18/09/2010

Un moyen pour éviter les chocs des oiseaux contre les carreaux ?

Le nombre d’oiseaux qui se tuent en heurtant des vitres est énorme, même si je reste un peu sceptique face aux chiffres qui sont avancés par les associations de divers pays, car j’ai du mal à imaginer une méthode d’estimation un peu sérieuse…. Cependant quand on voit la proportion que représentent les récoltes de bécasses tuées ou étourdies dans le total des observations de cette espèce à Paris, on se dit que les vitres font de vraies ravages, et pas seulement pour cette espèce…

L’ASPAS vient de relayer le travail des ornithologues suisses en adaptant à la France la brochure mise au point à la station de Sempach , http://www.aspas-nature.org/content/view/406/163/lang,fr/

Becasse 2a BNF 230210 red.jpg

Cette bécasse a certainement heurté une vitre de la BNF avant d’être mangée, sans doute par une Corneille ou une Pie ( un rapace fait un travail nettement plus propre….)

 

On y apprend qu’hélas, les silhouettes de rapaces collées sur les baies vitrées n’ont qu’une efficacité réduite et qu’il faut rendre visible une proportion nettement plus importante de la vitre pour qu’elle soit repérée par les oiseaux !

Cette année une innovation peut-être décisive est apparue : le Red-Dot Design Award 2010 a été attribué à une entreprise allemande , Arnold Glas, qui a mis au point un vitrage, appelé Ornilux Mikado, qui est visible aux yeux des oiseaux tout en restant invisible à nos yeux…

Le principe repose sur une observation : les petits oiseaux traversent rarement les toiles d’araignées. On s’est aperçu que les araignées enduisaient leur file d’un produit qui reflète les UV, invisible aux yeux des insectes….et aux nôtres !

L’entreprise allemande Arnold a eu l’idée de placer des bandes reflétant les UV sur leur vitres isolantes (elles sont disposées un peu à la manière des pièces du jeu Mikado, d’où le nom).

                    Voilà le résultat aux yeux humains ………………et pour les oiseaux

Ornilux_SB1 Photos.jpg

 

Pour en vérifier l’efficacité, l’expérience suivante a été menée par l’Institut Max-Plank pour l’Ornithologie à la station de Radolfzell ( pour ceux qui ne connaissent pas, c’est du sérieux…..) sur 850 oiseaux de 19 espèces ( j’imagine que c’est une manière de rentabiliser le lâcher des oiseaux juste bagués ….).

On lâche les oiseaux dans un « canal d’envol » (traduction mot à mot…) qui amène l’oiseau face à 2 fenêtres ( protégées par un filet japonais pour éviter qu’il se fracasse contre un carreau…), une vitre classique qui sert de contrôle ( K en allemand) et la vitre testée (T).

A= place de lâcher

N = filet japonais

 

 

D’après un document de l’entreprise Arnold, la vitre Ornilux-Mikado a été évitée significativement plus qu’un carreau normal (ou une absence de carreau). Le document ne précise pas dans quelle proportion ni le surcoût du vitrage….

Références :

Red-Dot http://en.red-dot.org/2826.html?&cHash=8810dbe1797ccd...

Arnold-Glas http://www.isolar.de/

Ornilux_SB1_expérience.jpg

05/09/2010

De l'exotisme en bas de chez soi

Le billet qui a suscité le plus de commentaires est - de loin - celui sur les oiseaux exotiques en région parisienne (septembre 2007): 22 commentaires ont été postés ( sans compter mes réponses), la plupart consacrés aux perruches à collier qui continuent à s'implanter en région parisienne. C’est ainsi qu’ils en signalent la présence (au moins hors période de reproduction ) à Rungis (94), dans le Val d'Orge, à Vincennes(94), Chilly-Mazarin(91), Tremblay(93), Le Vaudreuil (27), Gif s/Yvette(91), Versailles(78), Thiais(94), Villejuif(94), Palaiseau(91) mais aussi à Cannes !

Ce billet date maintenant de 3 ans et la situation a bien évolué depuis : cela méritait donc une petite mise à jour !

Perruche-Pic vert1 Gestraud 070210.jpg
La Perruche à collier est capable de se nourrir de divers fruits exotiques (ici un Catalpa) photo Y et MY Gestraud

La connaissance sur les perruches à collier en région parisienne a bien progressé, en particulier grâce à la publication d’un article de Ph. Clergeau, A.Vergnes et R.Delanoue dans le n°2 (2009) de la revue française d’ornithologie Alauda . Retenons principalement que le scénario de lâchers plus ou moins involontaires à partir des aéroports d’Orly et de Roissy est confirmé par des témoignages et surtout le fait que toute la population de la région parisienne se concentre la nuit en 2 dortoirs : 1 dans…..chacun des 2 aéroports ! Cela facilite l’estimation de la population régionale : 1100 individus en 2008 ! Et depuis, elles ont continué à se multiplier….

A Paris, la reproduction a été prouvée au parc Montsouris en 2008 (1 couple), renouvelée en 2009 et en 2010 (3 couples cette année). En même temps, l’espèce s’établissait aussi au bois de Vincennes, entre le lac Daumesnil et le Vélodrome (la « Cipale ») . La présence continue en période de reproduction de l’espèce autour du lac de St Mandé laisse penser que l’espèce s’y reproduit aussi.

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Sont-y pas mignons ? Cela s'appelle une preuve de reproduction....;-) Photo Y et MY Gestraud

Au nord-est de Paris, l’espèce semble s’établir en Seine-et-Marne autour de Villeparisis , pas très loin du noyau de population solidement implanté dans la forêt de la Poudrerie de Sevran.

Il y a une 2ème espèce de psittacidé qui s’est reproduite au moins une fois en région parisienne : il s’agit du Youyou du Sénégal, petit perroquet vert et jaune à tête grise qui niche aussi dans une cavité d’arbre. Il a niché en 2007 près de Longjumeau (91).

En France deux autres espèces de petits perroquets se reproduisent en liberté : il s’agit des Inséparables masqué et de Fischer qui nichent dans les trous de palmiers ou de murs sur la côté méditerranéenne, à St Jean Cap-Ferrat et Beaulieu (06). Cela ne veut pas dire que les Inséparables ne peuvent pas supporter le climat parisien : un Inséparable à face rose a séjourné au moins 3 ans sur les bords du canal St Martin, mais comme - en dépit de son nom - il était seul, on n’a pas pu vérifier s’il pouvait s’y reproduire…..

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Voici quelques-unes des Conures qui se sont établies place d'Arezzo à Bruxelles

En revanche on peut rencontrer des individus de nombreuses espèces de psittacidés qui survivent plus ou moins longtemps… Pour ma part, j’ai croisé à Paris ou en banlieue un Cacatoès, un Gris du Gabon, plusieurs Perruches ondulées, une Perruche omnicolore, une Calopsitte, une Conure veuve (espèce qui niche à Bruxelles et Barcelone) et on a signalé aussi une Perruche de Pennant…. Un vrai zoo !

Si la situation du Tadorne casarca n’a pas beaucoup évolué à Paris et si l’implantation d’un couple d’Ouette d’Egypte en vallée de Chevreuse est encore en dehors du milieu urbain, la Bernache du Canada a nettement poursuivi son implantation : elle niche tous les ans au lac de St Mandé au bois de Vincennes et a commencé une nidification au parc des Buttes-Chaumont cette année : 2 œufs ont éclos mais les poussins ont rapidement disparu, sans doute mangés par les hérons locaux ou un goéland de passage…. Au parc de la Courneuve (93) en revanche, la nidification est devenue régulière et on peut y observer un troupeau d’une 40aine de Bernaches !

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C'est presque seulement à ce stade que la Bernache du Canada est vulnérable aux prédateurs, d'où le taux de croissance de la population en Ile de France ( ici à Saint-Mandé)

Sans entrer dans les détails voici quelques autres espèces exotiques qui nichent librement en France, à la suite en général de lâchers volontaires ou involontaires : Leïothrix jaune (Rossignol du Japon) en forêt de Montmorency et en Béarn, Ibis sacré (côté atlantique et quelques points de la méditerranée), Flamants nain et du Chili (Camargue), Capucin à bec de plomb (embouchure du Var à Nice), Canard mandarin ( Sevran par exemple), Cygne noir, Erismature rousse (malgré les tentatives d’éradication).

Faire la liste de toutes les espèces exotiques observables en France serait en revanche trop long….