25/02/2014

Ca migre au-dessus de Paris !

Hier 24 février 2014 a été une superbe journée pour les migrations de Grues en Île de France : des milliers d'oiseaux ont traversé le ciel francilien en provenance du sud-est (près de 3000 comptées depuis une butte de l'est de la région, ce qui est peu par rapport aux 60 000 grues qui sont passées dans la même journée en Brenne !....). Il y en a eu dans toute la région parisienne, mais plus dans la moitié sud-est de la région.

Grue grand vol red.jpg

Ces grues passaient au-dessus du Der et non en région parisienne...

Paris n'a pas été privé de ces passages puisqu'au moins 14 vols ont été notés, surtout la nuit, mais certains vols ont été notés de jour comme la centaine qui est passée vers 12h30 au-dessus de l'Hotel Matignon (merci à Cécile Lazaro pour l'information !).

On peut faire deux remarques : - hasard ou début d'une tendance, cela fait 2 années de suite que des vols importants sont observés au-dessus de l'Île de France au printemps, alors que les voies habituelles de ces oiseaux passent plutôt 150 km plus à l'est, au-dessus du lac du Der

                                           - l'an dernier le passage spectaculaire avait eu lieu les 4 et 5 mars. Cette année, les grues ont 8 jours d'avance.

Grue red.JPG

L'avantage du Der, c'est que les Grues volent plus bas qu'à Paris !...

Mais  ce ne sont pas les seuls oiseaux qui sont passés en migration spectaculaire au-dessus de Paris ces derniers jours...

Migration d'Oies_22fev2014-rue VdTemple1.jpg

Bon, d'accord... mais qu'est ce qui prouve que ce superbe vol d'oies sauvages (probablement cendrées si on ne tient compte que de la fréquence de l'espèce...) n'a pas été pris aussi au Der ou en baie de Somme ?... Jacqueline Lejeune, une de mes fournisseuses régulières de photos et d'observations m'en a donc envoyé une plus probante...

Migration d'Oies _22 février 2014-rueVduTemple-recadrée-red.jpg

 Oui, elle est moins jolie que la précédente, mais là on voit bien qu'on est en ville... plus précisément rue Vieille du Temple samedi 22 février !

Je l'ai déjà dit, du point de vue des migrateurs au long cours, Paris n'est qu'un point dans la France qu'ils traversent sans trop s'occuper de ce qu"il y a sous eux ! C'est pourquoi on peut voir (et on a vu....) à peu près n'importe quoi en migration au-dessus de Paris ! J'ai signalé en leur temps, le Circaète, la Spatule, les Grandes Aigrettes, la Cigogne noire et tant d'autres quand ils ont été observés (voir les billets de la catégorie "Les saisons à Paris" dans la colonne de droite).

Alors, ne dormez que d'une oreille et ne laissez jamais vos jumelles très loin de vous, même en ville !

20/02/2014

Il m'avait attendu !....;-)

J'ai donc connu la mésaventure que redoute tout ornitho : partir juste au moment où une rareté s'installe près de chez vous... J'étais en Lorraine quand Gael Martin a annoncé l'observation d'un Grèbe esclavon en plein centre de Pantin !

Mon train de retour arrivait lundi dernier à 17h30 gare de l'Est, je suis arrivé chez moi vers 18h et à 18h10 j'étais au port de Pantin... devant la rareté ! Je ne voulais pas perdre de temps... et j'ai bien fait !

Il était sur le point de se coucher.... Il terminait sa toilette, se mettait la tête dans les plumes puis se réveillait et recommençait sa toilette. Une chose m'a frappé : la différence entre le côté droit et le côté gauche de l'oiseau... Les photos prises par Y.Gestraud vont me dispenser d'explications supplémentaires :

Esclavon_Gestraud-DetG.jpg

On dirait qu'il a commencé à muer à droite alors que le côté gauche est encore en plein plumage internuptial ! On voit une zone orangée se former à la gorge et des plumes sombres apparaître au milieu de la joue.

Dommage, on ne pourra pas suivre l'évolution du plumage : il semble bien avoir disparu dès le lendemain... On dirait qu'il m'avait attendu avant de partir !

15/02/2014

Les oiseaux rares du canal

Une des idées de ce blog est de convaincre les amoureux des oiseaux qu'il n'est pas toujours besoin d'aller bien loin pour trouver des oiseaux "extra-ordinaires" au sens premier du terme. En voici une nouvelle illustration :

Mercredi dernier (12/2), Gael Martin, qui a déjà mis à son actif des observations, entre autres, d'Autour, de Grues et d'Oies cendrées depuis sa fenêtre de Pantin, à deux pas du canal de l'Ourcq, m'écrivait pour me signaler qu'un Grèbe esclavon se laissait observer entre le pont de la Mairie et le port de Pantin !

Esclavon-Pantin_GaelMartin.jpeg

 

C'est une photo historique : la première d'un Grèbe esclavon en Seine St Denis ! (ph G.Martin)

C'était la 1ère observation dans le département de Seine Saint-Denis de cette espèce nordique qui vient régulièrement, mais en petit nombre, hiverner sur les lacs de la moitié nord de la France. Et moi qui étais parti pour une dizaine de jours dans ma Lorraine natale !

 

Esclavon_Pantin-site-OLaporte.jpg

 

Ce n'est pourtant pas le milieu typique d'un Grèbe esclavon !...(cherchez bien, il est sur la photo !)

Si l'on s'en tient aux observations décrites "officiellement", l'oiseau a été revu le lendemain au même endroit et peut-être à la Villette, c'est à dire dans Paris (mais de l'aveu même de l'observateur, ce n'est pas certain et ne peut donc être "homologué").Il semble avoir disparu depuis. BREAKING NEWS ! Il a été revu (et photographié) au même endroit ce samedi 15/2 !

C'est à Olivier Laporte qu'est revenu l'honneur de tirer le meilleur portrait de la vedette locale !

Esclavon_Pantin-OLaporte.jpg

Pour ceux qui ne connaissent pas l'espèce, c'est un petit grèbe,noir et blanc en plumage hivernal, avec une silhouette qui en fait plus un "mini grèbe huppé" qu'un "grand castagneux".

Ce n'est pas la première rareté qui a profité du canal de l'Ourcq pour se reposer. Il y a à peine plus de 10 ans (30/11/2003), j'avais eu la chance de trouver un Plongeon catmarin un peu plus à l'est, au niveau de Bobigny !

Catmarin Ourcq GF Yvonnik Lhomer jpg.jpg

C'est Yvonnik Lhomer qui a réussi ce superbe cliché !

Deux ans après (21/11/2005), c'est une jeune Sterne arctique que j'ai eu la chance de croiser en partant au boulot ! On ne dira jamais assez l'intérêt du vélo pour faire de l'ornithologie en allant au travail !....

Il y a 2 ans, sur le canal St Martin (qui n'est jamais que le prolongement du canal de l'Ourcq à l'intérieur de Paris....) c'est un Garrot à oeil d'or de 1er hiver qui a séjourné plusieurs jours à la grande joie des photographes !

Et évidemment, c'est Yves Gestraud qui a fait la photo ci-dessous !

Garrot_envol_YG.jpg

!

02/02/2014

Les voies du Cormoran sont difficiles à suivre...

J'ai déjà raconté il y a 3 ans ( http://lesoiseauxenville.skynetblogs.be/archive/2011/01/2... )  comment les cormorans voyageaient quotidiennement au-dessus de Paris-Petite couronne pour aller de leurs dortoirs jusqu'à leurs lieux de pêche.J'ai repris mon enquête ces 2 dernières semaines pour préciser les choses...

CormoPNred.jpg


Tout d'abord, deux mots sur le Grand Cormoran qu'on peut voir en hiver à Paris et enbanlieue : il nous vient du nord, essentiellement Pays-bas et Danemark,  pour passer l'hiver dans toute la France. C'est un pêcheur de poisson qui vit en groupe. La sous-espèce qui nous visite se reconnait en plumage nuptial ( dès janvier...) à sa nuque marquée de blanc.

Cormoran_Poudrette red-recadré.jpg

 Il coupe son temps de pêche de périodes de repos où on le voit souvent prendre sa position caractéristique, ailes écartées. Cela a longtemps été interprété comme une manière de sécher ses ailes, mais c'est actuellement remis en cause : on parle plutôt d'une méthode pour se réchauffer le corps en faisant travailler ses muscles.

La population hivernante de la Petite Couronne est d'environ 700 individus qui se regroupent en 2 gros dortoirs ( sur la Seine en aval de Saint-Denis et sur la Marne, dans la bouche de St-Maur) ainsi que 3 dortoirs de taille plus réduite ( Île Seguin, la Courneuve et Villepinte ).

Cormo_dortoirEpinay-red-recadré.jpg

Une partie d'un dortoir : regardez bien il y en a une quarantaine !

Il part le matin très tôt, souvent à la pointe du jour, pour rejoindre ses lieux de pêche. Le trajet se fait en longeant les cours d'eau, quand il y en a ! Les cormorans de La Courneuve et de Villepinte n'ont pas cette possibilité et survolent les cités et pavillons !
Quand ils ont trouvé un bon endroit, ils y vont tôt et en nombre : cela explique la présence de ce groupe de cormorans à la Villette au lever du jour en janvier 2011.

Cormos-radeauVillette-red.jpg

La pêche se fait souvent collectivement, en rabattant les poissons vers le quai pour les désorienter... ce qui intéresse beaucoup les mouettes ! Elles se mettent toujours du bon côté pour profiter du travail des cormorans... J'ai vu le même comportement de la part des Hérons cendrés et Grandes Aigrettes en Lorraine ou sur le lac du Der.

Cormo_pêche-collective_Bondy-red.jpg

Donc... souvent je me suis levé de bonne heure... pour être sur le terrain avant les cormorans, que ce soit à la Villette où arrive un canal qui conduit les cormorans venant de Saint-Denis, à Sevran pour voir s'il en venait de Villepinte ( un peu) ou de plus à l'est (un peu aussi), au pont de Sèvres ou au pont d'Austerlitz. J'ai ainsi pu confirmer l'idée qu'ils suivent bien les cours d'eau, du moins à l'aller. Je pense même que c'est ce qui explique la modification progressive des lieux de pêche : les plus motivés partent tôt et savent où ils vont. Les autres attendent un peu puis longent les cours d'eau jusqu'à trouver des copains en train de pêcher ! Ils se joignent alors à la pêche qui peut donc rapidement atteindre la centaine de participants( cas de la Villette en 2011). Quand le secteur est épuisé, ou si les premiers arrivés n'ont rien trouvé, ils vont plus loin... C'est ainsi qu'un joli groupe ( au moins 70) avisité plusieurs jours de suite le secteur de la Folie à Bobigny avant d'aller plus loin jusqu'au pont de Bondy.

C'est à cette occasion qu'ils peuvent former des reposoirs comme on en voit par exemple en plein coeur de Paris.

Cormorans_quai Tuileries_281210 (3)red.jpg


Pour le retour en revanche, plus besoin de longer l'eau et on peut voir des vols quitter le canal pour aller directement vers le dortoir au-dessus de la terre ferme.

carte Cormos 2014-recad.jpg

C'est pourquoi cette carte comporte quelques flèches violettes qui indiquent ces trajets "sur terre", du moins certains car ils sont évidemment plus difficiles à repérer...