10/06/2014

Les oiseaux urbains de Madère

Ceux qui connaissent cette petite île volcanique située 700 km au large du Maroc seront peut-être étonnés de me voir parler d’oiseaux urbains dans un endroit plus connu pour ses falaises maritimes et ses forêts tropicales tempérées à lauriers et bruyères arborescentes.

Et pourtant la capitale, Funchal, dépasse 100 000 hab et surtout l’habitat dispersé du pourtour de l’île confine parfois à une immense zone suburbaine « grâce » à une urbanisation incontrôlée qui lotit le moindre terrain plat situé près d’une route.

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L'urbanisme sauvage à l'assaut de la montagne (Funchal)

Cette interpénétration entre le milieu « naturel » et les constructions humaines explique peut-être la facilité avec laquelle les espèces rurales se sont adaptées à la présence humaine. En fait, à quelques exceptions près, il y a peu de différences entre la liste d’espèces de la laurisylve (forêt humide à lauriers typique de l’île) et celle du Jardin Botanique de Funchal, le Pigeon trocaz mis à part… Et lors de mon dernier soir sur l’île un Pipit de Berthelot se faisait entendre au-dessus du centre de Machico !

Il faut dire aussi que nous sommes sur une île, pas très grande : 727km² pour l’île principale, un peu plus de la moitié de l’Île de France, pour rester dans le domaine insulaire…. ;-) Et, comme sur toutes les îles, il y a peu d’espèces d’oiseaux : en 13 jours d’un séjour (26/5-8/6/14), certes pas consacré uniquement à l’ornitho mais où j’avais toujours mes jumelles au cou, je n’ai noté que 38 espèces d’oiseaux alors que n’importe quel WE de visite d’une moitié de l’Île de France permet facilement de dépasser la centaine d’espèces si on s’y met un peu… Du coup les espèces  ou sous-espèces insulaires  ont souvent une plasticité écologique plus grande que leurs correspondantes continentales…. Ce qui facilite aussi l’urbanisation !

Commençons par l’espèce qui est pour moi l’espèce-type des villes et villages madériennes : la Bergeronnette des ruisseaux, représentée par une sous-espèce endémique qui se reconnait à son capuchon plus sombre et son sourcil clair nettement plus réduit que chez la sous-espèce-type. Elle occupe toutes les zones  construites, qu’il y ait ou non un ruisseau (« ribeira » qui désigne plutôt un torrent endigué dans son parcours urbain )

Canari-rec-red.jpg

Un autre oiseau typique de l’île (et de l’archipel canarien) est évidemment le Serin des Canaries : mon premier soir sur l’île, dans le village de Machico, j’ai mis quelques secondes à réaliser que ce « Canari » qui chantait était en  fait un représentant de l’espèce sauvage dont est tiré l’oiseau de cage… Il y en a partout dans les jardins, sur les pelouses sèches et leurs jeunes, fraîchement envolés en cette fin mai, se faisant fortement entendre pour réclamer leur pitance !

Autre espèce endémique, limitée à Madère cette fois, le Roitelet de Madère, proche du Roitelet à triple bandeau. Il préfère évidemment les « vraies » forêts humides, mais l’une des plus jolies observations que j’ai faite de cette espèce assez fugitive et véloce, fut au Jardin Botanique, certes situé à la périphérie de la capitale, mais bel et bien inséré dans la zone urbaine de Funchal.

Pinson-red-ret.jpg

Pour terminer avec les endémiques spectaculaires, le Pinson de Madère, sous-espèce de notre Pinson des arbres, est resté plus habitué des forêts humides que le nôtre (c’est le compagnon des marcheurs le long des « levadas » où il n’a pas peur de venir dans leurs pieds pour récolter les miettes de leur casse-croûte). Je l’ai cependant vu faire la même chose sur la terrasse de l’hôtel où je séjournais sur la côte Nord près de Sao Jorge. De plus il est aussi présent au Jardin Botanique, mais en plein centre de Funchal, ce n’est pas lui mais la Fauvette à tête noire et le Merle noir – omniprésents dans l’île - qui sonorisent les parcs magnifiquement fleuris de Santa Catarina et du Jardin municipal.

Je ne fais qu’évoquer les pigeons bisets féraux, souvent plus sombres qu’en France (la couleur des falaises volcaniques y est sans doute pour quelque chose….) mais je voudrais signaler que c’est une île quasiment sans Moineaux ! Je n’en ai pas entendu ou vu un seul en ville de tout mon séjour et les seuls que j’ai notés sont une famille de Moineaux soulcies sur la lande rase de la Ponta San Lourenço, au sud-est de l’île. En fait, j’ai eu l’explication dans un ouvrage feuilleté au magasin du Centre d’Histoire de Madère : dans le passé, le Moineau soulcie était répandu dans toute l’île, y  compris en ville à Funchal. Vers 1950 le Moineau espagnol s’est établi, sans doute en  provenance des Canaries, et a éliminé le Soulcie de presque partout et en particulier des villes. Mais, phénomène bien curieux, le Moineau espagnol a quasiment disparu depuis et le Moineau soulcie n’a pas (encore ?) repris sa place…

Restent des martinets (unicolores pour ceux que j’ai pu déterminer), mais moins qu’en dehors des villes, des Faucons crécerelles partout (mais j’y reviens dans un post suivant) et des oiseaux de mer, évidemment !...

Goel-atlantis-profil_Funchal-red.jpg

 Remarquez le manteau sombre, les pattes jaunâtres et l'absence de points blancs à l'extrémité des primaires (en vol on en découvre une grande et une petite)

Le goéland local est une sous-espèce du Goéland leucophée (L. m. atlantis aux pattes souvent jaunâtres et au manteau presque aussi sombre qu’un Goéland brun graellsii. Je ne sais pas s’il niche en ville mais il occupe bien les ports (390 posés au port de Funchal). La Sterne pierregarin est présente dans les ports et nichent même sur un îlot rocheux à la sortie du port de Paùl de Mar.

Sternes-comparaison.jpg

A gauche la Sterne de Dougall, à droite la Sterne pierregarin (remarquez la différence de couleur du manteau et du bec)

Plus spectaculaire, la Sterne de Dougall fréquente le port de Funchal et j’en ai vu 4 en pêche dont une qui, après avoir capturé un poisson est partie l’apporter à l’extérieur du port : une nidification proche sans doute ! Le spectacle sonore le plus surprenant est venu de…. Puffins cendrés qui se faisaient entendre en début de nuit (22h30) devant le balcon de ma chambre à Jardim do Mar : heureusement qu’on m’en avait parlé le jour même, je ne sais pas comment j’aurais interprété ces cris nasillards et puissants (« tî-o tî-o tî-o ha » à prononcer en se pinçant le nez…) !

 

Puffin cendré_rec-ret.jpg

Comme partout donc, la vie aviaire est surprenante dans les zones urbaines de Madère et je pense qu’il n’y a que dans les zones où il ‘y a pas d’oiseaux ou pas de ville qu’il en est différemment….

Pour terminer, une jolie Aigrette garzette prise en plein Machico, dans la ribeira qui traverse le village.

Aigrette_Machico-red-ret.jpg

Et je ne résiste pas au plaisir de montrer une photo de l'oiseau mythique de Madère, le Pigeon trocaz, pas du tout urbain mais bon j'en suis fier.....;-)

Trocaz-red-ret.jpg

 

 

 

 

Commentaires

38 espèces, veinard !
J'y suis allé à Pâques et je n'avais noté que 28 espèces (je me suis vengé sur les fleurs...)
Ce qui me fait le plus mal c'est d'avoir raté la Dougall dans le port de Funchal.

Et la photo du pigeon !!!!

Écrit par : Fabrice | 10/06/2014

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Très joli voyage ! Mais ... le pétrel de Madère alors ???

Écrit par : Christophe Brillaud | 11/06/2014

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Je n'ai pas fait de vraie sortie ornitho en mer ni l'excursion nocturne sur ses lieux de nidif à 1650 m d'altitude, et en plus je n'avais pas emporté ma LV....

Écrit par : Frédéric Malher | 11/06/2014

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Très sympa à voir d'aussi près ces oiseaux, j'adore les belles couleurs de la Bergeronnette et du Serin :)

Écrit par : town | 13/08/2014

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