04/07/2007

Le moineau : déclin ou pas déclin ?

Voilà un sujet qui a bien accroché les journalistes, outre-Manche d’abord, de ce côté-ci de la Manche ensuite….

Moineau tubulure red

Avant de s’interroger sur les causes éventuelles du problème, il faut en préciser l’ampleur.

Le moineau domestique a décru en ville à peu près partout au début du siècle, en même temps que la voiture automobile remplaçait la traction hippomobile : les gaz d’échappement sont moins nourrissants que le crottin….C’est sans doute ce qui est responsable de la chute des résultats d’un comptage à Kensington Gardens (Londres) de 2603 à 885 entre 1925 et 1948 (même s’il ne faut pas oublier que pendant la guerre, il a dû y avoir moins de miettes de pain distribuées….)

La baisse des effectifs a connu une 2ème phase importante à la campagne dans les années 70 et  80, du moins au Royaume-Uni.. Puis c’est la ville qui est touchée : Londres a perdu plus de la moitié de ses moineaux pendant les années 90. Actuellement, il est extrêmement difficile d’observer un moineau dans le centre de Londres (je n’ai pu en observer qu’un groupe de 7 en 5 jours de visite de Londres en février), mais aussi à Hambourg, Amsterdam, Prague, etc.

Qu’en est-il à Paris ? A l’évidence, il y a encore pas mal de moineaux dans les rues et les squares parisiens ! Nos amis londoniens sont jaloux quand ils voient nos « charmeurs de moineaux » entourés de dizaines d’oiseaux …..Les effectifs sont-ils en baisse ? On n’en sait rien pour le moment…L’enquête organisée par le CORIF et la LPO pour la 5ème année consécutive permettra d’avoir bientôt des idées plus précises….

N-Dame Paris 17 juin 07 b red

Là où il y a baisse, quelles en sont les causes ?

A la campagne, les causes semblent être à rechercher du côté des changements des pratiques agricoles, en particulier la disparition des semis de printemps qui amenaient un appoint de nourriture aux granivores au sortir de l’hiver.

En ville, les hypothèses sont à classer en 2 grandes catégories : les causes internes à la ville et les causes externes :

-les causes internes possibles sont nombreuses : la disparition des sites de nids dans les bâtiments modernes ou rénovés, l’augmentation du nombre des chats (responsable d’un  tiers de la mortalité des moineaux !) et des prédateurs naturels (faucon crécerelle, épervier), les additifs de l’essence sans plomb qui feraient diminuer la quantité d’insectes disponibles pour nourrir les jeunes au nid, les antennes de téléphonie mobiles (cf « Publications scientifiques »), une épidémie, la concurrence avec les pigeons, etc.

-les causes externes : l’idée de base est que, de tout temps, la population urbaine de moineaux n’est pas autosuffisante, elle a besoin d’apports réguliers de moineaux « campagnards » pour se maintenir. Si ces apports diminuent (cf. plus haut), la population urbaine ne peut que diminuer.

L’hypothèse « externe » est rejetée par certains spécialistes du moineau (dont Denis Summers-Smith ) car le moineau est très sédentaire et ne semble pas se disperser à plus de 2km de son lieu de naissance. Les résultats que j’ai obtenus dans les rues parisiennes semblent montrer cependant (après d’autres venus d’autres villes) un mouvement de dispersion à la fin de la période de reproduction.

Alors, externe ou interne ? J’ai tendance à privilégier l’hypothèse « externe », mais seul l’avenir permettra de trancher. En particulier une expérience de nourrissage en période de reproduction menée à Londres est du plus haut intérêt : les premiers résultats montrent qu’avec un apport de nourriture (ver de farine) le succès de la reproduction est plus fort (normal….), mais - la première année au moins - il n’y a pas plus de couples reproducteurs à la saison suivante. Cela tendrait donc à renforcer l’hypothèse « externe »…… mais cela reste à confirmer…ou à infirmer !

A suivre……

10:03 Écrit par Frédéric dans Le Moineau domestique | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |