26.09.2007
Les goélands des toits parisiens
On a souvent tendance à confondre les mouettes et les goélands : les mouettes ne viennent, parfois de loin, à Paris que de septembre à février (voir le post « Les mouettes en vacances d’hiver à Paris » ) alors que les Goélands se sont mis récemment à nicher sur les toits parisiens.

Un Goéland argenté (devant) et un Goéland leucophée aux Buttes-Chaumont
.
On peut croiser 3 espèces de Goélands à Paris (sans parler du très rare Goéland cendré) : le plus courant, le Goéland argenté, est une espèce principalement atlantique qu’on reconnaît à son « manteau » gris clair et ses pattes rose pâle (« chair »). Le Goéland leucophée lui ressemble beaucoup mais le manteau est un peu plus sombre et les pattes sont jaunes (plus éclatantes au printemps qu’en hiver). Il nous vient principalement de Méditerranée. La troisième espèce est le Goéland brun, espèce atlantique à manteau gris sombre et pattes jaunes, c’est le dernier arrivé.

Un Goéland brun phtographié sur les bords de la Tamise à Londres
.
Les premières nidifications ont été notées en 1990-91 autour de la Ménagerie du Jardin des Plantes , un couple de Goéland argenté, un de G.leucophée et même un couple mixte argenté x leucophée . En 1993 (et quelques années après) un couple de G.leucophée a niché près de la Nation.
Le Goéland brun, mis à part un couple mixte leucophée x brun en 1994, est le dernier arrivée : la preuve de la nidification n’a été apportée qu’en 2005 par les travaux pour l’Atlas des Oiseaux Nicheurs de Paris actuellement en cours : nous en connaissons actuellement 3 couples plus un couple mixte.
L’espèce actuellement la plus nombreuse est le Goéland argenté (une trentaine de couples) alors que le Leucophée ne semble pas réussir à s’implanter solidement (quelques couples possibles seulement), mais il faut être prudent car les nids sont très difficiles à observer : les goélands nichent sur les toits , entre les cheminées, sans construire de vrais nids. Les poussins se cachent dans un recoin en attendant que les parents reviennent les nourrir.

Site de nidification d'un couple de Goéland argenté. photo T.Bara
.
Paris n’est évidemment pas un cas isolé : à Londres, le Goéland argenté niche depuis 1964 et le Goéland brun depuis 1982. A Rome , le Goéland leucophée est nicheur depuis 1971 dans le centre historique . C’est à Riga (Lettonie) que la situation atteint une forme de paroxysme : on y trouve - sur des toits en terrasse – pas moins de 1000 couples de Goélands argentés, 650 couples de Sternes Pierre-Garin et 560 couples de Mouettes rieuses. On peut y rajouter : 25 couples de Sternes naines, 20 de Sternes arctiques et quelques couples de Goélands cendrés, sans oublier quelques couples de Petit gravelot et d’Huitrier-pie !

Un couple de Goéland et son jeune (à droite) sur le site de nidification photo T.Bara
.
Que viennent chercher ces goélands en ville ? La réponse alimentaire n’est pas forcément la bonne. Pour ne parler que de Paris, on voit évidemment des Goélands se nourrir sur la Seine, mais ils pourraient le faire plus en amont ou en aval, et on en voit peu se nourrir au sol où ils pourraient profiter des poubelles par exemple. Ils fréquentent en revanche les dépotoirs de la région, mais ils sont assez éloignés du centre parisien. Il est plus probable qu’ils trouvent avec les bâtiments le substitut des falaises sur lesquelles ils nichent habituellement. En plus ils y sont relativement tranquilles….du moins tant qu’on ne vient les dénicher à cause de leurs cris perçants !
.
.
Quelques réflexions de Thierry Bara, qui a fréquenté les goélands parisiens nettement plus que moi :
.
- Les bâtiments peuvent effectivement rappeler vaguement les falaises. C’est un argument valable pour les premières installations urbaines en bord de mer. Mais aujourd’hui, compte tenu de l’antériorité des données urbaines en bord de mer, on peut aussi penser que les bâtiments parisiens rappellent les bâtiments de Brest ou de Calais !
- Pourquoi les bâtiments parisiens seraient-ils plus attractifs que ceux d’autres villes d’Ile-de-France où les goélands ne se sont pas encore installés ? Je suppute que la structure des cheminées parisiennes convient particulièrement bien aux Goélands, avec les doubles alignements de pots en terre cuite. Les jeunes peuvent facilement s’y cacher du soleil (parfois ardent en été) et d’éventuels prédateurs ou « dérangeurs ».
- Peut-être aussi ne faut-il pas négliger qu’une implantation commence pas des pionniers ? La ménagerie du jardin des Plantes a pu jouer un rôle attractif déterminant pour le début de la colonisation.
- La question alimentaire ne doit pas être écartée trop vite. J’en ai vu faire la fermeture des marchés juste avant le passage des éboueurs. D’autres profitent des miettes laissées par les badauds dans les jardins publics.
16:09
Écrit par Frédéric
dans des espèces très urbaines |
Lien permanent
| Commentaires (1)
| Envoyer cette note
|
Facebook
|


Commentaires
goelands urbains j'observe regulierement les goelands urbains a marseille ou ils sont chez eux creant une deuxieme ville/vie parallele au dessus de celles des humains
c'est fascinant d'observer avec quelle facilite ils s'adaptent a toutes les situations !
Écrit par : passant | 26.10.2007
Écrire un commentaire