31/08/2015

Comment gérer le problème des corneilles à Paris.... s'il y en a un !

Ces derniers temps, quelques cas d’attaques d’humains par des corneilles ont été mis en avant par une certaine presse et certains élus d’arrondissement parisiens. Il est donc intéressant de faire le point sur les cas de conflits entre les oiseaux et les humains en ville.

Cela ne concerne que peu d’espèces. On peut citer les pigeons urbains pour leurs déjections et la crainte de maladies, les étourneaux pour le bruit et les déjections au dortoir, les goélands(en Angleterre et Allemagne) et les milans noirs (au Japon) pour des vols de nourriture parfois assez spectaculaires, ainsi que parfois les perruches à collier pour le bruit ou les arbres fruitiers.

Nous nous intéresserons ici de plus près aux corvidés avec les exemples de la Pie australienne (Gymnorhina tibicen, Cassican flûteur de son  nom officiel en français….) pour des cas d’attaques d’humains et le Corbeau à gros bec (Corvus macrorhynchos, Jungle crow en anglais) au Japon pour des cas d’attaques, d’épandage d’ordures et de dégâts divers.

Corneille_pigeon-red.JPG

Cela permet de signaler qu'il est possible que la Corneille participe activement à la limitation du nombre de pigeons à Paris...

Pour les corneilles parisiennes, il faut rappeler que l’espèce s’est installée dans Paris intra-muros pendant les années 70 et s’est développée de manière importante entre 1990 et 2005 environ (Malher et al. 2010). Il n’y a en revanche pas de signes probants d’augmentation importante depuis 2005. On peut faire un lien entre l’augmentation récente des effectifs avec le plan Vigipirate qui oblige à utiliser des sacs plastique transparents qui permettent aussi aux corneilles de voir ce qu’il y a dedans et de les déchirer facilement pour y prendre ce qui les intéresse. Les problèmes soulevés sont essentiellement des problèmes de propreté (les ordures sont dispersées) et quelques cas d’attaques de personnes, principalement des vols d’intimidation pouvant aller jusqu’aux coups de becs, ce qui a pu provoquer (au moins une fois…) la chute de la personne effrayée. Ces attaques semblent avoir lieu essentiellement entre fin mai et début juillet, période d’élevage des jeunes. (voir la catégorie « Histoires de corneille » dans la colonne de droite)

Les Pies australiennes sont des oiseaux originaires de la savane qui se sont multipliés en ville à la suite de la construction de banlieues résidentielles à l’européenne depuis le début du 20ème siècle. Elles ne semblent pas en augmentation particulière à l’heure actuelle. Elles posent des problèmes d‘attaques, d’intimidation seulement ou avec des  coups de bec appuyés pouvant avoir, assez rarement, des conséquences graves (yeux crevés, accidents de bicyclettes). Ces attaques très spectaculaires ont lieu presque uniquement en période d’élevage des jeunes et ont été analysées comme un comportement de défense de la nichée qui disparaît avec l’envol des jeunes. Elles concernent les mâles de moins de 10% des couples. Signalons que, par ailleurs, la Pie australienne est un des oiseaux préférés des australiens urbains ( Jones 2008).

 

Pie austalienne en attaque.jpg

 photo chipée sans scrupule sur Internet....

Le Corbeau à gros bec a connu à Tokyo, après une première augmentation dans les années 70, une explosion au début des années 90 quand les autorités ont introduit le tri sélectif des déchets qui a nécessité l’utilisation de sacs en plastique transparents, pour en contrôler le contenu. Cela a permis aux Corbeaux aussi de voir la nourriture et de les déchirer pour se nourrir (Ueta et al. 2003).

Les problèmes posés sont des cas d’attaques d’humains, qui ne semblent pas avoir des conséquences graves -ce sont plutôt des vols d’intimidation (très largement en période de reproduction), des problèmes de propreté- le contenu des poubelles est souvent répandu sur la chaussée - et même des problèmes de vols de câbles électriques ou de fibres optiques (voire de cintres !) et l’occurrence  de courts-circuits à cause des nids sur les poteaux électriques.

En 2001, le gouverneur de Tokyo, après s’être fait attaquer par un corbeau au cours d’une partie de golf, a décidé de prendre des mesures contre cette espèce (véridique !...). Des milliers de corbeaux ont été capturés et tués : en 2002, 12 000 corbeaux ont été capturés et le nombre estimé d’oiseaux sur les dortoirs est passé de 36 500 à 35 200, baisse non significative et en tout cas sans rapport avec le nombre d’oiseaux capturés ( Okuyama M. 2003). Après quelques années de baisse des effectifs grâce à la capture de plus de 100 000 corbeaux, les campagnes d’éradication se sont relâchées et le nombre de corbeaux est reparti à la hausse (+ 16% en 2009).

 

Jungle crow Tokyo.jpg

  photo chipée sans scrupule sur Internet....

Parallèlement à cela, des enquêtes ont montré que le problème principal de la population était plutôt l’épandage des ordures  par les corbeaux : après des consultations publiques, des mesures de gestion des déchets (horaires de ramassage, protection des sacs poubelles et politique de réduction des déchets)  dans certains secteurs de la capitale ont montré leur efficacité sur le problème de la dispersion des ordures ( Kurosawa et al. 2003).

Pour les Pies australiennes, le problème semble avoir été géré de manière plus réfléchie. A Brisbane, il a été montré (Jones et Nealson 2003) que certaines pies étaient agressives et d’autres non et que les pies agressives s’attaquaient, pour défendre leurs jeunes, chacune à un type d’intrus en particulier, piéton, cycliste ou postier à moto. Dans le cas des piétons, elles n’attaquent pas tous les piétons et on pense qu’elles s’attaquent chacune à un type de piéton, mais ce n’est pas encore bien précisé. Des études ont démontré que la capture avec libération à distance (plus de 30 km) des mâles agressifs était efficace sans porter préjudice à la nichée (le mâle est vite remplacé par un autre qui s’occupe aussitôt des jeunes). Le sort des mâles transplantés est plus mal connu. Pourquoi certaines pies deviennent agressives reste mal compris, mais il semble possible que cela ait un rapport avec le fait d’avoir vu un jeune tombé du nid recueilli par un humain, scène assimilée par les pies à de la prédation. Il est  préconisé, dans les cas de pies très agressives, d’utiliser la méthode de transplantation. En cas de pies qui se contentent de piqués d’intimidation, un panneau d’avertissement peut suffire.

 

Panneau-pie.png

 

Dans tous les cas, et cela devrait concerner le cas de Paris, qui semble de très loin moins grave que ceux de Brisbane et Tokyo, il faut insister sur la nécessité de prendre le temps de la réflexion, d’enquêter scientifiquement sur les causes écologiques des problèmes et de consulter les habitants pour éviter de prendre des mesures inefficaces ou inacceptables pour les gens ou qui ne répondraient pas à leur problème prioritaire.

Le premier travail confié par la Ville de Paris au Muséum sur la dispersion des corneilles dans les parcs parisiens ( voir billet précédent) permet d’espérer qu’on est parti dans cette voie…

Bibliographie

Jones  D.N. (2008) Wildlife management in the extreme : managing Magpies and mothers in a suburban environment. in « Too close for comfort : contentious issues in human-wildlife encounters » D.Lunney, A. Munn and W.Meikle eds. Royal society of New South Wales, Mosman, Australia, 2008.

Jones D.N. et T. Nealson  (2003) Management of aggressive Australian Magpies by translocation. Wildlife Research, 2003, 30, 167-177

Kurosawa R. , Kanai Y., Matsuda M. et M. Okuyama (2003).Conflict between Humans and Crows in Greater Tokyo- Garbage managementr as a possible solution    Global Environ Research 8: 139147

Malher F., Lesaffre G., Zucca M. et J. Coatmeur (2010). Les oiseaux nicheurs de Paris. Un atlas urbain. Corif/ Delachaux et Niestlé, Paris.

Okuyama M. (2003). Administrative measures against crows. Global Environmental research  72  199-205

Ueta M., Kurosawa R., Hamao S., Kawachi H. et Higuchi H. (2003) Population change of Jungle Crows in Tokyo    Mutsuyuki Ueta et al. Global Environmental Research, 2003 72: 131-137

 Certains papiers australiens sont résumés sur la partie biblio de mon blog ( cf. colomme de gauche du blog principal ou directement à

http://lesoiseauxenville-biblio.skynetblogs.be/archive/2015/08/24/d-autres-papiers-sur-la-pie-australienne-et-les-problemes-qu-8489166.html

http://lesoiseauxenville-biblio.skynetblogs.be/archive/2015/08/05/pourquoi-les-pies-d-australie-attaquent-elles-des-humains-8480662.html

  

16:32 Écrit par Frédéric dans histoires de corneilles | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Commentaires

...au dortoir, les goélands(en Angleterre et Allemagne) et les...

Bonsoir,

Vous auriez pu ajouter également dans votre parenthèse, "en France".
J'habite Cherbourg et je peux vous assurer que mon fils cadet n'a toujours pas "digéré" de s'être fait priver d'un casse-croûte matinal, par un goéland.
Je vous passe les détail de cette tentative de chapardage. L'oiseau n'a pas réussi à partir avec (dommage pour lui; au jambon-beurre avec du pain frais...). Mais après avoir roulé dans le caniveau, le casse-croûte n'était plus très appétissant.
Ce fait divers n'a rien d'exceptionnel à Cherbourg, ou à Brest d'ailleurs, où résident des amis, qui eux aussi ont été témoins de ce genre de "racket".
Toutefois, le problème des sacs poubelles éventrés, ainsi que celui des "bavardages" nocturnes, restent bien plus gênant.
Au plaisir de vous lire.

Écrit par : Guillot | 02/09/2015

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Pas besoin de corbeaux à Marseille pour l'épandage d'ordures... lol :)

Écrit par : Marseille Tourisme | 14/09/2015

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Quand 4 corneilles s'en prennent à un vieux chien ....
Je me demande bien ce qu'elles lui voulaient ! (jeu ? des poils pour leur nid ?)

https://www.youtube.com/watch?v=NstPHbrOsos

Écrit par : David | 23/09/2015

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Intéressant... Faudrait savoir iû et à quelle date....

Écrit par : Frederic Malher | 23/09/2015

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Waterlow Park, c'est à Londres.

Écrit par : David | 24/09/2015

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Sans parler de véritable attaque, j'ai eu très peur, me retrouvant encerclée par des corbeaux (ou corneilles??), dans un coin du Jardin des Plantes qu'ils affectionnent, ce printemps. Je dévorais un mauvais sandwich dont je tairais la marque, et soudain, ils étaient tous autour de moi ! J'ai eu ce sentiment qu'ils m'observaient depuis déjà un moment, et qu'ils ont combiné leur intervention (pas une attaque, mais un vol très proche disons). J'ai jeté précipitamment ce qu'il restait de ce sandwich dans une poubelle et je suis partie très vite, d'autant qu'il n'y avait pas grand monde dans ce coin à ce moment là.
Cette mésaventure m'est restée. Je suis loin d'être fluette et d'aspect fragile !
Par contre ils sont très calmes si vous n'avez rien qu'ils puissent convoiter, j'y suis revenue depuis.

Nous avons assisté l'autre jour à une éventration de sac poubelle sur une passerelle près du musée d'Orsay, l'animal (là encore corbeau ou corneille je ne saurais dire) a eu gain de cause et était très déterminé !

Écrit par : sel | 07/10/2015

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Il me semble caractéristique que vous parliez de "sentiment qu'ils m'observaient depuis longtemps". Il n'y a dans leur comportement rien de menaçant : les corneilles s'approchent juste d'une source de nourriture potentielle. Mais votre "sentiment" transforme cette scène inoffensive en menace inquiétante...

Écrit par : Frédéric Malher | 12/10/2015

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Oui mais avouez que les battements d'ailes à proximité de soi, de plusieurs de ces bestioles fuligineuses et pas précisément chétives, armées de leur gros bec, et qui débarquent en même temps, peut provoquer une légère inquiétude :) Surtout que ça s'est passé très rapidement. On les sait aussi intelligentes, territoriales, animaux sociaux, et vous même parlez de vol d'intimidation (même si ça semble plutôt concerner un cas différent).
Tout est relatif, un chien de la taille d'un corbeau me ferait rire, attiré par mon mauvais sandwich, un corbeau et surtout plusieurs, effectivement ça me fait flipper. J'aime bien les observer (ou les observer m'observer, on ne sait jamais trop) mais avec quelque distance.
Et ça ne m'empêche pas d'être contente et admirative de votre intérêt pour eux, et de toutes les solutions cherchées ou à chercher pour les protéger.

Écrit par : sel | 15/10/2015

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en fait, on observe depuis deux ans qu'en les ayant laissées s'installer à Paris, sur le reste du territoire français et même en Ile de France, les corneilles sont classées "nuisibles"... le fait d'avoir été chassées des parcs parisiens les a fait se répandre partout et devenir agressives envers TOUTES les autres espèces d'oiseaux qu'elles attaquent dans les nids pour se nourrir, le pigeon ayant appris rapidement, en observant les palombes, à se protéger de leur approche, ... qu'elles empêchent de vivre et se nourrir normalement dans leur habitat habituel : moineaux, merles, mésanges, pinsons tout y passe.
Ne pouvant plus se nourrir dans les poubelles, elles se nourrissent des autres espèces, attaquant même depuis l'automne 2015... les mouettes parisiennes.
De plus, il ne faut pas oublier qu'une couvée de corneilles c'est cinq autres corneilles qui vivront près de 100ans, même à Paris, parce qu'elles n'y ont aucun prédateur sérieux.

Écrit par : tsé | 11/01/2016

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Les choses ne sont pas aussi mécaniques et ponctuelles que cela : cela fait des décennies que la corneille (qui s'est établie dans Paris dans les années 70) augmente progressivement : au début de manière discrète puis de manière plus explosive (multiplication par 10-15 entre 1990 et 2005 ) et depuis 10 ans, une croissance beaucoup plus modérée : ce ne sont pas des impressions "au pif " mais le résultat de comptages précis sur le terrain...
Il n'y a pas eu jusqu'à présent de politique systématique d'éradication des corneilles des parcs parisiens (il y en a une en cours dans un parc ): cela fait longtemps que les corneilles occupent les rues et les toits...
Les corneilles sont effectivement des prédateurs redoutables des couvées au moment de l'élevage de leurs jeunes. Elles semblent responsables de l'élimination d'un grand nombre de jeunes ramiers au nid, et sans doute aussi des pigeons de ville. Certains indices laissent penser que la population de pigeons a cessé d'augmenter et les corneilles n'y sont peut-être pas pour rien. Pour les passereaux, souvent en baisse depuis 10 ans dans Paris, rien ne prouve que ce soit à cause des corneilles : ces mêmes espèces se portaient plutôt bien il y a 10 ans alors qu'il y avait déjà beaucoup de corneilles...
Derniers détails : cela fait longtemps que les corneilles et les mouettes se poursuivent mutuellement, ce qui ressemble plutôt à des jeux interspécifiques. Je n'ai jamais entendu parler de cas de blessures... Enfin, la longévité des corneilles est plutôt de l'ordre de la vingtaine d'années.

Écrit par : Frédéric Malher | 11/01/2016

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