29/01/2012

Les légendes urbaines ont la vie dure !

Hier 28 janvier, des discussions à l’occasion d’un débat public consacré aux Buttes-Chaumont m’ont prouvé que certaines légendes avaient la peau dure !

On m’a en effet demandé s’il était vrai qu’on avait introduit des corneilles pour se débarrasser des pigeons et, face à mes dénégations, la personne m’a dit « alors que pour les faucons,c’est vrai… » !

Soyons très clair : c’est faux dans les deux cas !

D’où peuvent venir ces deux légendes ?

 

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D’abord de la situation, surprenante pour le parisien moyen, de l’avifaune urbaine actuelle : il y a de plus en plus d’oiseaux en ville… et on attire de plus en plus l’attention des gens sur la biodiversité urbaine. Une réaction habituelle est de dire : « Je ne le savais pas, donc cela n’existait pas. Et comme la pollution augmente, la situation des oiseaux devrait s‘aggraver. Donc si on voit des oiseaux nouveaux, c’est qu’on les a introduits ! »

 

Reprenons chaque point :

- est-ce nouveau ? Oui la Corneille noire est un « nouvel arrivant » à Paris (et dans toutes les villes européennes). Il n’y avait pas de corneilles nicheuses dans Paris avant les années 60 et les effectifs ont été multipliés par 15 (à la louche…) pendant ces 20 dernières années. Ce qui frappe le plus, ce sont les troupes de plusieurs dizaines de corneilles qu’on peut observer dans certains parcs. Pour les faucons, les faucons crécerelles sont présents à Paris depuis longtemps (au moins les années 50) et leur effectif semble assez stable autour d’une cinquantaine de couples nicheurs dans Paris intra-muros, mais les gens ne le savaient pas. En revanche la présence d’un (voire deux) couples de faucons pèlerins (et deux autres tout proches) est une nouveauté spectaculaire ! La Défense a commencé à en héberger un couple en 2008, une cheminée à Ivry fin 2009, une cheminée dans le 15è arrdt en aout 2011 (et peut-être un autre entre le 20ème arrdt et Bagnolet…). Une fois commencée, la rapidité de l’installation est impressionnante… et peut donc poser des questions !

 

Pèlerin Vitry Attik_090910_rogné.jpg

Un Faucon pèlerin sur la cheminée de Vitry (photo Y.Attik)

- un autre point de départ de ces rumeurs peut être aussi l’utilisation de rapaces par des fauconniers pour effaroucher les étourneaux (à la BNF par exemple voir le billet que j’ai consacré à ce dortoir en cliquant ici) ou les pigeons de certains lieux huppés qui veulent en protéger leur clientèle … En entendant quelqu’un dire « on a fait venir des faucons pour chasser les étourneaux », on peut en déduire qu’on a laissé les rapaces sur place ! Surtout si on apprend aussi qu’on a placé des nichoirs en haut d’une des tours de la BNF….  Et en plus, un de ces nichoirs a été occupé la première année par un couple de faucons crécerelles… qui est venu tout seul !

Mais soyons clair : aucun rapace n’a été introduit à Paris ! Pour les corneilles non plus, certains ont plutôt essayé de s’en débarrasser !

Mais alors, si on ne les a pas introduits, pourquoi y en a-t-il maintenant alors qu’il n’y en avait pas avant ?

 

Pour les Faucons pèlerins (et aussi les éperviers qui nichent dans Paris depuis 2008), la cause en est le redressement des populations  de rapaces depuis leur « minimum historique » des années 70 : beaucoup d’espèces étaient alors en situation critique à cause des campagnes d’éradication menées par les chasseurs et de l’utilisation des insecticides organochlorés (DDT par exemple). La protection intégrale des rapaces et l’interdiction de ces insecticides a permis une reconstitution des populations de rapaces qui ont commencé à se trouver à l’étroit dans leurs sites naturels et ont cherché des substituts artificiels : les immeubles ou cheminées de nos villes modernes offrent aux Faucons pèlerins des falaises artificielles qui les satisfont tout à fait et les Eperviers peuvent se contenter de quelques arbres dans une cour d’immeuble pour nicher !

 

Buse Harris red.jpg

Ces Buses de Harris, apportées pour chasser les étourneaux, sont reparties ensuite !....

Et les corneilles ? Dans un premier temps, ces oiseaux de milieu mixte (campagnard avec des bosquets) se sont très bien acclimatés aux zones suburbaines qui ont des points communs avec leur milieu d’origine, à la différence près qu’on les tire rarement dans les pavillons de banlieue ! Leur succès reproductif les a poussées elles aussi à chercher de la place ailleurs, dans la ville voisine… là elles y ont trouvé un surplus de nourriture, en particulier dans les « poubelles Vigipirate » qu’elles ont vite appris à déchirer ! Paradoxalement, la reproduction en ville semble moins efficace qu’en zone suburbaine, d’où une arrivée continue d’oiseaux de banlieue qui forment ces groupes de jeunes non-nicheurs qui font si mauvais effet dans nos parcs. Il est donc sans doute parfaitement illusoire de les capturer pour diminuer la population… il en viendra d’autres ! il est sûrement plus efficace de limiter la disponibilité en nourriture….   

 

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