23/02/2012

Un lac urbain

 

 

 

Pour les ornithos parisiens, la « chasse » aux oiseaux d’eau hivernants signifie en général prendre sa voiture pour aller écumer les pièces d’eau de la Bassée ( au sud - sud-est de Montereau ), filer jusqu’à Jablines ( près de Meaux) ou au moins aller jusqu’à St Quentin ou Saclay, quand ce n’est pas aller jusque dans le Der près de St Dizier (52) à 150km de Paris. Cet hiver, de nombreux observateurs se sont contentés de prendre le métro pour aller à ….. Créteil !

 

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Un groupe de Fuligules milouins et morillons devant le paysage urbain du lac de Créteil

Ce n’est pas la première fois que ce lac défrayait la chronique ornithologique francilienne : l’an dernier il y a même eu un quiproquo amusant : on a signalé un Grèbe jougris et un Grèbe esclavon…. mais aucun observateur n’a vu les deux espèces ensemble ! On s’est même demandé s’il n’y avait pas de confusion ! Heureusement que la photo numérique a permis d’avoir la preuve qu’il y avait bien les deux !

 

 

 

Cet hiver a commencé par l’apparition d’un Garrot immature fin novembre, vite rejoint par un Eider immature (dont le sexe a fait beaucoup discuter …). A la mi-décembre le Garrot était rejoint par 2 compères (une femelle adulte reconnaissable à l’extrémité du bec jaune et un autre immature ). Le Garrot est un canard d’eau douce, assez répandu en Europe orientale et septentrionale à qui il arrive cependant de nicher en Ile de France depuis quelques années. L’Eider est un canard marin très courant dans le nord de l’Europe, dont on tirait traditionnellement l’ « édredon » ( = duvet d’eider en islandais).

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Au fil de l'hiver les immatures ont révélé leur masculinité... photo Y.Gestraud

 

Ces oiseaux ont été rejoints lors de la vague de froid du début février par une Macreuse brune immature (oiseau marin qui niche en Scandinavie et plus au nord-est), 2 Harles piettes (femelles ou immatures) qui sont aussi des canards nordiques, attendus avec gourmandise par les ornithos quand se déclenche un coup de froid… et enfin 3 Garrots supplémentaires !

 

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Olivier Laporte a réussi l'exploit d'avoir l'Eider, la Macreuse et un Garrot sur la même photo !

Si on ajoute que deux butors hivernent dans les roseaux, qu’il y a toujours quelques dizaines de fuligules sans parler des grèbes huppés, bernaches, cygnes, etc. on comprendra qu’une virée  à Créteil est rarement décevante…

 

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Le Butor a eu la gentillesse de passer en vol au-dessus d'Y. Gestraud !

Comment cela se fait-il qu’un endroit aussi urbain soit aussi « bien fréquenté » ?  Deux éléments sont visibles sur la carte : la Seine n’est pas loin, donnant donc un axe de migration pour les oiseaux et il y a autour du lac 2 autres pièces d’eau importantes entre lesquelles les oiseaux peuvent se déplacer au gré de leurs humeurs ( d’où les apparitions et disparitions curieuses de certains oiseaux). Enfin, il ne faut oublier qu’il n’y a pas de chasse au pied de la Préfecture du Val de Marne… 

 

 

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A signaler qu’un groupe naturaliste existe autour du lac de Créteil : Nature et Société http://www.natsoc.asso.fr/ et qu’un site de photo animé par Michel Noël est approvisionné par de nombreux photographes de qualité "Les oiseaux du lac de Créteil" joignables sur FLICKR,  www.flickr.com/groups/oiseaux-du-lac-de-creteil/pool/show/
et avec FLICKRIVER...: http://www.flickriver.com/groups/oiseaux-du-lac-de-creteil/pool/

 

15/02/2012

Apprendre les chants du Pinson et du Verdier

La vague de froid de la première décade de février a calmé les ardeurs cantatrices de certaines espèces qui croyaient s’affranchir de notre bon vieux calendrier de la nature pour chanter à n’importe quelle date ! Le radoucissement de cette semaine risque fort de faire redémarrer un peu tout le monde en même temps.

En tout cas, le Pinson a montré qu’il était plus sensible à  la longueur du jour qu’à la température car nous sommes trois au moins dans le secteur à l’avoir entendu pour la première fois de la saison entre le 10 et le 11/2, malgré les températures encore fortement négatives de ce WE…

 

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Un mâle en train de chanter ( photo O.Laporte - ref en bas)

 

Tous les ans, j’attends avec une certaine impatience les premiers chants du Pinson… non pas parce que ça marque le retour du printemps (la preuve cette année !...) mais parce que le Pinson est sans doute, dans les espèces communes, celle qui oublie le plus son chant pendant l’hiver et a le plus de mal à le réapprendre chaque année lors de ses premières tentatives !

Le chant habituel du Pinson démarre généralement par une série de « Tchip, tchip, tchip, tchip, tchip» suivis d’une ritournelle un peu variable (on a même décrit des dialectes régionaux !) mais souvent décrite comme « assez enjouée » d’où l’expression « gai comme un pinson »… dont Prévert a dit ce qu’on pouvait en penser ! (1)

Le problème pour le chanteur qui recommence à chanter vers la fin de l’hiver est qu’il se souvient bien du début mais qu’il a plus de mal pour la suite…. Et ça donne quelque chose du style « Tchip tchip tchip tchip trilou…zut ch’suis sûr qu’y avait aut’chos’après mais j’l’ai oublié ! » et il recommence « Tchip tchip tchip tchip trilou…hé zut, encore raté ! ». Rassurez-vous, au bout de quelques jours, il a retrouvé sa dextérité de l’année précédente et il peut chanter à tue-tête du haut d’un arbuste en exposant sa superbe poitrine lie de vin sous un manteau gris bleu et un front noir du plus bel effet ( et encore je ne parle pas des bandes blanches qui apparaissent quand il s’envole …. ;-)

Pour avoir une meilleure idée du chant du Pinson, allez l’écouter à l’adresse http://www.corif.net/site/chantsidf/chantsidf10.htm

Pour le Verdier, c’est beaucoup plus simple… et moins enjoué ! Le chant le plus caractéristique est une sorte de « Bjiiiiiiii…. », un peu comme une vis de bois qui couine.

 

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Le Verdier mâle est plus coloré qu'on pourrait le croire (photo P.Dubois - ref en bas)

 

Il se met en général au sommet d’un arbre moyen pour produire son chant mais il lui arrive de faire un vol nuptial papillonnant, un peu comme celui du Serin cini (on en reparle dans  quelques temps…). Dans ce cas le chant est plus varié et mélodieux mais pas suffisant pour en faire un virtuose ! Son chant se trouve à la même adresse que celui du Pinson.

 

(1)« Il faut être bête comme l’homme l’est souvent
        Pour dire des choses aussi bêtes
        Que bête comme ses pieds, gai comme un pinson
        Le pinson n’est pas gai
        Il est seulement gai quand il est gai
        Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste »

 Dans ma maison - J.Prévert - Paroles

 

photo Pinson http://digiscopies.free.fr/

photo Verdier http://moineaudeparis.com/

09/02/2012

On cause du STOC samedi 11 février 2012 au Muséum...

Un peu de pub perso, encore une fois.... je suis un des intervenants !

Le STOC, c'est le Suivi Temporel des Oiseaux Communs, effectué tous les ans en France grâce à des échantillonages Ponctuels effectués par des centaines d'ornithologues amateurs et qui permet de suivre les variations des espèces communes

L'OROC en est la déclinaison régionale en Ile-de-France

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Les deuxièmes assises du STOC EPS

 

Le 11 février prochain, de 14 h à 18 h, à l'amphithéâtre de Paléontologie du Muséum
(3, rue Buffon, Paris Ve).

 

Programme des assises

 

A partir de 14h00, accueil des participants

 

14h15 - Introduction: quelle participation en 2011, quels résultats depuis les dernières assises ? (D. Laloi)

 

14h30 - Le STOC comme instrument :
    - STOC et zones Natura2000 (V. Pélissier)
    - Le STOC dans l'attribution des statuts régionaux de Liste Rouge (G. Lesaffre)

 

15h20 - Contribution des suivis temporels à la recherche (F. Jiguet)

 

Pause

 

16h00 - Suivis temporels et grand types d'habitats en région Île-de-France
    - en milieu urbain (F. Malher)
    - en zones agricoles (K. Princé)

 

16h50 - Résultats du jeu concours

 

17h00 - Conclusion générale (D. Laloi)

 

Au cours de ces assises sera remis le premier prix du concours à l'heureux gagnant de la paire de jumelles Leica offerte par NatureParif, attribuée par tirage au sort à l'un des observateurs de l'OROC ayant participé au suivi en 2011.

 

Lors de ces assises, nous pourrons, par exemple, discuter des variations de détectabilité et des difficultés que posent certaines espèces.

01/02/2012

Apprendre les chants : Grive musicienne et étourneau

 

Cette fois encore, le calendrier de cette année m’a pris de vitesse et vous avez pu déjà entendre nos deux vedettes du jour produire leurs premiers chants : cette année, la Grive musicienne a été notée en train de chanter dans Paris dès le 8 janvier !

 

Voici deux oiseaux qu’on peut confondre parfois avec un merle : avec la femelle pour la grive et avec le mâle pour l’étourneau ! …. et pourtant si on regarde un peu il y a de nettes différences.

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Cette grive animait de son chant le bois de Vincennes

De la merlette, la grive a le dos brun, même s’il est un peu plus clair ; mais surtout, elle est plus petite et a la poitrine marquée de taches brunes sur un fond blanc (alors que la merlette ou le jeune merle ont une poitrine brune , avec éventuellement des taches brun sombre ). Comme le merle elle se nourrit souvent au sol, dans les pelouses par exemple, et chante sur une branche assez élevée. Son chant correspond à un de mes plus vieux souvenirs d’ornithologue débutant : c’est mon grand-père qui, sur un chemin de la Sarthe, m’a appris à reconnaître son chant : « Philipp’ Philipp’… didouît- didouît ». Evidemment la transcription est celle de mon grand-père et vous avez le droit d’entendre autre chose…  mais la répétition de deux notes claires et sonores suivies de la répétition de deux motifs plus  confus et souvent plus graves  est assez caractéristique de l’espèce (sa cousine la Grive draine ne répète pas son motif). Vous pouvez vous faire votre idée par vous-même ! http://www.corif.net/site/chantsidf/chantsidf11.htm

 

 

 

Il arrive assez souvent à la Grive musicienne de faire des improvisations, mais que dire de l’Etourneau sansonnet, un imitateur né !

 

Son plumage au printemps est suffisamment sombre avec un bec vaguement jaune pour faire penser au merle mais regardez mieux : son plumage est irisé de reflets multicolores et tacheté de blanc. Son bec est plus long et fin et surtout, il marche (ou court) sur les pelouses, il ne sautille pas ! Décidément non, on ne doit pas le confondre avec le merle !

 

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Les trous d'aération sont parfois bien utiles pour nicher...

Comment décrire le chant d’un imitateur ? On peut tout trouver dans son chant : Loriot ou Martinet (effet garanti en plein hiver !), grincement de porte, parfois même aboiement ou sonneries diverses, le tout intégré à une suite ininterrompue de gazouillis plus ou moins grinçants, accompagné par des mouvements spasmodiques des ailes qui scandent son chant. Dire que c’est très beau serait un peu exagéré !....

 

Vous pouvez l’entendre en cliquant sur le même lien, c’est l’image juste en dessous de la Grive musicienne… profitez-en pour réviser le merle, il est juste à côté !