30/05/2010

Le Geai fait le trottoir à Paris !

La question est souvent posée de savoir comment une espèce s’installe en ville…. En gros est-ce que ce sont des individus urbanisés originaires d’une autre ville qui émigrent et conquièrent une nouvelle ville ou bien est-ce la population locale qui s’habitue progressivement au milieu urbain ?

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Belle scène de la Nature : un couple de Geai nourrit ses petits dans un Chêne vert (photo J.Lejeune)

Un des arguments qui fait pencher la balance vers la 2ème hypothèse est le caractère progressif de la conquête d’une ville par une espèce d’oiseau : d’abord les parcs et les quartiers périurbains, puis les grands parcs urbains, puis les parcs et squares plus petits et enfin, parfois, la nidification sur les arbres d’alignement des rues et même sur des bâtiments.

Cette progression, théorisée à propos du Pigeon ramier par Tomialojc en 1976, se retrouve bien chez les Corvidés. A Caen, la Pie, apparue entre 1970 et 1981 dans quelques parcs, s’est installée dans les arbres d’alignement à partir des années 1990. La Corneille s’y est aussi installée en 2 temps. A Naples, la Corneille (mantelée) est apparue dans les années 1990 en périphérie de la ville et nichait déjà en centre ville autour de l’an 2000. On pourrait multiplier les exemples…..

Sur le Geai, on a beaucoup moins de données, sans doute parce que c’est un oiseau beaucoup plus discret que ses cousines susnommées : on a du mal à savoir quand il est apparu dans Paris ! Sans doute vers les années 1960-70…

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Les jeunes ont grandi : le bon climat du Midi ? (photo J.Lejeune)

Evidemment il fréquente les grands parcs, mais on savait depuis plusieurs années qu’il était capable de nicher dans une cour tranquille, un lierre et quelques arbres lui suffisant pour cacher son nid. Pour rejoindre ses lieux de nourrissage, il n’hésite pas à passer de toit en toit, en se perchant fugitivement sur une antenne de télé….

Une nouvelle étape semble franchie si l’on en croit les photos prises par Jacqueline Lejeune (oui, la même que la magnifique photo d’épervier sur un rebord de fenêtre dans le Marais !) : une nichée a été menée à l’envol il y a quelques jours sur un chêne vert de 4m de haut, sur un trottoir, en face d’un bureau de Poste très fréquenté du même quartier du Marais (centre historique de Paris, entre République et Beaubourg ) !

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Hé non ! il s'agit d'un trottoir du Marais, en plein Paris ! (photo J.Lejeune)

Si on y ajoute que dans le même quartier, la même Jacqueline avait déjà surpris la consommation d’une rondelle de saucisson par  la même espèce, et que le contenu d’une boule de graisse peut servir d’offrande nuptiale, on comprend pourquoi on  n’aurait pas dû être  surpris quand on a trouvé lors de l'atlas des oiseaux nicheurs parisiens que l’espèce nichait probablement dans la moitié des carrés parisiens avec une centaine de couples !

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Quand une boule de graisse permet de faire des avances à une belle demoiselle....(photo J.Lejeune)

18:45 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

26/05/2010

On a fêté la sortie de l'Atlas.....

A l'occasion de la fête de la Nature, nous en avons profité pour fêter la sortie de l'Atlas des oiseaux de Paris ( "Les oiseaux nicheurs de Paris- Un atlas urbain" chez Delachaux et Niestlé).

A la Maison des Oiseaux, aux Arènes de Lutèce (75005), on avait réuni le plus possible de personnes ayant travaillé pour l'atlas, entièrement réalisé par des bénévoles (y compris les photos !). Mme Giboudaux, adjointe au maire chargée de l'environnement, nous avait fait l'amitié d'être présente...

21mai10 retravaillé red

Le 4ème auteur avait fêté ça en avance en Géorgie.... (en cartouche : Maxime Zucca; le verre à la main de gauche à droite: Jacques Coatmeur, Fabienne Giboudaux, votre serviteur et Guilhem Lesaffre)

Après une petite conférence et une coupe de champagne, les 3 auteurs présents (le 4ème était à Tachkent....) ont dû se plier à la traditionnelle séance de dédicace.....

Au fait pour savoir ce que faisait Maxime à Tachkent (il doit être plus à l'est maintenant...), allez sur son blog ! C'est génial : un tour du monde en (presque) direct !

http://paris-darwin-tavaritch.over-blog.com/

16/05/2010

Vos gueules les mouettes !

 

Pour ce billet, je vais innover : je vais utiliser le commentaire d’un lecteur du blog pour essayer d’y répondre et de généraliser le problème. En effet Julien pose une question importante, ou plutôt il répond - mal à mon avis - à une question qu’il n’a pas posée : «  les oiseaux (et de manière générale la faune sauvage) ont-t-ils une place en ville ? »

« J'habite au 7éme étage d'un immeuble haussmannien et j'ai l'impression qu'une colonie niche depuis deux ans au dessus de chez moi. J'ai découvert cela l'année dernière en Mai et je trouvais cela au début marrant. Mais j'ai vite été agacé par les cris incessants de bébés qui font un son particulièrement désagréable à tout moment de la journée et surtout de la nuit. Cette année, j'ai espéré en vain qu'elles ne reviendraient pas mais dès avril, les cris des adultes de la colonie sont revenus. Je suis alors monté sur le toit juste pour me montrer en pensant qu'en détectant la présence d'un homme, cela les inquièterait et qu'elle choisirait un autre endroit. Je n'ai pas vu de nids mais elles ont commencé à tourner autour de moi en criant. J'ai trouvé la situation dangereuse et j'ai vite déguerpi, mais depuis je ne sais pas quel moyen faire pour les chasser. Malgré toute la bienveillance que j'ai pour ces animaux, une mouette n'a pour moi pas sa place dans une ville si éloignée de la mer que Paris. Je n'ose imaginer ce qu'elles mangent. »

 

D’abord un détail, qui ne fera pas avancer le problème mais il faut rester précis : Julien parle ici de goélands, oiseaux marins qui nichent (i.e. qui font leurs jeunes) d’habitude en falaise, et non de mouettes, oiseaux en général d’eau douce, qui nichent sur des étangs et qu’on ne trouve à Paris qu’en dehors de la période de nidification.

Goélands arg et leuco réduit

>>>>>>>Les 2 espèces de Goélands "gris", le G.argenté et le G.leucophée, aux Buttes-Chaumont

Pour l’avoir vécu quelques jours en vacances, je suis le premier à reconnaître que le « chant » des goélands au lever du jour (5-6h du matin en ce moment) est très désagréable, surtout s’il est renforcé par le cri des jeunes ! Maintenant, que faire ?

Il faut rappeler que le Goéland est une espèce protégée, qui ne peut être détruite qu’en cas de nécessité constatée par les autorités préfectorales. Des mesures sont prises dans certaines villes (Brest, Lorient) où le nombre de couples nicheurs se mesure par centaines. A Paris, nous en sommes sans doute à une trentaine de couples. De toute façon, il est hors de question de détruire des jeunes oiseaux, on n’est pas des sauvages quand même !…..

Quant à essayer d’effrayer des goélands au moment où ils élèvent leurs jeunes, Julien en a fait l’expérience, cela risque de provoquer des réactions violentes des oiseaux et ne pourra qu’être inefficace. La seule chose possible est de les décourager de s’installer au début de la période de nidification, en février-mars. La pose d’un filet sur la cheminée où il compte nicher pourra aussi être efficace.

Goéland brun Tamise Londres tronqué red fev07

La 3ème espèce nicheuse à Paris : le G.brun (ici photographié à Londres)

Pourquoi les goélands se sont-ils établis à Paris (et dans d’autres villes) ? Après avoir découvert la ville en hiver depuis longtemps  ils ont vu qu’il y avait à manger ( ils pêchent sur la Seine et ils font les fins de marché….comme certains humains !) et les cheminées haussmanniennes leur servent de lieu de nidification tranquille en haut de « falaises » qui leur rappellent leur origine maritime !

Donc, ils sont venus naturellement et ont trouvé une place dans la ville : pour répondre à la question du début, oui, ils ont une place puisqu’ils en ont trouvé une !  La vraie question est : qu’est-on prêt à supporter de la part des êtres vivants qui vivent à côté de nous ? En général, les gens sont contents de voir des animaux mais ont du mal à en supporter les inconvénients : une hirondelle c’est joli, mais quand ça fait des crottes devant sa porte, on détruit le nid ! Le phénomène NIMBY appliqué à la biodiversité…

Je n’ai pas une position extrémiste sur la question : j’ai dit en commençant que je connaissais les inconvénients des goélands, c’est pourquoi je propose une solution moyenne : empêcher l’implantation là où elle gênante. De toute façon, il y a suffisamment de bâtiments publics ou de bureaux où personne n’ira déloger les goélands pour que je ne m’inquiète pas sur le sort des 3 espèces de goélands qui nichent à Paris…. ;-)

 De manière générale, comment déterminer qui « a sa place en ville » ? Les moineaux, ça fait du bruit, les pigeons ça transporte des maladies, les « mauvaises herbes » ça fait sale, quant aux cafards, ça fait peur !.....

 

15:17 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

09/05/2010

Photo ornitho-urbaine...on continue !

Bon, faut pas rêver ! Je vais pas vous refaire le coup du Grand tétras urbain tous les jours....

On revient à des espèces plus "raisonnables"....

Quoique ! Je crois que c'est la première fois que je vois une photo de Traquet motteux en milieu urbain, même s'il est vu régulièrement (je n'ai pas dit souvent....) en migration dès qu'il y a un milieu très ouvert comme certaines grandes pelouses (la Villette par exemple).

Pierre Cabard m'envoie la 3ème photo prise sur un toit de voiture (après le Goéland brun et l'Autour des palombes....) à St Pierre des Corps, banlieue de Tours.

Motteux P.Cabard St Pierre des Corps

 

.......................................La suivante ne met pas en scène une espèce originale en milieu urbain : la Bernache du Canada a colonisé de nombreuses villes depuis quelques décennies. Ce qui m'a plu, c'est le coup d'oeil du photographe et son humour discret.....l'oiseau et l'homme ne vont pas dans la même direction. Nous devons cette image du lac Daumesnil (bois de Vincennes) à Michel Bordeleau qui aura donc laissé une trace de son passage à Paris avant de repartir dans son Québec natal ! Merci à lui...

Bernache_Daumesnil_Michel_Bordeleau

03/05/2010

Encore plus fort !

Où va s'arrêter l'ornithologie urbaine ?

Qui aurait parié que l'espèce ci-dessous figure un jour dans une présentation de photos ornitho-urbaines ?

Bon...d'accord, on est dans un village, à côté de Wasselonne dans le Bas-Rhin (dans le nord de l'Alsace pour ceux qui ont oublié leurs départements......), mais quand même !

Je remercie Frank Hipp, qui m'a signalé l'histoire, Pierre Buchert qui a servi d'intermédiaire avec le photographe et surtout Martin Gross qui a accepté que je publie sa photo !

Grand tétras env Wasselonne red

 

Eh oui !....un Grand Tétras !

Plus habitué des forêts de moyenne montagne, que venait faire ce volatile dans les rues d'un village alsacien ?

Je n'y connais pas grand chose à cet oiseau, mais je crois savoir qu'au moment de la reproduction, certains mâles perdent toute frayeur de l'Homme et sont même capables d'attaquer tout intrus.....serait-ce un des ces "tétras fous" ? Je n'oserais l'affirmer d'autant plus que là, c'est lui qui est venu sur le territoire de l'Homme !....;-)