28/03/2009

Le moineau dans tous ses états…européens, voire mondiaux ! ch.2

 Voici donc la suite, consacrée donc à ce que j’ai entendu à Pise….

…mais d’abord un mot égoïste : j’ai causé (enfin, plutôt, j’ai lu mon texte en italien ) de mon travail sur les transects dans les rues parisiennes en comparaison avec les comptages par point de l’enquête Corif-LPO : avantages et inconvénients des 2 méthodes. Je suis assez mal placé pour savoir si c’était intéressant…..

Pise mars 09 intervention perso

>>>>>>>>>>Je ne quittais pas mon papier des yeux ! 

Mais intéressons-nous aux autres interventions lors de ce colloque organisé par la Province de Pise, ville universitaire très importante.

Commençons tout d’abord par le scoop : Stein Are Saether de l’Université d’Oslo (Norvège) a présenté avant parution les résultats d’un travail sur la génétique du Moineau italien pour essayer de trancher définitivement la grave question du statut de ce taxon : espèce à part, sous-espèce du Moineau domestique ou du M.espagnol ou « hybride stabilisé » entre les 2 espèces ?

 Pour résumer très brièvement, l’ADN mitochondrial (transmis par la femelle, sans hybridation) est quasi semblable à celui du M. domestique mais en analysant l’ADN nucléaire (transmis pour moitié par les 2 sexes et qui subit des recombinaisons ), ils ont trouvé entre les M.domestiques « vrais » (Norvège et Slovénie) et les Moineaux espagnols sardes un gradient continu chez les M. italiens du nord au sud de l’Italie . Donc il semble bien qu’on puisse définitivement retenir l’idée d’un hybride entre les 2 espèces ….la fierté nationale italienne dût-elle en souffrir !

Pise mars 09 Arno red

 Il n'y a pas que la tour à Pise !

M.Luniak, un des pères de l’ornithologie urbaine, est venu tracer les grandes lignes du phénomène de la synurbanisation. Il me semble que sa position a un peu évolué sur l’origine du phénomène : il me semblait très enclin à penser à une origine génétique de populations qui se répandraient de ville en ville. Cette fois, il a clairement clairement dit qu’il s’agissait d’apprentissage plus que de génétique. Il faut cependant des espèces à forte plasticité (exemple typique : les corvidés )

 

Dans une 2ème intervention, il a décrit une situation surprenante à Varsovie : le Moineau domestique s’est effondré dans les « jardins ouvriers » (allotment-gardens) qu’on trouve en ville (-95% en un peu plus de 20 ans) mais il a été remplacé par ….le Moineau friquet ! Ces 2 espèces s’excluent quasiment sur l’ensemble de leur répartition à Varsovie. Allez donc trouver une cause qui fasse disparaître le M. domestique mais ne gêne pas le Friquet !…..

 

Sans entrer dans le détail de la situation des 4 types de moineaux qu’on trouve en Italie (le domestique à Aoste, l’espagnol en Sicile et Sardaigne, l’italien dans le reste soit 90% du pays et le friquet partout), signalons que le M.italien est globalement en baisse, parfois catastrophique (suite à une épidémie en 2000 autour de Bologne par exemple ), mais en générale régulière et d’importance variable (forte en Lombardie, moins forte à Florence qu’à Livourne toute proche, variable à Rome : plus importante en périphérie qu’en centre ville). Un travail a montré que le M. italien n’était quasiment pas soumis aux variables agricoles (alors que le friquet l’est nettement plus, appréciant nettement les milieux agricoles variés par rapport aux cultures intensives et uniformes)

20:14 Écrit par Frédéric dans Le Moineau domestique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

27/03/2009

Le moineau dans tous ses états…..européens, voire mondiaux ! (ch.1)

 

J’ai déjà dit que j’avais participé à la 2ème Rencontre européenne sur le Moineau domestique en ville qui s’est tenue en février à Newcastle. Comme je n’arrête pas, je reviens ce WE d’une rencontre à Pise sur le même sujet, mais un peu plus orienté sur l’Italie, mais pas uniquement.

 

Je voudrais essayer ici de résumer certains points que j’ai retenus de ces rencontres, qui sont bien sympathiques et permettent de sortir un peu le nez de nos dimensions strictement locales….

Newcastle fev09 S-Smith

 >>>>>>>Denis Summers-Smith, spécialiste mondial des moineaux, à la rencontre de Newcastle

et les nuques de J.De Laet (Belgique), M.Dinetti (Italie) et K.Vincent (R-Uni)

De Newcastle, j’ai surtout retenu, à part ma première intervention en langue étrangère (je n’en menais pas large….) le travail commencé à Londres par S.Ockendon en 2006 à propos de la reproduction du Moineau. Les travaux de K.Vincent à Leicester ayant montré qu’il y avait une forte mortalité des jeunes à cause de l’insuffisance d’insectes (surtout puceron), l’idée a été de proposer aux moineaux de la nourriture animale (ver de farine) pendant la saison de reproduction . Résultat dès la première année : excellente reproduction avec forte augmentation du nombre de jeunes à l’envol……mais mauvaise surprise au printemps suivant : pas plus de couples nicheurs ! Les jeunes envolés sont sans doute morts au cours de l’hiver…  Deuxième année : on nourrit non seulement les jeunes pendant la saison de reproduction, mais on fournit le reste de l’année des graines (tournesol entre autres).

Résultat : bonne production de jeunes et, l’année suivante augmentation du nombre de couples nicheurs, surtout dans les secteurs les plus pauvres en moineaux. Il semble donc bien démontré qu’à Londres le facteur limitant de la densité des moineaux soient la nourriture (et donc pas tellement les sites de nid…..). Il n’est pas sûr que ce soit généralisable sans précaution…..

En revanche aucun lien n’a été trouvé entre la densité de moineaux et la densité de chats ni avec la pollution (alors qu’une analyse rapide trouverait un lien apparent, mais c’est parce qu’ il y a moins de moineaux en centre ville, là où la pollution est plus forte …En comparant des endroits comparables, on voit que la pollution au NO² ne provoque pas de baisse des moineaux…)

 Charmeur (main)

Aux Pays-Bas, l’accent a été mis sur le maintien de sites de nidification malgré les travaux d’isolation des maisons :

un « loft pour oiseau » a été mis au point, à placer entre le toit et le mur….

Loft a moineau NL

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>Pour plus de détails, si vous lisez le néerlandais…..

http://www.vogelbescherming.nl/content.aspx?cid=3345

 

L’Inde n’est pas à l’abri ! M.Dilawar est venu de Bombay pour nous expliquer que les villes indiennes connaissaient une chute très forte du nombre de moineaux, spécialement les quartiers chics, mais pas seulement… le mode de vie traditionnel évoluant, la quantité de riz perdu (pas pour tout le monde…) dans la rue diminue, les pesticides massivement utilisés pour la « révolution verte » ont fait les dégâts qu’on peut imaginer. Même si on n’est pas sûr de leur nocivité, il faut aussi noter que les ondes de téléphonie mobile atteignent des doses 200 fois plus fortes que les limites européennes !

En plus, le déclin des moineaux n’est pas le problème prioritaire des politiques en Inde, il faut le reconnaître !

 (pour Pise, il faudra attendre le ch.2.....)

 

 

 

 

19:07 Écrit par Frédéric dans Le Moineau domestique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/03/2009

Le Tournepierre de 8h30

Parmi les oiseaux urbains, nous en France n'avons pas tendance spontanément à y mettre les limicoles (petits échassiers du bord des eaux douces ou marines). Mais plus au nord, la réalité est toute différente : les Huitriers-pies nichent sur les toits de nombreuses villes écossaises ainsi qu'à Riga (Lettonie), les pluviers dorés se nourrissent sur les pelouses de Reykjavik...
Suite à un échange sur la liste Ornitho urbaine (la référence du site est sur la colonne de gauche), principalement grâce à Nathalie Mahieu, j'ai appris ce que je vais vous résumer : le Tournepierre à collier s'accomode fort bien des contraintes de la proximité de l'homme et y a même trouvé quelques menus avantages !

Tournepierre Whigby Nathalie Mahieu
Y a de la concurrence entre Tournepierre et Etourneaux !
Photo de Nathalie Mahieu, original visible à l'adresse suivante : http://www.mahieu.org.uk/gallery/v/fr/nature/whitbyoct08/?g2_page=3


A Whitby (côte N-Est de l'Angleterre), Nathalie Mahieu a photographié des tournepierres en train de se nourrir sur le quai du port au milieu des étourneaux, les restes de "fish and chips" semblaient faire leurs délices ! Valentin Condal a observé le même genre de scène à Ostende où les frites qu'ils consommaient devaient accompagner à l'origine  plutôt des moules...
Mais le plus extraordinaire est sûrement cette anecdote rapportée par le site de la BBC (lire l'original en anglais en cliquant ici) : à Falmouth, en Cornouailles, un couple de Tournepierre prenait régulièrement le ferry de 8h30 pour St Mawes, de l'autre côté de la baie  à 3 miles de là. Il y passait la journée pour en revenir par le ferry de 16h15 !

Tournepierre Ferry Cornouailles BBC

Pourquoi se fatiguer à voler alors qu'il y a un bateau ? photo BBC News

Le plus étonnant est la relative modestie de la distance économisée par rapport aux capacités de cette espèce qui couvre des milliers de kilomètres lors de ses migrations.
Les cas d'oiseaux utilisant pour nicher des supports mobiles (dont des bateaux, voire des ferries longue distance !) sont nombreux (j'en ai fait un petit article dans Aves
dont le résumé est lisible en cliquant ici), mais ce genre d'utilisation "intentionnelle" me semble unique.... Celà dit, j'attends avec impatience d'être contredit !

 

02/03/2009

L'Hiver 2008-09 à Paris

L’hiver 2008-09 (1er dec –28 fev) a permis l’observation de 69 espèces d’oiseaux dans Paris intra-muros, (contre 61 l’hiver dernier).

Tout d’abord les hivernants habituels ont « été bien discrets : pas de Litorne, pas de Tarin ni de Pinson du Nord. Tout de même 6 Bruants zizi ont été notés à la friche Poniatowski le 13/1), quelques obs Gros-bec (le même ?) aux Buttes-Chaumont (et 2 ind à Montsouris), un Pic mar le 17/2 et un couple de Mésange nonnette plusieurs fois, toujours aux Buttes-Chaumont

Le dortoir d’étourneaux de la BNF a tenté de se reconstituer avec un max d’environ 10 000 deb février.

Heureusement que la vague de froid a apporté quelques observations originales : d’abord elle a fait bouger des limicoles (un vol de Pluviers dorés au-dessus de la Cité U le 5/1 et un Courlis cendré au-dessus de Bercy le 6 , 2 obs de Bécasses les 10 et 11/1). Quand les pièces d’eau du secteur ont été gelées, on a fini par voir arriver quelques oiseaux d’eau inhabituels : Grèbe huppé (jusqu’à 5, un encore présent fin fev ), G. castagneux (1 le 11/1), Foulques, qui sont des oiseaux rares dans Paris,  jusqu’à au moins 5, Fuligules milouins (un couple au pont de la Concorde à partir du 9/1 jusqu’au 16) et un Morillon (une femelle a rejoint les milouins le 12/1 ) et enfin, cerise sur le gâteau, un Harle bièvre en aval de la Tour Eiffel le 31/1. C’est peut-être dans le même cadre que 2 Goélands cendrés ont été observés sur la Seine en janvier,mais pas celui de décembre (1 le 5/12 à Bercy et 2 le 11/1 et 16/1 au quai d'Issy ).

Les premiers passages de printemps ont permis 2 jolies observations : 14 Cigognes au-dessus des voies de la gare d’Austerlitz le 8/2 et 12 Grues le 16/2 au-dessus du 14ème arrdt….

Et une observation exceptionnelle, bien délicate à expliquer : 1 Ibis sacré en vol au-dessus du Père-Lachaise le 18/1 !

A noter la quasi absence d’observations de Choucas (2 obs dans le même secteur du 12ème)…….je crains que ce soit l’illustration de la disparition de l’espèce en cours à Paris….. ;-(

Signe d’espoir au contraire : un des Faucons pélerins observés à la Défense depuis l’automne dernier est venu faire un tour à l’entrée de Paris (Porte Maillot) fin février.

16:07 Écrit par Frédéric dans Les saisons à Paris | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |