16/10/2007

De drôles de pèlerins....

Dans les années 60, celui qui aurait annoncé qu'un jour le Faucon pèlerin nicherait en ville se serait sûrement fait traiter de fou !....L'espèce était sur le point de disparaître, non seulement à cause de la destruction systématique des rapaces exercée par les chasseurs  et de la capture des jeunes à l'aire par les fauconniers, mais aussi à cause de l'usage massif d'insecticides organochlorés (DDT par exemple) qui se concentraient tout le long des chaînes alimentaires pour atteindre une dose telle dans les oeufs de Pèlerin (et d'autres rapaces) qu'ils provoquaient leur stérilité. L'espèce a atteint en France un niveau catastrophique : il restait moins de 200 couples en 1970 (pour plus de détails, cliquez ici pour voir le site de R-J. Monneret, LE spécialiste français du Faucon pèlerin ou lire son livre , référence ci-dessous)

Les mesures de protection totale des rapaces et l'interdiction de l'usage des organochlorés au début des années 70 permirent une remontée de l'ensemble des espèces de rapaces et spécialement du Faucon pèlerin : on estime la population française actuelle à 1200-1300 couples (Thiollay et Bretagnolle 2004). Comme quoi l'évolution des espèces sauvages n'est pas obligatoirement négative si on se donne les moyens de réagir....

pelerin JY Barnagaud

Pèlerin hivernant sur la cathédrale de Chartres. aquarelle de JY Barnagaud 

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Ce rapace est un oiseau principalement rupestre : il niche dans les falaises que ce soit en montagne évidemment, mais aussi en bord de rivière (le cours de la Seine en aval de Paris) ou en bord de mer (le pays de Caux par exemple).

De la falaise à la façade d'un immeuble, il n'y a qu'un battement d'ailes....que les hirondelles, martinets et pigeons bisets ont effectué depuis longtemps ! La densité de pèlerins augmentant, les sites de nidification se faisaient de plus en plus difficiles à trouver dans la nature .....et le faucon a fini par découvrir (ou redécouvrir) les possibilités offertes par les immeubles urbains ! Actuellement, c'est devenu un phénomène généralisé, à défaut d'être banal... Avant de parler de la France, citons l'installation d'un Faucon pèlerin au centre de Varsovie depuis 98 (suite à une réintroduction), à Berlin dès 1986 ( suite à des lâchers aussi), à Londres et à Bruxelles en 2004-2005, mais aussi aux Etats-Unis et au Canada depuis bien plus longtemps.

Pèlerin Charlotte_Nancy

"Charlotte" s'envole de son clocher à Nancy photo P.Behr (cliquez pour voir son site) 

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En France, le phénomène est spécialement développé près de zones montagnardes qui ont retrouvé de belles densités : les Vosges et le Jura. Ce n'est sans doute pas un hasard si le Pèlerin niche à Strasbourg, Altkirch, Mulhouse (et Bâle en Suisse), Nancy, Lunéville, Metz, Belfort. On le trouve aussi à Albi et à Toulouse et sans doute dans d'autres villes. On ne compte plus les hivernages d'individus en centre ville (Tours, Troyes, Brest, Chartres, ...).

Les églises sont des sites privilégiés pour accueillir l'oiseau, pour nicher ou hiverner: on m'a raconté que le roi des Belges a échappé de peu à la chute d'une proie tombée du bec d'un pèlerin qui y niche en entrant dans la cathédrale St Michel-Ste Gudule de Bruxelles ! A Albi c'est aussi la cathédrale qui en accueille un couple alors qu'à Nancy c'est l'église N-Dame de Lourdes (consulter le site de P.Behr). A Belfort, c'est le château ....ce qui permet à l'occupant des lieux de profiter de l'éclairage de la façade pour se spécialiser à la saison dans le migrateur nocturne....cela lui permet de manger, entre autres, de la bécasse !

Pèlerin Seraing

Sur la centrale électrique de Seraing (Belgique) photo Gabriel Rasson 

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Mais le pèlerin n'est pas bégueule , ni passéiste : il a aussi adopté des bâtiments modernes comme les 2 immeubles occupés à Bâle, mais ce sont les centrales électriques (nucléaires ou thermiques) qui lui ont tapé dans l’œil ! En Belgique un programme de nichoirs mis en place par Electrabel a permis à une quinzaine de couples d'y nicher (exactement autant en Flandres qu'en Wallonie....). En France, il s'est mis à nicher à la centrale de Nogent s/Seine. A Londres, c'est aussi une centrale désaffectée qui a été le premier site de nidification dans le centre ville (Battersea)

Alors....et Paris ? Pour le moment, rien !....Les observations de pèlerin restent rarissimes dans Paris intra-muros même si les nids se rapprochent, avec un couple depuis 2005, le long de la Seine, à une quarantaine de kilomètres de la capitale. Aucun stationnement hivernal, qui prélude en général à l'installation d'un couple....Donc, pour le moment, il ne nous reste plus qu'à espérer que la nouvelle a circulé dans le milieu des faucons pèlerins que 2 nichoirs les attendaient au sommet de la BNF, ça les fera peut-être venir.....;-)

Lectures :

Rapaces nicheurs de France. J-M.Thiollay et V.Bretagnolle, 2004. Delachaux et Niestlé
Le Faucon pèlerin. R-J.Monneret, 2000. Delachaux et Niestlé

08:32 Écrit par Frédéric dans des espèces très urbaines | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

un rapace au-dessus de Paris Bonjour, je viens de voir un rapace voler au-dessus de mon immeuble - Paris 3ème, entre la place République et le Carreau du Temple. c.a.d. à 10mn de la Seine, côté Bastille ... à vol d'oiseau :) petit, couleur d'un béige foncé (?), il a été un peu embété par des corbeaux/corneilles (?). Cela ne l'a pas effrayé. il s'est contenté de remonter faire des ronds un peu plus haut. De quel rapace s'agit-il ? Etes-vous au courant?

Écrit par : caroline | 31/10/2007

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