21/09/2008

Les oiseaux pendulaires

Les sociologues appellent "pendulaires" les habitants des banlieues qui font quotidiennement le trajet entre la banlieue et Paris pour travailler. Un certain nombre d'oiseaux font le trajet inverse : un bon nombre dorment dans Paris et partent le matin pour se nourrir dans les champs de lointaines banlieues.

 Commençons tout de suite par une exception : à Paris au moins, les hérons qui se nourrissent des poissons des pièces d'eau  (on doit pouvoir estimer à une dizaine au moins le nombre de hérons parisiens ) passent la nuit à l'extérieur de la ville : au bois de Vincennes, peut-être au parc de la Courneuve ou ailleurs ). A Istanbul la situation est bien différente puisqu'il y a une colonie en centre ville et les hérons changent parfois carrément de continent pour aller pêcher.... en Asie !

Le plus souvent, nous avons donc des oiseaux qui profitent de l'abri de la ville pour dormir et parfois pour nicher, ce qui donne donc des densités impressionnantes : 12 couples de Ramiers ont niché sur un hectare au square de la Roquette à Paris (S.Detalle), 70c de Pigeons colombins sur 25 ha du parc de la Colombière à Dijon dans les années 80 (Tomialojc)! De même de nombreuses villes hébergent (parfois à leur corps défendant ...) des corbeautières : les Corbeaux freux ( à ne pas confondre avec les Corneilles qui ne font pas de colonies) apprécient les grands arbres et la tranquillité du centre ville pour installer leurs nids. La journée, ils vont se nourrir d'insectes et de graines dans les champs environnants. Comme ils n'aiment pas faire trop de trajet, ils désertent les villes qui s'étendent trop : c'est ce qui s'est passé à Londres en 1916 et à Paris pendant les années 50 : la dernière colonie était  située sur le quai de la Mégisserie, au bord de la Seine !

Choucas A.Fossé red

***Un couple de Choucas angevins (photo A.Fossé)

 

Le Choucas des tours, petit corbeau qui fait des colonies bruyantes dans les clochers et les monuments, va souvent aussi se nourrir à l'extérieur des villes et c'est peut-être pour ça qu'il est en régression dans Paris alors que l'espèce se porte plutôt bien dans le  reste de la France...

Un cas célèbre est celui des étourneaux qui viennent profiter du microclimat urbain (plus chaud et moins de vent) pour constituer des dortoirs en ville. Ces dortoirs urbains peuvent compter des dizaines (voire des centaines) de milliers d'oiseaux dont les déjections posent évidemment un problème pour les carrosseries qui se trouveraient dessous ! "Et si on rajoute à ça le bruit et l'odeur"...... 

Dortoir BNF lumières red

******Une arrivée spectaculaire des étourneaux à la BNF

 Les mouettes viennent aussi dormir en dortoirs, parfois en ville, comme celui qui est sur la Seine en aval de la Tour Eiffel. Plus surprenant, les bergeronnettes grises viennent aussi dormir en hiver dans des dortoirs qui sont situés curieusement dans des endroits bruyants et éclairés, comme des rond-point routiers ou des places face à une gare !

Quoiqu'on en pense, cela permet d'observer des mouvements ou des rassemblements impressionnants : j'ai déjà raconté le spectacle de la BNF envahie d'étourneaux (cliquer ici pour lire). Les mouvements matinaux de dispersion sont moins spectaculaires mais quand même intéressants à suivre : pour les Ramiers, on peut voir le matin très tôt (le maximum est dans le quart d'heure qui suit le lever du soleil) des vols parfois importants (plusieurs dizaines) quittant Paris. C'est un moment intéressant pour les compter, d'autant plus qu'ils ne rayonnent pas tout autour de Paris : les principaux axes de départ sont vers le N-NE par la Villette, vers le S-SW le long de la Seine, vers le Sud  par la porte d'Orléans, vers le SE par la porte d'Ivry et vers le bois de Vincennes autour de la porte de St Mandé.

Region parisienne Google map

Principales directions des vols de Ramiers le matin à Paris 

Mis à part le bois de Vincennes, les autres axes de départ correspondent aux directions des champs les plus proches de Paris, situés à une dizaine de km quand même....

17:04 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Les oiseaux ont-ilsdroit aussi aux embouteillages (ou téléscopages) lors des migrations pendulaires ?
Toujours des infos très intéressantes.

Avez-vous publié quelque chose sur la différence entre corneilles et corbeaux et lesquels colonisent le plus volontiers les villes ?

Écrit par : Bab | 03/10/2008

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Concernant le stationnement des Hérons cendrés proche de Paris, j'ai noté un regroupement de 31 individus en soirée le 8 décembre 2002 posés sur une pelouse de l'hippodrome de Longchamp au bois de Boulogne.

Christian

Écrit par : Christian Letourneau | 16/10/2008

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