21/01/2008

Pas toujours facile de se loger en ville !

La vie en ville rend parfois difficile la construction de nids semblables à ceux qui se trouvent dans la Nature...Les arbres sont moins nombreux que le béton, les arbres sont rarement assez vieux pour avoir des cavités, les fleuves ont rarement des rives en terre , etc. Les oiseaux qui se sont adaptés à la ville ont souvent trouvé des solutions originales à ce problème nouveau.

Dans certains cas, les espèces se sont tellement adaptées à l'Homme, et depuis si longtemps, qu'on a du mal à imaginer leur nid en milieu naturel....Où nichait le Moineau avant qu'il ait rencontré l'Homme il y a quelques dizaines milliers d'années ? Sans doute dans un nid en boule dans un arbre comme le fait son cousin le Moineau espagnol....Qui a vu une Hirondelle rustique nicher ailleurs que dans une construction humaine ? On arrive en revanche encore à voir l'Hirondelle de fenêtre  construire sa coupe de terre sur une paroi rocheuse, que ce soit en falaise marine ou en altitude. Qui sait où nichait le Martinet noir quand il ne nichait pas encore dans les anfractuosités des bâtiments ? Eh bien, c'est dans des trous de vieux troncs d'arbres, comme on le voit encore faire en Corse ou en Finlande !

Ces adaptations se sont passées il y a bien longtemps, mais le phénomène s’est effectué il y a moins d’un siècle pour d'autres espèces : le Pigeon colombin, qui niche dans des trous d'arbres âgés, a découvert les pots de cheminée, qu'on le voit explorer consciencieusement un par un, suivi par la femelle, avant d'en choisir un pour construire son nid. Encore plus récemment, le Pigeon ramier, pourtant adapté depuis plus d'un siècle et demi à la vie parisienne, a mis du temps à trouver d'autres sites pour placer sa plate-forme de brindilles que les branches des arbres : il le construit parfois sur des corniches de bâtiments ou sur un balcon. Il y a aussi quelques cas de corneilles qui abandonnent leurs arbres habituels pour construire sur un toit ou une cheminée , comme sur la photo ci-dessous.

Nid corneille red
La Corneille noire a niché sur cette cheminée au bord du canal de l'Ourcq en 2005

Beaucoup d'oiseaux cavernicoles (= « nichant dans un trou ») ont facilement trouvé des substituts artificiels : les mésanges bleues et charbonnières apprécient les trous de murs ou les boîtes aux lettres. J'ai même vu une Mésange noire nichant dans un trou du mur d'une maison dans le centre d'une petite ville suisse ! Le Grimpereau a l'habitude de nicher sous une écorce décollée du tronc....un original a trouvé une fissure du mur de soutènement du.....Périphérique parisien pour s'y reproduire !

nid grimpereau (montage) red

Oui, c'est bien là qu'à niché le Grimpereau en 2006 ! 

L'hirondelle de rivage a l'habitude de creuser son tunnel dans les rives meubles des rivières (et aujourd'hui des gravières....), mais de plus en plus de rives sont bétonnées, voire recouvertes de palplanches métalliques.... Les hirondelles ont trouvé qu'il y avait des trous dans ces palplanches destinés à laisser s'échapper l'humidité du sol, trous qui permettent de creuser derrière.... C'est ainsi qu'on peut voir des petites colonies dans des sites aussi artificiels que la Seine face à Chinagora (Ivry s/Seine), le canal de l'Ourcq à Bobigny (93) ou l'Oise en centre ville de Soissons (pour plus de détails, cliquez ici pour voir le résumé de mon article sur le sujet).

nid Hriv colonie Ivry red

Les hirondelles de rivage nichent dans ces palplanches métalliques à Ivry s/Seine ! 

 

Le faucon crécerelle, qui niche soit en falaise, soit dans un ancien nid de corvidés quand il est à la campagne, se reporte presque systématiquement sur les bâtiments pour nicher. A Paris, il peut choisir des bâtiments historiques comme  N-Dame ou la Tour Eiffel mais aussi des bâtiments tout à fait banals (cliquez ici pour voir le post consacré au sujet).

Autre oiseau de falaise qui s'adapte aux bâtiments, les goélands ont déjà été traités dans un post précédent (cliquez ici pour le consulter).

Le record de l'originalité est sans doute atteint par certains oiseaux d'eau qui ont jeté leur dévolu sur les toits ! A Riga, ce ne sont pas moins de 7 espèces de rivage qui utilisent les toits gravillonnés traditionnels (Mouettes, Goélands, Sternes, Petit gravelot et Huitrier-pie), mais sans aller si loin, un couple de Sterne Pierre-Garin a niché sur le toit d'un entrepot en banlieue parisienne il y a quelques années et j’ai même entendu dire qu’un couple de Canard colvert avait niché il y a plusieurs années sur la terrasse sommitale du bâtiment de TF1 en bord de Seine !….les petits auraient pris l’ascenseur (dans les bras de leurs sauveurs) pour rejoindre le sol …….

15:20 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/01/2008

On va aux Buttes ?....

Soyons clair : il n’y a pas de discussion possible, les Buttes-Chaumont sont le plus beau parc parisien ! Le caractère scientifique de cette assertion  vous semblera évident, j’espère, à la lecture de ce texte….. ;-)

25 ha situés sur les hauteurs de Paris, inaugurés en 1867, au nord-est de la capitale, le parc est situé sur d’anciennes carrières de gypse, qui ont servi aussi de dépotoir recueillant entre autres les déchets d’un équarrissage et même de gibet (Montfaucon était juste à côté…..).

Pour plus de détails, allez voir la page qui lui est consacrée sur le site de la Ville de Paris

http://www.paris.fr/portail/Parcs/Portal.lut?page=equipment&template=equipment.template.popup&document_equipment_id=1757

 

D’un point de vue esthétique autant qu’écologique, les caractéristiques importantes de ce parc sont le relief tourmenté du terrain, l’âge des arbres et la présence d’eau. Les promenades y sont sportives (ça grimpe….) mais gratifiantes en toutes saisons.

B-Chaumont paysage red

On découvre d'abord la pièce d’eau qu’on domine quand on arrive par l’entrée principale. Elle entoure un promontoire rocheux (le Belvédère) qui domine tout le nord de Paris et une bonne partie du Val d’Oise jusqu’à la forêt de Montmorency. C’est aussi un endroit d’où on peut observer en automne la migration des passereaux (bergeronnette grise, pinson des arbres, alouette des champs, pipit farlouse, etc.) qui arrivent soit directement du Nord, soit de plus à l’est en longeant le plateau de Belleville.

B-Chaumont lac red

Le « lac » est occupé par des oiseaux domestiques « éjointés » (Bernache du Canada, Oie à tête barrée, Canard de Barbarie, Canard pilet mâle, un couple de Tadorne casarca). Il attire des oiseaux bien sauvages, dont 2 Hérons cendrés, quelques Tadornes casarcas, 2 couples de Poule d’eau et un nombre indéterminé de Canards colverts au plumage plus ou moins orthodoxe.

heron Buttes-Chaumont red
 

Un couple de Goéland leucophée fréquente souvent les lieux : ils doivent nicher sur un toit du quartier….En hiver des dizaines de Mouettes viennent profiter de la nourriture destinée aux canards et un Martin-pêcheur peut aussi profiter des petits poissons du lieu ! La grotte qui est située juste à côté a abrité l’une des premiers cas de nidification de la Bergeronnette des ruisseaux dans Paris …..

B-Chaumont cascade red

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Ne dirait-on pas une vraie grotte ?

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Je n’ai pas l’intention de vous citer toutes les espèces de passereaux qui nichent dans la partie boisée du parc, cela donnerait une liste assez indigeste….L’hôte le plus spectaculaire (à part la femelle de paon….) est sans conteste la Chouette hulotte qu’on peut entendre « chanter » dès les mois d’hiver. Le jour, elle essaie de dormir cachée dans un résineux, mais les passereaux sont perspicaces et arrivent parfois à la trouver : c’est alors un charivari d’enfer, qui permet  souvent à l’ornithologue de découvrir la retraite du rapace….

B-Chaumont  lever soleil red

La richesse ornithologique du parc tient aussi à plusieurs facteurs : la présence de conifères (spécialement le long de la Petite Ceinture) attire le roitelet huppé, la mésange noire et la mésange huppée; les buissons abritent les nids du rougegorge, du pouillot véloce et de la mésange à longue queue; les vieux arbres permettent au grimpereau des jardins et à la sittelle torchepot, au gobemouche gris et au pic épeichette de trouver des sites de nidification. C’est aussi à l’âge grandissant des arbres qu’on doit l’arrivée récente de 2 autres espèces de pics : le Pic vert a été trouvé nicheur pour le première fois en 2005 et le Pic épeiche en 2007 ! Les buissons à baies (ou arilles comme l’if) attirent de nombreux oiseaux de passage ou en hivernage (fauvette à tête noire, grive musicienne et mauvis) .

La présence de tant d’oiseaux ne pouvait laisser insensibles les prédateurs…... l’épervier est une espèce qui vient assez souvent visiter le parc, du moins d’août à mars, puisque – jusqu’à présent du moins…..- il ne niche pas dans Paris intra-muros .

05/01/2008

Tu viens dormir à la BNF ?

De nombreuses espèces d’oiseaux, surtout des passereaux, ont l’habitude de se rassembler pour dormir , surtout en dehors de la période de reproduction, en dortoirs de taille plus ou moins importante. Les plus importants se comptent en millions d’individus : 40 millions de Pinsons du Nord se rassemblaient dans un bois suisse il y a quelques années ! Ce sont aussi par millions qu’on compte les hirondelles rustiques venant dormir dans la zone d’Herbe à éléphant de la région d’Ebbakem au Nigeria. Certains ont de curieuses habitudes pour dormir tranquille : les bergeronnettes grises apprécient les arbres des places bruyantes et éclairées, souvent près des gares !

Les étourneaux ont toujours formé des dortoirs, en général dans un bosquet à l’abri du vent ou dans des roselières. Depuis quelques dizaines d’années, ils ont découvert qu’en ville on pouvait trouver des endroits plus abrités qu’à la campagne et qu’en plus il y faisait moins froid ! Nombreuses sont les villes qui ont vu, sans aucun plaisir…., les arbres bordant certaines de leurs rues se charger d’oiseaux venus souvent d’Europe centrale ou de Russie ! Les voitures qui sont garées sous ces mêmes arbres n’apprécient pas non plus…..

Dortoir BNF1red

A Paris, le problème des carrosseries ne se pose pas, puisque les étourneaux ont jeté leur dévolu sur le petit bois qui est enchâssé dans l ‘esplanade de la Bibliothèque Nationale de France, le long de la Seine face au parc de Bercy. Il y avait depuis plusieurs années un dortoir de Pigeons ramiers (1300-1400 oiseaux en 2002 et 2003) mais ceux-ci ont fui devant l’arrivée de milliers d’étourneaux ! Pendant les hivers 2003-2004 et 2005-2006 le record a sans doute été atteint avec environ 50 000 oiseaux , estimation très approximative !….

Les bons jours, le scénario se déroule de la manière suivante : les étourneaux arrivent par petits groupes qui vont se rassembler sur des points de « rendez-vous secondaires », en particulier les immeubles au NW des voies SNCF et les arbres du parc de Bercy. Quand tout le monde est là, les groupes convergent vers la BNF et c’est la folie la plus totale : des volutes d’oiseaux tournent et s’entrecroisent, formant dans le ciel des anneaux mouvants qui se rapprochent puis s’éloignent brusquement, le changement d’orientation des ailes qui se fait de manière quasi simultanée produit un changement de couleur immédiat comme un banc de poisson ! Les oiseaux se concentrent et c’est une boule noire qui semble léviter au-dessus de l’esplanade, ils se déconcentrent et le ruban s’éclaircit en semblant rebondir sur une tour avant de plonger vers le bois et de repartir en chandelle vers les sommets….

Dortoir BNF2red

Inutile de dire que l’ornithologue qui avait essayé de commencer à compter les oiseaux abandonne complètement tout espoir d’une estimation crédible…..De toute façon , le spectacle est trop beau et ce serait dommage de le rater pour compter des oiseaux qui refusent ostensiblement de l’être !

Buse Harris red
 

Ce spectacle fantastique a son revers : ces oiseaux font – comme tout le monde – des crottes et l’accumulation (quelques grammes par oiseau donnent des centaines de kilos par jour….) du guano a des effets négatifs sur les arbres qui tentent courageusement de pousser dans cet endroit ! L’administration de la BNF a donc demandé à des fauconniers d’intervenir pour chasser les oiseaux . Le 23 janvier 2006, on a donc vu arriver plusieurs Buses de Harris, rapace américain qui a l’habitude chasser en groupe, qui ont tenté de donner la chasse aux étourneaux au moment où ils arrivaient. Quelques oiseaux ont même été capturés par les Buses. Mais l’effet dissuasif a aussi été puissamment augmenté par l’usage de pétards et de drapeaux agités au moment les étourneaux essayaient de se poser …..Le bilan immédiat a été positif pour les auteurs de l’opération puisque le lendemain, il y avait à peine quelques centaines d’étourneaux qui essayaient de venir dormir…


 

Mais l’opération nécessiterait d’être renouvelée tous les ans au moins : pour preuve, les photos d’étourneaux de ce message ont été prises hier !… ;-)

Pour voir des scènes étonnantes (tournées en Californie) de vols d'étourneaux au dortoir, cliquez sur ce lien

Pour en savoir plus sur le problème des étourneaux en ville et les solutions possible : http://w3.rennes.inra.fr/etourneau/

Pour assister à l'arrivée des étourneaux, soyez sur place en gros 20mn avant l'heure du coucher du soleil, soit 16h45 pour demain.

01/01/2008

Bonne année !

Voeux 2008