votre voiture sous des arbres occupés par un dortoir d’étourneaux, vous avez sûrement pesté le lendemain contre ces sales bêtes qui font leur besoins au lit au lieu d’aller aux toilettes avant d’aller se coucher…. 

 

 

Dortoir BNF rogné.jpg

 

 L'arrivée d'une partie du dortoir d'étourneaux à la BNF en janvier 2008

 

 

 

Il y a finalement un nombre assez important d’espèces d’oiseaux qui forment ce genre de dortoirs, au moins en dehors de la période reproduction. En plus il semble que la ville soit particulièrement recherchée pour installer ce type de dortoirs. La raison est assez simple à deviner : il fait plus chaud en ville qu’à la campagne et il y a moins de chasseurs ! Jusqu’à peu on disait aussi qu’il y avait moins de prédateurs en ville : cette situation est en train de changer mais que peut faire un faucon pèlerin face à des dizaines de milliers d’étourneaux ? …. c’est même l’un des avantages des dortoirs : limiter les risques de prédation !

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J’ai déjà parlé du dortoir d’étourneaux qui s’établit certaines années dans le petit bois de la BNF

.(pour lire le post, cliquez ici).  Intéressons nous aux autres espèces….

Bambouseraie Villette red.jpg

Chez les passereaux, les moineaux se regroupent parfois en dortoir de plusieurs dizaines d’oiseaux dans des buissons ou un lierre (important : le lierre garde ses feuilles en hiver et peut donc protéger les moineaux contre le vent…. pensez-y avant de demander à votre copropriété de détruire le lierre de votre façade !). Je connais à Paris plusieurs dortoirs de verdiers dont un qui a dépassé le millier d’individus au parc de la Villette. Le parc Montsouris abrite aussi un dortoir de pinsons des arbres.

 

 

Plus inattendu : les bergeronnettes grises forment des dortoirs qui sont souvent situés dans des endroits éclairés et bruyants, tels des ronds-points souvent devant les gares, sans doute car le bruit de la circulation et la lumière de l’éclairage public sont les meilleurs garants contre les prédateurs (mais pourquoi spécialement les gares ?.....) .

Les corvidés peuvent aussi former des dortoirs en ville, souvent plusieurs espèces ensemble, dans les grands parcs : je connais à Pont-à-Mousson un dortoir de 2 à 3000 corvidés (corneille, freux et choucas) dans le parc d’une propriété à moitié abandonnée qui héberge à la belle saison une colonie de corbeaux freux. Les pies forment aussi des dortoirs, en général de quelques dizaines d’individus mais E.Chabot a suivi un dortoir d’environ 200 oiseaux à Rennes.eux ramioers prèsRamiers maison dec2010 red.jpg

Deux ramiers près à un gros dodo...

 

 

En dehors des passereaux, on peut aussi trouver des dortoirs de pigeons ramiers (jusqu’à 1400 à la BNF en 2002-03), de mouettes rieuses (sur des barges accostées en aval de la Maison de la radio et à Ivry en amont de Paris), même de Hérons garde-bœufs(5000 à Cordoue et 2000 à Prahia (capitale du Cap-Vert)

 

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L'arrivée de quelques-uns des occupoants du dortoir de Prahia (Cap-Vert)

 

 et je n’oublierai pas les perruches à collier qui , pour la région parisienne, se concentrent en 2 dortoirs qui signent leur origine : un à Orly , l‘autre à Roissy ! A Bruxelles leur dortoir comptait 8000 individus en 2006 !

 

 

 

 

 

 

 

La Bambouseraie de la Villette, lieu d'un dortoir de Verdiers

18.06.2010

Les cornes d'abondance du 21ème siècle

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer sur ce blog les relations « déchirantes » entre les corneilles et les poubelles « Vigipirate »…

Une anecdote citée plus bas m’a donné l’idée de rassembler les observations dont j’ai eu connaissance qui mettent en scène des poubelles attaquées ou visitées par des oiseaux…

Corneille poubelle red 27sept 07

......................................................Il est plus que probable que son régime alimentaire explique sa coloration anormale...

J’en remets évidemment une couche à propos de la Corneille noire qui est responsable de la plupart des dégâts sur les poubelles parisiennes , spécialement impressionnants un dimanche matin d’été, quand les soirées ont attirés de nombreux pique-niqueurs qui avaient consciencieusement mis leurs déchets là où il fallait…..

Corneille mantelée sur poubelle Istanbul red

Il y a peut-être des restes de loukoums...nous sommes à Istambul !

Il est bien évident que leurs cousines mantelées sont capables de faire pareil…. On ne sera pas non plus étonné d’apprendre que la Pie est capable de déchirer une poubelle comme j’ai pu l’observer près de la Cité des Sciences (La Villette) en juin 2006, pour une frite ! En même temps, c’est la seule fois où une telle observation a été signalée : l’espèce n’y semble donc pas accoutumée.

Goéland sur poubelle red

.................................Le Goéland argenté n'hésite pas à courir les risques de la rue pour trouver sa nourriture !

On ne sera pas surpris de trouver les goélands dans la liste des oiseaux « perceurs de poubelles » : celui-ci est Dieppois (je n’ai pas  souvenir d’observations de ce genre à Paris mais il serait intéressant de surveiller les mouettes rieuses qui viennent y passer l’hiver…)

L’étourneau est aussi assez débrouillard et donc il est assez logique qu’il ait trouvé lui aussi le truc : une observation au Champ de Mars en mai 2006 par JM Bellec et une photo de Jean Hénon lors de l’opération « Comptage des moineaux » de mai 2010 place Léon Blum ( 12ème arrdt)

Etourneau poubelles_JeanHénon_080510 rognée

Plus étonnante l’observation d’un pigeon biset que j’ai pu voir aux Buttes-Chaumont (19è) faire un trou dans une poubelle plastique et… défendre vigoureusement « son » trou contre les congénères qui voulaient en profiter !

Encore plus étonnant, le cas de cette famille de mésange charbonnière du parc de Bercy (12è) qui a fait halte sur une poubelle : le mâle adulte est descendu dedans et s’y est nourri de reste de ….taboulé ! Malgré les sollicitations de ses descendants, il ne leur a rien donné de son repas (obs de P.Dubois 9/6/06).

J’ai gardé pour la fin le cas qui est à l’origine de ce message : Yves Gestraud a pu voir une ….. Poule d’eau entrer dans une poubelle au parc Montsouris !  

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Regardez bien dans la poubelle de gauche.... vous avez du mal à en croire vos yeux ? (photo Y.Gestraud)

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Maintenant qu'elle est sortie, vous y croyez ?........ (photo Y.Gestraud)

Si on veut faire la liste des oiseaux amateurs de « junk-food », en plus des classiques pigeons bisets et ramiers, moineaux, merles, corneilles, pies et, depuis quelques années, mouettes rieuses qu’on peut voir se nourrir dans les caniveaux, on peut ajouter quelques cas plus surprenants :

J’ai ou observer un Pigeon colombin récolter des chips au parc de la Villette : il est déjà tellement rare d’observer un colombin se nourrir dans Paris qu’en voir un se nourrir de chips est carrément exceptionnel ! Au même endroit une mésange charbonnière nourrissait ses jeunes volants avec les mêmes chips…..

Colombin Zénith 050606 rogné

......La photo n'est pas très jolie mais c'est un document ! Les débris de chips sont au premier plan !

Jacqueline Lejeune a pu voir un Geai nourrir un jeune avec des débris de…saucisson près de N-Dame

Olivier Laporte a vu une Bergeronnette grise qui se nourrrissait aux Tuileries de miettes de pain alors que Pierre Delbove a vu sur l'Ile St Louis une Bergeronnette des ruisseaux qui enfournait dans le gosier de ses jeunes des restes de sandwich jambon-crudités….

30.05.2010

Le Geai fait le trottoir à Paris !

La question est souvent posée de savoir comment une espèce s’installe en ville…. En gros est-ce que ce sont des individus urbanisés originaires d’une autre ville qui émigrent et conquièrent une nouvelle ville ou bien est-ce la population locale qui s’habitue progressivement au milieu urbain ?

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Belle scène de la Nature : un couple de Geai nourrit ses petits dans un Chêne vert (photo J.Lejeune)

Un des arguments qui fait pencher la balance vers la 2ème hypothèse est le caractère progressif de la conquête d’une ville par une espèce d’oiseau : d’abord les parcs et les quartiers périurbains, puis les grands parcs urbains, puis les parcs et squares plus petits et enfin, parfois, la nidification sur les arbres d’alignement des rues et même sur des bâtiments.

Cette progression, théorisée à propos du Pigeon ramier par Tomialojc en 1976, se retrouve bien chez les Corvidés. A Caen, la Pie, apparue entre 1970 et 1981 dans quelques parcs, s’est installée dans les arbres d’alignement à partir des années 1990. La Corneille s’y est aussi installée en 2 temps. A Naples, la Corneille (mantelée) est apparue dans les années 1990 en périphérie de la ville et nichait déjà en centre ville autour de l’an 2000. On pourrait multiplier les exemples…..

Sur le Geai, on a beaucoup moins de données, sans doute parce que c’est un oiseau beaucoup plus discret que ses cousines susnommées : on a du mal à savoir quand il est apparu dans Paris ! Sans doute vers les années 1960-70…

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Les jeunes ont grandi : le bon climat du Midi ? (photo J.Lejeune)

Evidemment il fréquente les grands parcs, mais on savait depuis plusieurs années qu’il était capable de nicher dans une cour tranquille, un lierre et quelques arbres lui suffisant pour cacher son nid. Pour rejoindre ses lieux de nourrissage, il n’hésite pas à passer de toit en toit, en se perchant fugitivement sur une antenne de télé….

Une nouvelle étape semble franchie si l’on en croit les photos prises par Jacqueline Lejeune (oui, la même que la magnifique photo d’épervier sur un rebord de fenêtre dans le Marais !) : une nichée a été menée à l’envol il y a quelques jours sur un chêne vert de 4m de haut, sur un trottoir, en face d’un bureau de Poste très fréquenté du même quartier du Marais (centre historique de Paris, entre République et Beaubourg ) !

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Hé non ! il s'agit d'un trottoir du Marais, en plein Paris ! (photo J.Lejeune)

Si on y ajoute que dans le même quartier, la même Jacqueline avait déjà surpris la consommation d’une rondelle de saucisson par  la même espèce, et que le contenu d’une boule de graisse peut servir d’offrande nuptiale, on comprend pourquoi on  n’aurait pas dû être  surpris quand on a trouvé lors de l'atlas des oiseaux nicheurs parisiens que l’espèce nichait probablement dans la moitié des carrés parisiens avec une centaine de couples !

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Quand une boule de graisse permet de faire des avances à une belle demoiselle....(photo J.Lejeune)

16.05.2010

Vos gueules les mouettes !

 

Pour ce billet, je vais innover : je vais utiliser le commentaire d’un lecteur du blog pour essayer d’y répondre et de généraliser le problème. En effet Julien pose une question importante, ou plutôt il répond - mal à mon avis - à une question qu’il n’a pas posée : «  les oiseaux (et de manière générale la faune sauvage) ont-t-ils une place en ville ? »

« J'habite au 7éme étage d'un immeuble haussmannien et j'ai l'impression qu'une colonie niche depuis deux ans au dessus de chez moi. J'ai découvert cela l'année dernière en Mai et je trouvais cela au début marrant. Mais j'ai vite été agacé par les cris incessants de bébés qui font un son particulièrement désagréable à tout moment de la journée et surtout de la nuit. Cette année, j'ai espéré en vain qu'elles ne reviendraient pas mais dès avril, les cris des adultes de la colonie sont revenus. Je suis alors monté sur le toit juste pour me montrer en pensant qu'en détectant la présence d'un homme, cela les inquièterait et qu'elle choisirait un autre endroit. Je n'ai pas vu de nids mais elles ont commencé à tourner autour de moi en criant. J'ai trouvé la situation dangereuse et j'ai vite déguerpi, mais depuis je ne sais pas quel moyen faire pour les chasser. Malgré toute la bienveillance que j'ai pour ces animaux, une mouette n'a pour moi pas sa place dans une ville si éloignée de la mer que Paris. Je n'ose imaginer ce qu'elles mangent. »

 

D’abord un détail, qui ne fera pas avancer le problème mais il faut rester précis : Julien parle ici de goélands, oiseaux marins qui nichent (i.e. qui font leurs jeunes) d’habitude en falaise, et non de mouettes, oiseaux en général d’eau douce, qui nichent sur des étangs et qu’on ne trouve à Paris qu’en dehors de la période de nidification.

Goélands arg et leuco réduit

>>>>>>>Les 2 espèces de Goélands "gris", le G.argenté et le G.leucophée, aux Buttes-Chaumont

Pour l’avoir vécu quelques jours en vacances, je suis le premier à reconnaître que le « chant » des goélands au lever du jour (5-6h du matin en ce moment) est très désagréable, surtout s’il est renforcé par le cri des jeunes ! Maintenant, que faire ?

Il faut rappeler que le Goéland est une espèce protégée, qui ne peut être détruite qu’en cas de nécessité constatée par les autorités préfectorales. Des mesures sont prises dans certaines villes (Brest, Lorient) où le nombre de couples nicheurs se mesure par centaines. A Paris, nous en sommes sans doute à une trentaine de couples. De toute façon, il est hors de question de détruire des jeunes oiseaux, on n’est pas des sauvages quand même !…..

Quant à essayer d’effrayer des goélands au moment où ils élèvent leurs jeunes, Julien en a fait l’expérience, cela risque de provoquer des réactions violentes des oiseaux et ne pourra qu’être inefficace. La seule chose possible est de les décourager de s’installer au début de la période de nidification, en février-mars. La pose d’un filet sur la cheminée où il compte nicher pourra aussi être efficace.

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La 3ème espèce nicheuse à Paris : le G.brun (ici photographié à Londres)

Pourquoi les goélands se sont-ils établis à Paris (et dans d’autres villes) ? Après avoir découvert la ville en hiver depuis longtemps  ils ont vu qu’il y avait à manger ( ils pêchent sur la Seine et ils font les fins de marché….comme certains humains !) et les cheminées haussmanniennes leur servent de lieu de nidification tranquille en haut de « falaises » qui leur rappellent leur origine maritime !

Donc, ils sont venus naturellement et ont trouvé une place dans la ville : pour répondre à la question du début, oui, ils ont une place puisqu’ils en ont trouvé une !  La vraie question est : qu’est-on prêt à supporter de la part des êtres vivants qui vivent à côté de nous ? En général, les gens sont contents de voir des animaux mais ont du mal à en supporter les inconvénients : une hirondelle c’est joli, mais quand ça fait des crottes devant sa porte, on détruit le nid ! Le phénomène NIMBY appliqué à la biodiversité…

Je n’ai pas une position extrémiste sur la question : j’ai dit en commençant que je connaissais les inconvénients des goélands, c’est pourquoi je propose une solution moyenne : empêcher l’implantation là où elle gênante. De toute façon, il y a suffisamment de bâtiments publics ou de bureaux où personne n’ira déloger les goélands pour que je ne m’inquiète pas sur le sort des 3 espèces de goélands qui nichent à Paris…. ;-)

 De manière générale, comment déterminer qui « a sa place en ville » ? Les moineaux, ça fait du bruit, les pigeons ça transporte des maladies, les « mauvaises herbes » ça fait sale, quant aux cafards, ça fait peur !.....

 

06.03.2010

Dieppe et ses goélands

Goéland bienvenue Dieppe red

.........................................................Je reviens de passer les premiers jours de mars à Dieppe et une des choses qui frappent est l’omniprésence des goélands : sur la plage on voit les 3 espèces locales de grands goélands ( argenté, brun et marin) mais en ville je n’ai vu posé que des Goélands argentés. Je ne serais cependant pas étonné qu’il y ait aussi quelques couples de Goélands marins qui se soient installés en ville…

Goélands sur toit tronquée red

.................................Début mars est une bonne période pour repérer les couples qui s’installent sur les toits, on les entend « chanter » de leur « douce » voix, si possible en duo. Ils recherchent aussi bien les toits plats que les toits en pente où ils choisissent les cheminées pour y déposer leurs œufs…

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...........Que cherchent-ils en ville, alors qu’il y a de la place dans lers falaises alentour ? La première réponse évidente est la nourriture…. On leur en fournit facilement : c’est la saison des coquilles St jacques et les goélands nettoient les coquilles après que le mareyeur en ait retiré la noix et le corail…il reste toujours quelque chose à « gratter »… A la fin du marché, il y a aussi des choses à récupérer…et celui-ci a même bon espoir de récupérer quelque chose dès le début !

Goéland au marché2 rogné red

.............................................................Il y en a qui ont trouvé une autre source de nourriture : comme les corneilles, ils ont appris à déchirer les sacs-poubelles ! Différence notable avec les « poubelles Vigipirate » parisienne, celles-ci sont opaques. Il ne savent donc pas ce qu’il y a dedans… 

Goéland sur poubelle red

Il y a aussi le fait que la ville est mieux abritée des vents que les falaises locales, exposées plein nord… et en ville il fait toujours quelques degrés de plus qu’autour.

Il y a toujours eu des goélands en bord de mer, Dieppe et son port existent depuis des siècles… pourquoi les goélands ont-ils attendu la fin du 20ème siècle pour s’y installer ? La population de goélands argentés a d’abord augmenté pendant le 20ème siècle, à cause du développement de la pêche industrielle (et de ses rebus…) ainsi que de la multiplication des décharges.

On admet en général qu’ à la suite de l’augmentation de la population, la place pour nicher a commencé à manquer, et que le Goéland s’est rapproché des villes et s’est aperçu que l’Homme n’était pas si méchant que ça ! En plus, il y avait d’autres avantages à nicher en ville… Depuis la réduction des stocks naturels de poissons, la population de goélands nichant en site naturel  baisse et la population urbaine augmente, un des rares cas de ce type avec la Pie.

Goéland et cormoran sur lampadaire rognée red

Verra-t-on le Grand Cormoran s’installer en ville comme les goélands ? Je me lance dans les pronostiques…. :  je ne crois pas . Le Grand Cormoran ne trouve pas plus de poissons vivants en ville qu’en mer (je ne crois pas qu’il se nourrisse de cadavres de poissons) . Mais l’avenir me démentira peut-être….. ;-)

 

Goéland imm red tronqué