11/10/2015

Les oiseaux urbains de l'autre bout du Monde

J’ai la chance d’avoir visité La Réunion fin septembre-début octobre. Cela correspond au début du printemps austral (et accessoirement à la période la plus sèche…. enfin théoriquement, parce qu’il semble qu’El Niño ait décidé de déjouer mes pronostics météo !).

Je vais donc vous présenter la plupart des espèces que j’ai rencontrées en ville ou dans les villages de La Réunion…. La liste n’est pas très longue : les îles abritent toujours un nombre plus faible d’espèces qu’une zone continentale de même superficie.

Et tout d’abord, la première espèce que j’ai photographiée à St Denis…

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Eh oui ! Le Moineau domestique s’est aussi établi à La Réunion et est tout aussi anthropophile qu’à Paris ! A signaler qu’il était évidemment en pleine période de reproduction (comme quasiment toutes les espèces rencontrées) : il y avait des jeunes au nid au gîte que j’habitais à St André.

Dans les rues de St Denis, l’oiseau le plus visible (et audible….) est sans doute le Martin triste, espèce introduite à partir de l’Inde et qu’on retrouve dans de nombreuses régions chaudes du Monde, souvent introduit pour lutter contre les orthoptères… ils se sont adaptés à d’autres formes de nourriture !

 

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 Le sourcil jaune très seyant qu’il montre n’est qu’une zone sans plume, la peau de sa tête étant jaune vif !

 

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Dans les parcs, une petite tourterelle, la Géopélie  (ou Tourterelle) zébrée ( = Tourterelle péi), vient quasiment dans vos pieds pour se nourrir sans aucune crainte. On entend très souvent son chant formé de quelques notes assez répétitives et un peu plaintives. Elle fut introduite à partir de Maurice où elle est arrivée des îles de La Sonde au 17ème siècle.

 

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Un oiseau très spectaculaire se fait remarquer par ses cris aigus et très fréquents mais surtout par le plumage rouge vif du mâle : c’est le Foudi rouge de Madagascar (= Cardinal) qui, comme son nom l’indique, a probablement été introduit au début du 19ème siècle. On le trouve à la campagne mais aussi en pleine rue.

 

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Une autre espèce très spectaculaire, autant par sa silhouette caractéristique que par son chant qui rappelle le chant du Loriot, c’est le Bulbul orphée (= Merle Maurice). Originaire d’Asie, de l’Inde à la Chine, il a été introduit (sans doute par évasion d’oiseaux de cage) en 1972 à La Réunion. En 40 ans, il est devenu très fréquent presque partout à basse altitude et pose des problèmes aux vergers et peut-être au Bulbul de Bourbon (=Merle péi).

 

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Dans la série des espèces qui ne passent pas inaperçues, le Tisserin gendarme ( = Bellier) attire l’attention par les couleurs du mâle, ses cris stridents et ses colonies spectaculaires .

 

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J’y étais en pleine période de construction des nids et des parades des mâles qui essaient de faire remarquer leur construction aux femelles du secteur.  

 

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La dernière espèce à s’être établie à La Réunion, c’est le Travailleur à bec rouge ( = Quéléa) qui est sans doute l’espèce la plus abondante au monde et qui vit en groupe assez bruyant. Espèce africaine, elle n’est arrivée sur l’île que depuis 2000 environ.

 

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N’y aurait-il donc que des espèces introduites dans les villes réunionnaises ? Presque…. mais pas tout à fait ! J’ai pu noter l’Oiseau-lunettes gris ( = Zoizo blanc) dans St Denis et la Salangane des Mascareignes (= Petite hirondelle) à St Gilles. Il y a même une espèce lopcale qui semble s’être installée récemment en ville, puisque le site de la SEOR ne la donne que de milieux naturels, c’est la Tourterelle de Madagascar ( = Ramier) que j’ai pu voir à St Denis dans le jardin de l’Etat et au Barachois.

 

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La proportion énorme d’espèces exotiques a de quoi surprendre et même inquiéter : est-ce à dire que ces espèces ont fait disparaître les espèces autochtones ? En effet de nombreuses espèces d’oiseaux ont disparu depuis l’arrivée de l’Homme sur l’île au 16ème siècle… y aurait-il un lien de cause à effet ? Et bien, sans doute pas ou de manière limitée. Il faut remarquer que le milieu anthropisé n’existait pas avant le 17ème siècle et donc la niche écologique correspondant n’existait pas.. Les espèces introduites n’ont donc pas pris la place d’espèces locales. L’Homme les avait chassées avant en détruisant leur milieu (ou carrément en les chassant…). Le cas du Bulbul orphée est un cas à part et, en plus des problèmes qu’il cause aux fruitiers, on peut s’interroger sur la concurrence avec le Bulbul de Bourbon local…