29/12/2011

Apprendre les chants d'oiseaux en ville : l'Accenteur et le Merle

 

Alors ? On commence à comprendre qu’il est possible de reconnaitre des chants d’oiseaux ?....

 

Vous avez pu exercer votre oreille sur des chants qui se différencient par plusieurs critères, en particulier la richesse du motif ( ceux du Troglodyte et du Rougegorge étant les plus riches, celui de la Sittelle le plus pauvre, le Grimpereau ayant un chant très stéréotypé ). On peut aussi distinguer les chants par leur rythme : le Troglodyte a un chant explosif, le Rougegorge, lui, est plus alangui, plus romantique …. chacun pourra remplacer ces adjectifs par ceux qu’il jugera adéquats : c’est , je crois, l’un des  secrets de la mémoire auditive …

 

Accenteur chantant Londres fev07 red.jpg

Cet accenteur londonien chantait sans accent marqué....;-)

 

Les chants que nous allons apprendre à reconnaitre cette fois-ci se distinguent par leur timbre …

 

L’Accenteur mouchet est un petit oiseau très discret par son plumage (il passe souvent pour un moineau qui aurait un bec fin d’insectivore) et son comportement ( il fréquente les buissons et fourrés et s’y faufile près du sol, évoquant parfois une souris plutôt qu’un oiseau ). De plus son cri passe souvent inaperçu et se fond dans le brouhaha urbain. Il fréquente en effet, en plus des parcs à la végétation riche et diversifiée, beaucoup de tous petits espaces verts, jardins entre les tours d’une résidence, square d’à peine 500 m² pour peu qu’il ait des buissons, voire terrasse plantée au 10ème étage d’un immeuble moderne. J’ai ainsi pu voir deux accenteurs se répondre à 15 m de distance….l’un en haut, l’autre en bas !

 

Terrasseplantée_red.jpg

L'accenteur des sommets chantait sur la rambarde de cette terrasse et son concurrent sur un buisson le long de la rue...

 

Son chant le fait repérer facilement…  quand on l’a dans l’oreille ! Le qualificatif que je lui associe est « aigrelet » : assez aigu, comme le Rougegorge, mais plus « triste », comme en mineur…  Il est aussi plus stéréotypé que celui du Rougegorge. Il est donc aussi plus facile à retenir !

 

La preuve : http://www.corif.net/site/chantsidf/chantsidf12.htm

 

 

 

Le Merle noir au contraire a un chant au timbre chaud…. Il est impossible de décrire le chant du merle qui vous réveille à 4h du matin…. mais si, c’est très joli, même à cette heure-là !…. ;-)  Chaque individu a son chant propre : un ami m’a confié qu’il reconnaissait « son » merle à son chant et qu’il a compris qu’il avait dû mourir le jour où il avait entendu à sa place un chant de merle  différent !

 

Merle de ma fenetre red-rognée.jpg

Voici le merle qui m'a longtemps réveillé à 4h du matin, je crois aussi qu'il a disparu ...

Le Merle est l’oiseau le plus répandu dans tous les milieux en France (sur les atlas ornithologiques, c’est presque toujours la première espèce en nombre de carrés occupés). Sa manie de chanter très tôt en ville (ou tard… , à cette heure-là on ne sait plus ce qu’il faut dire !) s’explique d’abord par son habitude « naturelle » de chanter à l’aube, comme le Rougegorge. En ville les chanteurs ont un problème avec le bruit ambiant : certains s’en tirent en chantant plus fort (le Rossignol), d’autre plus aigu (la Mésange charbonnière). Le Merle, lui, préfère chanter à une heure où il y a moins de bruit ! Et c’est vrai qu’en pleine nuit, entendre un Merle chanter dans le silence de la ville endormie prend un caractère souvent émouvant quand son chant se répercute de mur en mur au travers des rues !

 

Ecoutez le vocaliser http://www.corif.net/site/chantsidf/chantsidf11.htm (et ne vous laisser pas tenter par les autres chants de cette page !). Profitez des variations de ce virtuose des notes flutées et graves… vous verrez que ce timbre est le meilleure moyen de le distinguer d’autres bons chanteurs ! Je n’ai pas prévu dans ce « cours » de parler de la Grive draine, dont la structure de chant rappelle celui du merle : son timbre est cependant nettement moins « chaud » que celui du merle.

 

 

Vous avez maintenant 6 chants dans l’oreille… c’est le moment de ne pas oublier les premiers : je vous rappelle que le meilleur moyen de s’entrainer est de s’asseoir sur un banc dans un parc et de noter sur une feuille de papier la localisation des chanteurs. Essayez et donnez-en moi des nouvelles  ;-)

 

14/12/2011

Apprendre les chants d'oiseaux en ville : le Grimpereau et la Sittelle

Alors, comment ça s’est passé avec les 2 premières espèces ? Les chants commencent à rentrer dans l’oreille ? Avez-vous trouvé un « truc » pour vous les remémorer ?  Associer un adjectif ou une onomatopée à un chant est un bon moyen pour le retenir et surtout le distinguer d’un autre… le Troglodyte peut être explosif, pressé, surprenant…. le Rougegorge cristallin, aigu, pur…. à vous de vous trouver votre propre qualificatif !

Aujourd’hui nous abordons 2 espèces qui passent la majeure parie de leur temps à escalader ( et parfois à descendre…) les troncs d’arbre.

En vous promenant dans un parc boisé de vieux arbres, vous pouvez entendre en ce moment un oiseau qui semble faire du Morse ! Twuît- Twuît - Twuitwuit- Twuît….

 

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Cette Sittelle arpentait les troncs au parc de la Poudrerie à Vaujours (93)

Cherchez un peu sur les branches et les troncs, vous finirez par trouver un oiseau un peu plus gros qu’une mésange, avec un bec de pic, qui bouge un peu dans tous les sens, qui frappe énergiquement sur le tronc ( en fait, le plus souvent sur une noisette ou une faîne qu’elle a coincée dans une fissure de l’écorce ). Avec un peu de chance vous la verrez descendre la tête en bas, elle est même le seul oiseau capable de faire ça… C’est la Sittelle torchepot. En fait ce Morse n’est pas son chant mais sa production sonore la plus fréquente. A cette saison, on commence à entendre aussi son « chant » : de puissants « huî », le plus souvent enchaînés en série ascendante « huî- huî - huî - huî  » qui résonnent dans les sous-bois.

 

Sittelle jeune Montsouris 230510_JBAlemanni_red.jpg

Cette jeune Sittelle a été photographiée au parc de Bercy par JB Alemanni

Ce n’est cependant qu’en mars que la Sittelle construira son nid dans une cavité, creusée en général par un pic, qu’elle va rétrécir à sa taille en mastiquant de boue l’entrée : cela évitera que des intrus viennent inquiéter la couveuse ou les jeunes qui s’envoleront au mois de mai. L’enregistrement proposé http://www.corif.net/site/chantsidf/chantsidf8.htm nous fait entendre d’abord les cris ( le « morse ») puis le chant sifflé.

Un autre oiseau apprécie aussi beaucoup les troncs d’arbre, mais c’est un petit oiseau brun beaucoup plus discret qui grimpe par petits sauts en s’appuyant sur sa queue assez résistante, un peu comme un pic. Il ne pourra cependant pas descendre la tête en bas, ou même à reculons, et il préfère descendre en vol pour recommencer sur l’arbre voisin. Son cri est très discret et passe souvent inaperçu mais son chant est assez facile à retenir car c’est une ritournelle assez fixe,  aiguë et terminant par une note qui reste comme en suspens dans l’air : Géroudet le transcrit par « titiluti loïti » avec une note plus basse en milieu et une finale élevée. Classiquement, il niche entre le tronc et l’écorce mais il peut le faire dans la fissure d’un mur (le mur de soutènement du périphérique à la Villette par exemple…) ou entre une descente de gouttière et le mur d’un pavillon !

 

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J'ai croisé ce Grimpereau au jardin des Tuileries où il est fréquent

Au mois de mai le nourrissage de la petite famille se fait de manière bien bruyante, ce qui est bien pratique pour repérer les nids ! Ici aussi l’enregistrement http://www.corif.net/site/chantsidf/chantsidf8.htm commence par les cris (que je vous conseille de ne pas essayer de retenir maintenant, il y a pas mal d’autres espèces qui ont des cris proches ) avant de vous faire entendre, à partir de la 10è seconde, la ritournelle caractéristique de l’espèce.

Révision des 4 premiers chants : le Rougegorge fait un chant très harmonieux commençant souvent par une note très aiguë, le Troglodyte a un chant très explosif, la Sittelle fait du morse et le Grimpereau fait « titiluti loïti »…. Asseyez-vous dans une partie boisée des Buttes-Chaumont ou de Montsouris (ou du parc Ste Marie à Nancy par exemple….) et essayez de repérer les chanteurs autour de vous. Une fois que vous les avez bien localisés, essayez de reconnaitre ceux qui font partie des 4 espèces déjà apprises mis n’oubliez pas qu’il peut y avoir d’autres espèces qui ont déjà commencé à chanter un peu… Renouvelez plusieurs fois l’exercice pendant les 15 jours qui viennent…avant d’y ajouter 2 nouvelles espèces !

01/12/2011

Apprendre les chants d'oiseaux en ville : le Troglodyte et le Rougegorge

 

Remarque : les liens renvoient à des pages du site du Corif où figurent plusieurs chants. Pour vous éviter de tout mélanger, je vous conseille de vous limiter à écouter l’espèce dont on parle et de ne pas écouter les autres qui figurent sur la même page…

 

Comment peut-on conseiller aux gens de commencer à reconnaître les chants d’oiseaux en plein mois de décembre ? Les oiseaux,  ça chante au printemps, non ?...Ben, pas tous !..... Il y en a qui commencent très tôt dans la saison : en fait ils n’ont quasiment pas arrêté !

 

Le Troglodyte mignon est un des très rares oiseaux que l’on peut entendre chanter même en plein mois d’août , quand tous les autres oiseaux consacrent toute leur énergie à changer leur plumage après la reproduction : c’est le grand silence de l’été, juste entrecoupé des strophes énervées de cette petite boule de plumes brunes, que l’on prendrait facilement pour une souris se faufilant sous un buisson, s’il n’y avait cette petite queue à la rebique qui lui donne sa silhouette caractéristique quand il se perche sur une branche.

 

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                                 La boule qui chante, la queue à la rebique... le Troglo ! (photo O.Laporte)

La puissance de ce chant est étonnante quand on voit la taille de l’émetteur ! On a mesuré 96 dB à 1 mètre et j’ai souvenir d’un enregistrement de Grand Tétras (de la taille d’un Dindon…) dont le « chant » était couvert par celui d’un Troglodyte !

 

http://www.corif.net/site/chantsidf/chantsidf12.htm

 

C’est même cette puissance et cette précipitation qui sont les deux caractères les plus faciles à retenir pour reconnaître son chant : on a l’impression que tout veut sortir en même temps et que ça finit par s’emmêler dans un trille ( eh oui, on dit « un » trille…) où il se prendrait les pattes dans le fil de son chant…

 

Troglodyte mignon JB Alemanni B-Chaumont mar09.jpg

et voici le parc de Bercy sonorisé par 10g de muscles et de plumes ! (photo JB Alemanni)

 

Le Rougegorge familier quant à lui s’est arrêté un peu de chanter en été mais la poussée d’hormones automnale l’a fait recommencer vers la mi-septembre et, à la différence des autres qui avaient repris aussi, il n’a pas arrêté pendant l’hiver : en effet il défend un territoire hivernal et donc utilise son chant pour le marquer… ce qui peut provoquer en octobre des conflits de bornage entre voisins !

 

Son chant est vraiment très pur et cristallin, impression renforcée quand il est seul à chanter avant le lever du jour (et parfois en pleine nuit !) et que l’air est glacial….. Après tout, glace et cristal vont bien ensemble ! Le chant commence souvent par des notes très aiguës qui servent de prélude à une phrase plus grave et descendante…

 

http://www.corif.net/site/chantsidf/chantsidf11.htm

 

Si vous avez été attentif, vous avez pu remarquer dans l’enregistrement qu’un Troglodyte chante dans le fond…

 

Rougegorge_Marquenterre_red_tronquée.jpg

                        Un oeil noir te regarde....et une gorge orangée fait retentir sa note cristalline !

Je sais que certaines personnes ont du mal à distinguer les 2 chants (et je me souviens que quand je débutais dans les chants, j’avais aussi ce problème….). Pour moi, ce sont les notes aiguës du Rougegorge qui m’ont permis au début de les distinguer…. et, plus tard, de me demander comment j’avais pu confondre deux chants aussi différents ! Mais ne vous inquiétez pas, ce n’est que de l’entraînement : tout le monde peut y arriver ! Réécoutez les 2 chants à la suite et ensuite allez aux Buttes-Chaumont ou au parc Montsouris (ou dans n’importe quel parc de n’importe quelle ville !) pour vous entraîner à les retrouver…. et surtout recommencez plusieurs fois avant la prochaine « leçon », dans 15 jours !

 

N’hésitez pas à me dire si ça marche…. ;-)

 

17/11/2011

Apprendre les chants d'oiseaux en ville : introduction 2ème partie

 

Quand les oiseaux chantent-ils ?

 

 Pour apprendre à reconnaître les chants, il vaut mieux savoir quand les oiseaux chantent !….

On aura compris à la lecture du billet précédent que le chant est très lié à la reproduction. Il n’est donc pas étonnant que les oiseaux chantent principalement au printemps. Par contraste, l’été est la période du « Grand silence » chez les passereaux ! En effet, c’est juste après la reproduction  et durant la mue post-nuptiale qui consomme beaucoup d’énergie.

 Cependant ils n’ont pas tous la même définition du printemps et le démarrage des chants s’étale sur plusieurs mois entre espèces précoces et plus tardives, migrateurs proches ou migrateurs transsahariens… Nous nous proposons même de profiter de ce décalage pour apprendre progressivement les chants, au fur et à mesure que les chanteurs entreront en scène. Il est plus facile de reconnaître des chants quand il n’y en a que 3 ou 4 différents que quand toutes les espèces nicheuses sont là !

Les premiers recommencent à chanter dès le cœur de l’hiver : les plus précoces sont sans doute le Troglodyte, le Grimpereau (qui n’arrêtent quasiment pas de chanter), le Rougegorge (qui défend des territoires d’hivernage), la Grive draine et le Merle ainsi que les Mésanges charbonnière et bleue. Les Pinson, Verdier, Chardonneret, quoique sédentaires aussi, commencent un peu plus tard (février- mars), avant que n’arrivent les premiers migrateurs qui chantent dès leur arrivée (et parfois même en halte migratoire !).

 

Colombin_chantant.jpg

. (photo G.Lesaffre)

Le chant étant lié au développement des organes génitaux, il arrive que la remontée d’hormones, sensible à la fin de l’été, provoque des reprises de chants (chez le Rougequeue noir par exemple) comme elle déclenche la reprise des parades chez les Canards colverts.

 

 

Autre point important à noter : les oiseaux ne chantent pas toute la journée (il faut se nourrir et s’occuper de la reproduction !). C’est principalement le matin au lever du soleil qu’ils déploient le plus d’énergie musicale. L’activité musicale décroît dans la matinée et reprend légèrement en fin de journée. Il est donc conseillé de privilégier les matinées, de surcroît souvent plus calmes dans les parcs urbains que les milieux de journée. L’autre avantage de l’hiver pour commencer à apprendre les chants d’oiseaux, c’est que le lever du soleil n’est pas trop matinal….

Cependant, au lever du soleil, on assiste à un « chœur de l’aube » certes impressionnant, car tous les oiseaux chantent ensemble, mais où il est parfois difficile de s’y retrouver !

 

 

Le choix des espèces

Il ne s’agit évidemment pas de présenter ici tous les chants d’oiseaux qu’on peut entendre en ville, mais de permettre de débuter dans la jungle sonore que peuvent évoquer parfois les parcs urbains tant les chants sont variés, mêlés et déroutants. Nous nous contenterons donc d’une vingtaine d’espèces pour le programme du trimestre à venir, en les décrivant à peu près dans la période où ils commencent à chanter… Nous commencerons donc par des espèces qui chantent en plein hiver (voire en automne…), le Troglodyte et le Rougegorge, pour continuer avec les autres espèces dans l’ordre d’arrivée en scène…

 

Rougegorge_Marquenterre_red_tronquée.jpg

Un des rares chanteurs qui n'arrêntent quasiment pas de peupler notre monde sonore : le Rougegorge

Tout choix contient évidemment une part d’arbitraire, j’espère quand même qu’il semblera utile aux débutants qui voudront bien suivre ce « stage » virtuel d’initiation aux chants d’oiseaux...

 

 

Premiers entraînements…

Avant la première vraie séance de reconnaissance de chants d’oiseaux, vous pouvez commencer à vous entraîner à distinguer les oiseaux qui chantent autour de vous… Ce n’est pas si simple et je pense que c’est même la clé de la suite : être capable de pointer du doigt et dire «  Là, il y en a un qui chante et là , un autre de la même espèce qui lui répond . Là en revanche c’est un oiseau d’une autre espèce qui chante pendant qu’un autre passe en vol en criant…. »

A cette période, vous n’aurez pas trop de chanteurs, c’est mieux pour débuter !

Choisissez le parc le plus près de chez vous et allez y plusieurs matins (en ce moment, ce n’est pas trop tôt….)  pour vous habituer à séparer auditivement les sources sonores. Mettre un nom sur ces sources sonores n’en sera que plus facile !

 

05/11/2011

Apprendre les chants d'oiseaux en ville : introduction 1ère partie

 

J’ai décidé de commencer une série sur l’apprentissage des chants (et des cris) d’oiseaux en ville avec comme exemple Paris…. quelle drôle d’idée ! Puisque vous lisez ce blog, vous savez déjà qu’il y a autre chose que des moineaux et des pigeons en ville….ça m’évite une explication devenue quand même, j’espère, un peu superflue !

 

Donc, pourquoi apprendre les chants d’oiseaux en ville, alors que la campagne semble quand même plus appropriée ?… D’abord, parce que la majorité d’entre nous habite en ville et que c’est plus simple de s’adonner à ce petit plaisir près de chez soi ! Ensuite, et plus sérieusement, la ville présente quelques avantages sur la campagne pour apprendre à reconnaître les oiseaux et en particulier leur chant :

- d’abord il y a moins d’espèces d’oiseaux en ville. Cela peut sembler paradoxal, mais quand il y a trop de variété, on a plus de difficultés à s’y retrouver ! A Paris, il y a une soixantaine d’espèces nicheuses alors qu’en milieu naturel, on trouvera aisément une centaine d’espèces différentes sur la même surface. C’est aussi la raison pour laquelle je vous conseillerai de commencer en hiver, quand il y a peu d’oiseaux qui chantent…

- ensuite, en ville, les oiseaux sont moins craintifs qu’à la campagne : essayer d’approcher un merle ou une corneille en bocage et vous les verrez s’enfuir à des distances qui n’ont rien à voir avec les quelques mètres qu’ils tolèrent en ville ! Vous pourrez donc mieux les voir et même mieux les entendre (malgré le bruit ambiant !).

 

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Le Rougequeue à front blanc en pleine action...

 

Je ne vais pas vous proposer des enregistrements, il y en a plein, et de très bonne qualité, sur le marché ! Le site du Corif http://www.corif.net/site/chantsidf/ vous propose même gratuitement un choix important d’enregistrements réalisés par F.Deroussen, grand professionnel du son et ornithologue de talent. J’y recourrai abondamment pendant ces chroniques… Mais il ne suffit pas d’avoir les enregistrements sous la main pour s’y retrouver, il faut réussir à les distinguer…  Je vais juste essayer de vous aider à les apprendre en vous donnant quelques explications ou quelques « trucs » que j’applique. Je me souviens heureusement que j’ai eu moi-même des difficultés à reconnaître les chants et j’essaierai d’utiliser ces souvenirs pour vous aider à les surmonter…

 

 

Pourquoi les oiseaux chantent ?

 

 Les mânes de J.Delamain, j’espère, ne m’en voudront pas de réutiliser le titre de l’œuvre la plus célèbre de ce grand ornithologue français de la première moitié du 20ème siècle (publiée en 1928, rééditée cette année par les  Éd. des Equateurs/coll. Parallèles ).

 

Pour apprendre plus facilement à reconnaître les chants d’oiseaux, il peut être utile de savoir ce qu’est un chant et quelle est son utilité pour l’oiseau qui le produit.

Même si le chant d’oiseau est associé à l’image d’harmonie et de beauté mélodique, la réalité est parfois beaucoup moins agréable que ce qu’on pourrait croire ! Les chants du Grand tétras ou de la Chouette hulotte ne sont pas des chefs-d’œuvre d’art musical !

Le chant a principalement deux fonctions, une territoriale et l’autre sexuelle.

Le chant fait partie des moyens déployés par le mâle pour trouver une femelle ou pour resserrer les liens du couple distendus après plusieurs mois de séparation. C’est aussi un moyen pour la femelle de juger la « qualité de reproducteur » du mâle qui se signale à ses oreilles, au même titre que certains détails de son plumage (la taille de la bavette noire du Moineau domestique ou l’intensité du bleu de la mésange du même nom) ou parfois de la richesse des mouvements déployés lors de la parade nuptiale.

 

Moineau chantant Villette red.jpg

A la Grande Halle de la Villette, ce moineau "chante" aussi...

 

Le chant est aussi une manière de délimiter son territoire, signifiant en gros « Je suis ici chez moi et aucun autre mâle de la même espèce n’a le droit d’entrer !». Le chanteur se met bien en évidence pour se faire bien repérer par ses voisins qui d’ailleurs lui répondent pour lui signifier que « D’accord là-bas tu es chez toi, mais ici c’est moi !». Chez certaines espèces, le Rougegorge familier par exemple, on défend aussi un territoire en hiver.

 

Il apparaît donc que c’est le plus souvent le mâle qui chante, même si chez certaines espèces, la femelle peut aussi le faire ( les pics et la Linotte mélodieuse par exemple).

 

On appellera donc cris toute manifestation vocale qui n’est pas un chant («  tout ce qui n’est pas chant est cri et tout ce qui n’est pas cri est chant »… si M. Molière veut bien m’excuser de le plagier ! ). Il y a beaucoup de raisons pour un oiseau de crier, ce qui peut se traduire par des sons différents. On peut distinguer un cri de contact dans un groupe, du style « j’espère que vous êtes toujours là ! », un cri de panique signalant l’arrivée d’un prédateur (parfois différent suivant le type de danger, par exemple un cri pour les rapaces et un cri pour les mammifères carnivores…), un cri d’intimidation (le célèbre « Barre-toi d’ma zone ! » poussé par la Corneille quand elle voit un épervier ou tout autre oiseau dont la présence l’insupporte… ce qui peut faire beaucoup !), toute une série de cris permettant les échanges entre parents et jeunes au nid, des cris de parade, etc.

 

On voit donc que rien n’oblige en théorie un chant d’être mélodieux. Pour notre plus grand plaisir, cela arrive quand même assez souvent !