31/08/2011

A Riga coule la Daugava...

 

Le 8ème Congrès de l’Union des Ornithologues Européens ( EOU) qui s’est tenu du 27 au 30 aout m’a donné l’occasion de découvrir une ville que j’ignorais totalement : Riga… J’en ai profité pour jeter quelques coups d’œil dans d’autres zones du pays (au fait, lequel ?..... la Lettonie ! ), mais je me suis évidemment surtout attaché à l’ornithologie urbaine…

Ville de 750 000 hab, elle est formée d’un hypercentre « moyen-âgeux » ( les destructions de la guerre n’ont pas laissé grand-chose debout, mais les reconstructions sont souvent de relativement bon goût ) entouré d’une ville plus moderne ( fin 19ème - debut du 20ème s), aux folles façades Art Nouveau, qui abrite quelques parcs riches en tilleuls et en marronniers (eux aussi attaqués par la mineuse).

 

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Un des chefs-d'oeuvre du père du cinéaste SM Eisenstein

Le tout est longé par la Daugava, ce qui explique la présence d’oiseaux d’eau et le passage de migrateurs descendant de Finlande en longeant la côte Est du golfe de Riga. C’est à ce périmètre que se sont limitées mes balades urbaines.

 

Pour commencer par les migrateurs, j’ai pu voir un petit groupe de 6 Bergeronnettes printanières en migration active qui passaient au-dessus de 2 Traquets motteux qui faisaient une halte sur la rive bétonnée de la Daugava. De nuit (23h), leurs cris ont trahi le passage d’au moins 2 Chevaliers guignettes au-dessus du centre ville (mais loin de l’eau). Les cris de Gobemouches noirs et (sans doute) de Rougequeue à front blanc entendus dans les parcs devaient aussi signaler des migrateurs, comme l’était évidemment le Torcol vu par un congressiste dans le parc face à l’entrée de l’Université où se tenait le congrès !

 

A part les migrateurs, il faut reconnaître que la période n’est pas favorable aux observations : comme en France, c’est plutôt le grand silence …. A part les Corneilles évidemment ! Ici ce sont des Corneilles mantelées comme partout en Europe centrale et de l’Est, mais  elles ne sont pas plus farouches que leur collègues noires à Paris !

 

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Question bruit, les Goélands argentés qui nichent sur les toits ne se laissent pas oublier non plus !

 

Les Moineaux domestiques sont aussi bien présents ( j’ai pu voir un groupe d’une bonne centaine, surtout des jeunes )  : je ne m’aventurerais pas à dire si l’espèce décline ou non, mais il est sûr que Riga fait partie des « villes à moineaux » (avec Paris et Berlin) comme Londres et Amsterdam sont des « villes sans moineaux ».

 

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D'où l'expression s'enfuir comme une volée de moineaux...

Un Moineau friquet qui longeait la Daugava n’était qu’ un avant-goût de ce que j’allais voir hors de Riga…

 

Assez caractéristique aussi, le nombre d’étourneaux qui se nourrissent sur les pelouses.

 

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Un juvénile en train d'acquérir son plumge d'immature

Un groupe de quelques Choucas venus glaner les restes de pique-niques sur les quais m’a rappelé qu’ici, on était dans le domaine de la sous-espèce soemmerringii avec son collier blanc ( dont j’ai eu l’impression qu’il était peu visible en vol).

 

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Un petit collier en plus qui change tout ...

En revanche, je n’ai pas vu de Pies, mais je n’en ai pas vu non plus en dehors de Riga….On m’a cependant affirmé qu’il y en avait ( sans doute dans le « 3ème cercle » de la ville, plus arboré entre les immeubles d’après-guerre). Il n’est pas impossible qu’elle ait régressé depuis les années 80, suite à une nouveauté évoquée en fin d’article…

 

Ce qui frappe aussi un ornithologue parisien, c’est l’absence de Pigeon ramier (mais je n’en ai vu que 3 fois dans la campagne…) et du Troglodyte (noté une seule fois à la campagne…). J’ai aussi remarqué l’absence de la Tourterelle turque (de tout mon séjour) même si elle est donnée comme présente.

 

Parmi les oiseaux classiques, Verdier, Pinson, Mésanges charbonnière et bleue, Merle, Hirondelle de fenêtre ( qui niche sur l’horrible Opéra…) et la Bergeronnette grise qui est vraiment omniprésente dans les milieux urbanisés de Lettonie.

 

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Celle-ci arpentait les bancs du Festival de chant de Bauska, près de la frontière lithuanienne

Plus étonnant : un Gobemouche gris nourrit un jeune volant dans les arbres d’alignement tout près du Palais présidentiel et des Hirondelles rustiques qui font de même en plein centre ville ( comme qui dirait entre République et Chatelet…). A noter aussi que la Fauvette babillarde mâle qui alarmait sur les bords de la Daugava n’était sans doute pas de passage : l’espèce occupe classiquement les parcs en Allemagne et plus à l’est.

 

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Ce Gobemouche gris juvénile chassait près du chateau de Rundale, non loins de Bauska

Les bords de la Daugava accueillent  4 espèces de Goélands (argenté, leucophée, brun et cendré) de la Mouette rieuse et d’une famille de Harles bièvres au niveau du port de commerce, un peu en aval du centre ville.

 

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En revanche aucune Poule d’eau ni Foulque sur le petit canal qui sinue au travers d’un parc du centre, peut être à cause des berges trop raides, ce qui n’empêche évidemment pas la présence de centaines de canards colverts ( j’en ai compté au moins 300… )

 

En ce qui concerne les rapaces, j’ai vérifié auprès d’un spécialiste de l’avifaune de Riga que mon absence d’observation de Faucons crécerelle et pèlerin correspondait bien à la réalité (les pèlerins lettons nichaient au sol, comme ceux de la toundra, mais ont disparu à l’époque du DDT). En revanche, j’ai pu bénéficier d’un de ces coups de chance qui font le sel de l’ornithologie urbaine : en plein hyper-centre (style Beaubourg à Paris ou piazza di Spagna à Rome pour le côté un peu fermé du lieu et pour sa fréquentation touristique …), une panique chez les pigeons du lieu, déclenchée par …un Autour ! Vérification faite auprès de Maris Strazds (le spécialiste letton déjà cité), l’espèce est bien établie à Riga (les premiers se sont établis au milieu des années 80 ) et chaque parc a son couple. Cerise sur le gâteau : ce matin en allant chercher le bus pour l’aéroport, au-dessus de l’Opéra déjà évoqué, même scène de panique et un superbe Autour me passe au dessus de la tête, sérieusement escorté par un groupe de corneilles …. Cela console du départ !

 

23/08/2011

Le Héron à la pêche !

Tout le monde connait le mode de pêche habituel du Héron: silhouette immobile sur le bord de l'eau, le'oiseau rapproche très lentement sa tête de l'eau, le cou replié se détend brusquement pour attraper le poisson étourdi ( on dirait bien "tête en l'air" mais...) qui ne l'avait pas repéré. Cependant, on voit parfois un héron scruter l'eau depuis un quai assez élevé, en bord du canal de l'Ourcq par exemple, et on se demande comment il peut faire pour pêcher depuis cette hauteur...

Mercredi dernier, j'ai pu assister à ce mode de pêche plus rare, même si aux Buttes-Chaumont, la méthode traditionnelle est aussi possible...

Le début est le même : le héron  approche très lentement sa tête de l'eau...

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Mais le poisson est trop loin, hors de portée de son bec, pourtant long et emmanché d'un long cou... L'oiseau doit donc....

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 .... plonger ! On remarque que le cou entre entièrement dans l'eau ( alors que le lac n'est pas bien profond ! ).

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Ensuite, il faut revenir sur terre...

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 ....bredouille !

15/08/2011

Non, l'été à Paris n'est pas mort !

 

Contrairement à ce qu’on croit parfois, l’été n’est pas une saison morte pour l’ornithologue, même urbain ! C’est une période où on obtient parfois les preuves de nidifications qu’on ne faisait que soupçonner…et même parfois qu’on ne soupçonnait pas !

En attendant que je fasse le résumé de la saison complète ( et chez moi, l’été va du 1/6 au 31/8… ), voici quelques informations sur cet été à Paris.

 

Et tout d’abord, la satisfaction de l’année : l’épervier s’implante solidement à Paris. On en est à 6 couples localisés précisément ( dont 5 ayant donné des jeunes ) et un soupçonné ( pour la 4ème année… ). Les couples de Montsouris, des Buttes-Chaumont et du Père-Lachaise avaient été localisés ( avec leur nid) au printemps. Le couple du Père-Lachaise a abandonné sans qu’on sache dans quelles circonstances. Le couple de Normale Sup’ a donné du fil à retordre aux observateurs ( Y. et MY Gestraud et J.Lejeune) malgré la taille bien réduite de la cour… mais il a finalement montré qu’il avait eu un jeune. Surprise : un couple est localisé dans une petite cour à Montmartre par F. Guichard ! Depuis le temps qu’on pensait qu’il y en avait un dans le secteur … Et enfin, celui qu’on n’attendait plus : un couple a de nouveau occupé le petit bois de la BNF ( trouvé par P.Delbove).

 

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L'un des 2 jeunes de la BNF, photo JB Alemanni

Comme en plus on soupçonne fortement le quartier des ministères ( 7ème arrdt) d’en abriter un, on peut donc estimer qu’il y a eu au moins 7 couples d’éperviers cette année dans Paris ! Pour une installation en 2008 ( peut-être 2007…), c’est quand même pas mal !

 

Autre satisfaction : la confirmation de la nidification de l’Hypolais polyglotte à Paris….même si ce n’est pas à l’endroit signalé dans l’Atlas ( endroit urbanisé depuis…) : B.Segerer a suivi la nidification d’un couple dans la friche Poniatowski ( 12ème arrdt) avec les jeunes observés au nid le 16/7

 

Une des 2 surprises de l’été : le 10/8, au Jardin des Plantes, Jacqueline Lejeune voit (et photographie ) un jeune Rougequeue à front blanc nourrit par un mâle adulte !

 

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C'est le Robin du Robinier et pas le nom anglais du Rougegorge ! (photo J.Lejeune)

Il n’a sans doute pas niché sur place ( avec le nombre d’ornithos au mètre carré qu’il y a dans le coin, le chanteur aurait été repéré ! ), mais sans doute pas loin, dans un îlot de verdure dont le quartier a le secret. C’est la 2ème fois que se produit ce genre d’observation : le 11/7/2007, E.Piéchaud avait observé au même endroit un jeune volant…

 

L’autre surprise est l’installation d’un couple de Faucons pèlerins dans Paris même.  La cheminée de la CPCU qui domine la Seine en face de la Maison de la Radio a abrité la nidification du Faucon crécerelle, ce qui lui a valu l’installation d’un nichoir par le CORIF ( en la personne de D.Robert ) en 1989.

 

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Pas mal comme cadre, non ?

Cette cheminée ressemble beaucoup à celle d’Ivry : un conduit de cheminée ( ici en métal) entouré par une maçonnerie séparée de quelques dizaines de centimètres, ce qui ménage un espace avec une plateforme en bas des fenêtres permettant le déplacement à pied des oiseaux et l’installation éventuelle d’un nid… comme à Ivry ! C’est aussi à ce niveau qu’a été placé le nichoir.

 

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Signalé d’abord par T.Kuwabara, Il n’a pas été facile d’être sûr qu’il y avait   2 individus. La photo d’Y. Gestreaud le prouve évidemment. Un doute subsiste : un immature a-t-il aussi été vu ?...

 

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La différence de taille entre la femelle (à gauche) et le mâle est assez nette. (photo Y. Gestraud)

 

D’où viennent ces oiseaux ? Un nouveau couple parisien après ceux d’Ivry et de la Défense ? Celui de la Défense, à 5,5 km de là, suite à l’échec de la ponte de ce printemps ? Le témoignage du jardinier de la place de Brazzaville qui affirme en avoir vu l’an dernier (I.Klinkert comm.pers.) laisse plutôt penser que ce sont ceux de la Défense qui seraient déjà venus là avant et qui s’y seraient établis après leur déconvenue de ce printemps…  mais cela reste à vérifier au printemps prochain ! On peut toujours rêver de 3 couples sur Paris et proche banlieue !...

 

Dernière minute ! M.Colombe, le 16/8, observe 2 pèlerins à la Défense, se rend à la CPCU, y trouve la femelle, repart à la Défense et … trouve une femelle ! Il est donc à peu près certain que le couple de la CPCU est un 3ème couple pour la proche région parisien !

 

03/08/2011

L'Hirondelle des rochers suit les traces de ses cousines...

 

Mon périple cycliste estival habituel m’a conduit cette année dans le Sud-ouest de la France. En passant à Périgueux (Dordogne), j’ai découvert la cathédrale St Front à l’aspect spectaculaire (elle aurait inspiré l’architecte du Sacré Cœur de Montmartre….mais l’original est beaucoup mieux que la copie !...).

 

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En y entrant, mon oreille est alertée par un cri métallique qui me rappelle quelque chose…. D’abord suis-je sûr que c’est bien un oiseau ?....en ville, la vérification s’impose! Oui, il s’agit bien d’oiseaux et, comme je le pensais, de jeunes Hirondelles de rochers !

 

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Je trouve rapidement le nid, à la croisée d’ogives d’un local (baptistère ?) situé à l’extérieur de la cathédrale, juste à l’entrée. Il s’agit donc d’un nid situé à l’intérieur d’un bâtiment, même si l’entrée est largement ouverte !

 

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Chez cette espèce, le phénomène n’est pas courant car l’espèce est en pleine phase d’urbanisation : si les nids sur les constructions humaines (pont, tunnels pare-avalanches, façades de maisons) sont assez fréquents, les cas de nidifications à l’intérieur de locaux sont beaucoup plus rares : pour être précis, je n’en connais qu’un autre, dans le porche (en fait une pièce en partie fermée ) d’une église au Pays Basque ( Garoche 2003).

 

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L’hirondelle de rochers, comme son nom l’indique, est liée aux falaises, principalement en montagne mais parfois aussi en bord de mer (Nice par exemple). Depuis la fin du XIXè siècle, elle s’adapte progressivement aux structures humaines et parallèlement (cause ou conséquence ?) sa zone de répartition s’étend. En France, les Alpes, les Pyrénées hébergent des Hirondelles de rochers urbaines. Pour le Massif central, c’est surtout la frange est et sud-est qui est occupée mais le côté sud-ouest se peuple progressivement. Il semble que la cathédrale de Périgueux soit une conquête récente !

 

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Il est intéressant de signaler que les 3 espèces rupestres françaises principales sont à 3 stades différents de leur anthropisation :

 

- l’Hirondelle rustique est habituée à l’Homme depuis si longtemps qu’il n’est pas certain qu’il y en ait en France qui niche en dehors des constructions humaines, le plus souvent à l’intérieur des bâtiments .

 

- l’Hirondelle de fenêtre est aussi très bien adaptée à l’Homme et ses constructions, où elle niche le plus souvent à l’extérieur  mais il y a des exceptions) . Cependant, si vous allez en montagne ou en bord de mer, vous pourrez avoir la chance de trouver une colonie en site rupestre. Pour ma part j’en connais dans le Cirque de Gavarnie(65) et à Mers-les-Bains ( 76) et je pense qu’il y en a aussi aux Eyzies le long de la Vézère

 

- l’Hirondelle de rochers qui en est donc au tout début….d’où l’intérêt de suivre de près ce phénomène !