23/10/2007

Le Héron des bassins.

Vendredi dernier 19 octobre, T.Bara racontait sur Corifdiscus (liste de discussion interne du Corif) l'observation d'un héron en plein Quartier Latin, perché sur ....une antenne de télévision ! La photo jointe rassurait les sceptiques : c'était vrai !


Héron antenne T_Bara red

(photo T.Bara) 

Thierry expliquait sa présence par l'existence d'un bassin à poisson rouge juste en dessous de l'oiseau ...Philippe Rance répondait en racontant qu'à 300m de là le bassin d'une maison de retraite avait été vidé de ses poissons rouges par un héron (le même ?) qui avait ensuite jeté son dévolu sur celui d'une autre maison de retraite à proximité : les poissons n'y doivent leur survie qu'à la présence d'un rocher sous lequel ils peuvent se réfugier !

L'an dernier, pendant les vacances de la Toussaint, un Héron avait aussi repéré le bassin qui "décore" l'entrée du collège où je travaille au Blanc-Mesnil (93). Au retour des élèves, l'échassier avait tenté de rester dans cet endroit si intéressant d'un point de vue nutritif, ce qui avait donné aux élèves quelques sujets d'inattention pendant leurs cours !

Le bruit des récréations avait néanmoins chassé l'oiseau "au long bec emmanché d'un long cou"....De nombreux autres témoignages confirment que ce ne sont pas des anecdotes isolées. C'est la suite d'un long processus d'adaptation du héron à l'Homme (les spécialistes parlent de "synanthropisation" ), commencé en Europe du Nord depuis plusieurs décennies ( une visite à Amsterdam est instructive à ce sujet !) et qui s'étend progressivement à la France : le Héron s'urbanise, comme un vulgaire Goéland ! Il a commencé par les parcs parisiens (voir dans les archives le texte "Les hérons de Paris....et d'ailleurs" du 15 juin 07), il se met maintenant aux jardins...

La photo ci-dessous montre qu'il n'y a pas que le Héron cendré qui a repéré les poissons rouges des bassins.....

Aigrette de bassins red
Aigrette garzette photographiée au Légué (22) par Jean Trillet

(Fichiers de la liste "Ornitho urbaine")

21/10/2007

En direct de ma fenêtre....

Ce dimanche a-midi vers 16h30, après une visite sympa à Montsouris avec Robbert Snep, écologiste urbain néerlandais qui nous a permis de rencontrer deux ornitho-photographes (bonjour Georges-Henry et Deborah !) et d’admirer des perruches au soleil, j’étais en train de corriger des copies devant ma fenêtre ouverte : j’avais déjà été alerté par le cri d’énervement d’une corneille (cri que je traduis habituellement par « Barre-toi d’ma zone ! »…..), mais sans être capable de localiser ni l’émetteur ni la cause. Mes copies corrigées, je réentends le cri et me penche à ma fenêtre, non, ça ne vient pas du robinier en dessous….je vois arriver une puis 2 pies qui s’approche d’une corneille, non…2 corneilles posées au sol : c’était donc ça…..le combat sans cesse recommencé entre les 2 espèces sœurs-ennemies !

epervier à la maison 1 red

 Cependant elles ne semblent pas s’intéresser l’une à l’autre et une des pies se dirige vers une petite masse brun sombre un peu à l’écart , sur l’herbe elle aussi…..Je me précipite sur mes jumelles pour confirmer mon pressentiment : j’étais en train de dominer du haut de mon 8ème étage un épervier juvénile, sans doute femelle, en train de déchiqueter un oiseau (moineau mâle ?). La couleur est un peu surprenante, …. pour moi qui ne connais pas spécialement les éperviers juvéniles, mais quand même je le trouve bien jaunâtre ! Les spécialistes vont j’espère me dire si c’est normal ou pas….

epervier à la maison 2 red

Toujours est-il que les corneilles se rapprochent progressivement, (très progressivement….. semblent pas rassurées plus que ça ! ) de l’épervier qui est bien décidé à défendre sa proie ! J’ai le temps de prendre plusieurs (mauvaises….) photos quand tout à coup c’est parti : une corneille attaque, l’épervier répond, décolle pour poursuivre l’agresseur…. Tout va ensuite très vite : l’autre corneille plonge sur l’endroit où était l’épervier, l’épervier revient et la poursuit  mais la pie fonce sur le même endroit : on dirait une partie de bonneteau : où est le dé ? là ? pas là ? qui l’a vu ?…..pas moi en tout cas : je suis incapable de dire qui a fini par avoir le moineau !

epervier à la maison 3 red

 

16/10/2007

De drôles de pèlerins....

Dans les années 60, celui qui aurait annoncé qu'un jour le Faucon pèlerin nicherait en ville se serait sûrement fait traiter de fou !....L'espèce était sur le point de disparaître, non seulement à cause de la destruction systématique des rapaces exercée par les chasseurs  et de la capture des jeunes à l'aire par les fauconniers, mais aussi à cause de l'usage massif d'insecticides organochlorés (DDT par exemple) qui se concentraient tout le long des chaînes alimentaires pour atteindre une dose telle dans les oeufs de Pèlerin (et d'autres rapaces) qu'ils provoquaient leur stérilité. L'espèce a atteint en France un niveau catastrophique : il restait moins de 200 couples en 1970 (pour plus de détails, cliquez ici pour voir le site de R-J. Monneret, LE spécialiste français du Faucon pèlerin ou lire son livre , référence ci-dessous)

Les mesures de protection totale des rapaces et l'interdiction de l'usage des organochlorés au début des années 70 permirent une remontée de l'ensemble des espèces de rapaces et spécialement du Faucon pèlerin : on estime la population française actuelle à 1200-1300 couples (Thiollay et Bretagnolle 2004). Comme quoi l'évolution des espèces sauvages n'est pas obligatoirement négative si on se donne les moyens de réagir....

pelerin JY Barnagaud

Pèlerin hivernant sur la cathédrale de Chartres. aquarelle de JY Barnagaud 

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Ce rapace est un oiseau principalement rupestre : il niche dans les falaises que ce soit en montagne évidemment, mais aussi en bord de rivière (le cours de la Seine en aval de Paris) ou en bord de mer (le pays de Caux par exemple).

De la falaise à la façade d'un immeuble, il n'y a qu'un battement d'ailes....que les hirondelles, martinets et pigeons bisets ont effectué depuis longtemps ! La densité de pèlerins augmentant, les sites de nidification se faisaient de plus en plus difficiles à trouver dans la nature .....et le faucon a fini par découvrir (ou redécouvrir) les possibilités offertes par les immeubles urbains ! Actuellement, c'est devenu un phénomène généralisé, à défaut d'être banal... Avant de parler de la France, citons l'installation d'un Faucon pèlerin au centre de Varsovie depuis 98 (suite à une réintroduction), à Berlin dès 1986 ( suite à des lâchers aussi), à Londres et à Bruxelles en 2004-2005, mais aussi aux Etats-Unis et au Canada depuis bien plus longtemps.

Pèlerin Charlotte_Nancy

"Charlotte" s'envole de son clocher à Nancy photo P.Behr (cliquez pour voir son site) 

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En France, le phénomène est spécialement développé près de zones montagnardes qui ont retrouvé de belles densités : les Vosges et le Jura. Ce n'est sans doute pas un hasard si le Pèlerin niche à Strasbourg, Altkirch, Mulhouse (et Bâle en Suisse), Nancy, Lunéville, Metz, Belfort. On le trouve aussi à Albi et à Toulouse et sans doute dans d'autres villes. On ne compte plus les hivernages d'individus en centre ville (Tours, Troyes, Brest, Chartres, ...).

Les églises sont des sites privilégiés pour accueillir l'oiseau, pour nicher ou hiverner: on m'a raconté que le roi des Belges a échappé de peu à la chute d'une proie tombée du bec d'un pèlerin qui y niche en entrant dans la cathédrale St Michel-Ste Gudule de Bruxelles ! A Albi c'est aussi la cathédrale qui en accueille un couple alors qu'à Nancy c'est l'église N-Dame de Lourdes (consulter le site de P.Behr). A Belfort, c'est le château ....ce qui permet à l'occupant des lieux de profiter de l'éclairage de la façade pour se spécialiser à la saison dans le migrateur nocturne....cela lui permet de manger, entre autres, de la bécasse !

Pèlerin Seraing

Sur la centrale électrique de Seraing (Belgique) photo Gabriel Rasson 

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Mais le pèlerin n'est pas bégueule , ni passéiste : il a aussi adopté des bâtiments modernes comme les 2 immeubles occupés à Bâle, mais ce sont les centrales électriques (nucléaires ou thermiques) qui lui ont tapé dans l’œil ! En Belgique un programme de nichoirs mis en place par Electrabel a permis à une quinzaine de couples d'y nicher (exactement autant en Flandres qu'en Wallonie....). En France, il s'est mis à nicher à la centrale de Nogent s/Seine. A Londres, c'est aussi une centrale désaffectée qui a été le premier site de nidification dans le centre ville (Battersea)

Alors....et Paris ? Pour le moment, rien !....Les observations de pèlerin restent rarissimes dans Paris intra-muros même si les nids se rapprochent, avec un couple depuis 2005, le long de la Seine, à une quarantaine de kilomètres de la capitale. Aucun stationnement hivernal, qui prélude en général à l'installation d'un couple....Donc, pour le moment, il ne nous reste plus qu'à espérer que la nouvelle a circulé dans le milieu des faucons pèlerins que 2 nichoirs les attendaient au sommet de la BNF, ça les fera peut-être venir.....;-)

Lectures :

Rapaces nicheurs de France. J-M.Thiollay et V.Bretagnolle, 2004. Delachaux et Niestlé
Le Faucon pèlerin. R-J.Monneret, 2000. Delachaux et Niestlé

08:32 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

13/10/2007

Encore la Chouette des Buttes.....

Ce matin 13/10, aux Buttes-Chaumont, j’ai retrouvé la Hulotte dormant sur le même épicea que la semaine dernière.

Au sol, pas de pelotes mais …une peau de Hérisson ! Ce n’est pas la preuve absolue que la chouette l’a mangé, mais c’est quand même l’explication la plus plausible…..

La prédation par le Grand-duc sur le Hérisson est bien connue, mais pour la Hulotte, elle l’est beaucoup moins ! Cependant le « Birds of Western Palearctic » précise qu’il y a des cas de prédations de jeunes hérissons par la Hulotte…..

08/10/2007

Des pics à la pelle !

Dans l'image qu'on peut s'en faire, les pics ne sont pas a priori des oiseaux typiquement urbains, et pourtant..... On compte pas moins de 5 espèces de pics nicheuses sur le territoire de la ville de Paris ! D'accord, je triche un peu.....la ville de Paris comprend  Paris intra-muros (87km2) en gros limité par le périphérique et les bois de Vincennes et de Boulogne (15 km2).

Pic noir JJ Boujot red
Pic noir femelle à Vincennes photo J-J Boulot 

Pour arriver à 5 espèces, je suis obligé de compter les 2 espèces qui n'occupent que le bois de Vincennes : le Pic noir et le Pic mar. C'est quand même un fait assez remarquable de trouver ces deux pics dans une forêt encerclée par la ville et aussi fréquenté par les promeneurs ! Ceci dit, la ville de Sofia (Bulgarie) compte, elle, 7 espèces

de pics....

 

Pour les espèces qui nichent dans Paris intra-muros, chronologiquement, c'est le Pic épeichette qui est apparu le premier dans Paris (1ère mention en 1929).C'est la plus petite espèce de pics, qui exploite souvent les extrémités des branches que sa petite taille lui permet d'atteindre.

Pic épeichette red
 Pic épeichette mâle  photo P.Dubois

On le trouve actuellement dans presque tous les grands parcs parisiens, mais sa nidification reste difficile à prouver : l'oiseau est très discret et il lui arrive sans doute de nicher en dehors du parc qu'il fréquente principalement et de préférer un petit jardin tranquille pour creuser son trou.

Le Pic vert s'est établi très récemment : après quelques tentatives isolées, la preuve de sa nidification régulière date de 2005 où elle fut prouvée aux Buttes-chaumont, au parc Montsouris et près du Luxembourg (ce qui laisse penser qu'il nichait avant....).

Pic vert JJBoujot red
 

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Pic vert mâle  photo J-J Boujot

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y a sans doute 5-6 couples dans Paris en 2007. C'est une espèce qui exploite plus le sol que les troncs : elle s'est spécialisée dans les fourmis et les recherche surtout sur les pelouses. A la différence des autres espèces de pics, il signale sa présence plus par son rire sonore que par un tambourinage.

 

Le Pic épeiche est le dernier arrivé : après avoir été observé de plus en plus en 2005 et 2006, il a niché pour la première fois aux Buttes-Chaumont en 2007. Heureusement que ses jeunes sont très bruyants, c'est plus pratique pour les trouver....

Pic épeiche JJ Boujot red

Pic épeiche photo J-J Boujot 

 

Pourquoi ces arrivées en ville ? Il y a au moins 2 causes possibles, qui ne sont pas

contradictoires :

                  - les parcs parisiens datent principalement de la fin du 19ème siècle,

leurs arbres vieillissent (même si 150 ans , c'est le bel âge pour un arbre !), ce qui les rend plus attractifs pour les pics

                  - une espèce comme le Pic vert profite d'une augmentation des surfaces de pelouses dans les grands parcs urbains et suburbains (voyez sa densité au parc départemental de la Courneuve , Seine St Denis, par exemple) et l'augmentation de la densité d'une espèce autour de la ville est considérée comme une cause déterminante de son urbanisation, par Tomialojc en particulier.

 A noter qu'à Londres, c'est le Pic épeiche qui est le pic le plus courant(comme à Bruxelles et à Berlin) et le Pic vert vient aussi de s'installer en centre ville.

 Dernière chose : comme toutes les familles, la famille des pics comporte un original : le Torcol, un pic migrateur !...Au passage, il lui est arrivé de se laisser admirer au square de la Butte du Chapeau-Rouge (grâce à Jean Barbe qui l'avait découvert, j'ai pu profiter de ce plaisir bien rare à Paris !)

19:47 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Dernière minute : la Chouette hulotte des Buttes-Chaumont encore là !

Ce matin 8 octobre, confirmation d'une impression que j'avais eue il y a quelques semaines : malgré la mort d'une chouette cet été, il y a bien encore (au moins) une Chouette hulotte aux Buttes-Chaumont (75019)
Ce matin, petit tour avant de me mettre au travail, je suis accueilli , pas très loin de la fondation Rotschild, par un chari-vari de merles, de pinsons et de mésanges à longue queue. Un seul corvidé : une pie secoue sa boite d'allumettes au-dessus de tout ce beau monde. Les petits passereaux insistant lourdement, je cherche longuement, très longuement......et , grâce à une merlette qui est restée sur place malgré ma présence en-dessous d'elle, je finis par voir la tête d'une chouette hulotte qui m'a semblé assez claire. Je me suis empressé de la laisser tranquille (effet collatéral : les petits oiseaux étant partis à cause de moi, elle a eu la paix pour se rendormir......)

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Jeune Chouette hulotte née au Père-Lachaise en 2006 photo P.Dubois 

A Paris, il y a quelques couples de Chouettes hulotte dans certains grands parcs avec la nidification prouvée ces dernières années au cimetière du Père-Lachaise et au Jardin des Plantes.

05/10/2007

Eurobirdwatch 2007

 

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LEVEZ LE NEZ !

Dimanche 7 octobre 2007, des centaines d'ornithologues européens vous proposent de regarder passer les oiseaux migrateurs.

Moi, je serai à partir de 7h45 sur la passerelle du canal de l'Ourcq entre la Grande Halle et la Cité des Sciences( Paris 19ème). Soyez les bienvenus !

Bilan des courses…..pas grand chose !

Il faisait trop beau ! Pas de vent et ciel bleu….c’est très agréable pour les oiseaux aussi et donc ils passent très haut (ils sont plus loin des rapaces qui les guettent près du sol et il y a moins de turbulences). Un ornithologue de l’armée de l’air belge a noté vendredi 5/10 qu’il « voyait » au radar des migrateurs jusqu’à 2600m de haut !

Donc on a vu quelques grives et entendu quelques cris de linottes, pinsons, pipits farlouse et c’est tout….Seule vraie observation : 89 Grands cormorans descendaient la Seine vers le SW au port de Gennevilliers (92)….et encore, je ne suis pas sûr que ce n’était pas un retour au dortoir !